CHAPITRE DEUXIEME
rotées). Une gravure représente la scène traditionnelle : saint Hubert, descendu de cheval et agenouillé devant le cerf miraculeux qui porte un crucifix entre ses bois. Au-dessus on lit l’inscription S. HUBERT. MAGN’ TIIAV- MATVRG., c’est-à-dire Sanctus Hubertus, Magmis Thaumaturgus.
Hubert était fils de Bertrand, duc d’Aquitaine ; il descendait en droite ligne « du célèbre Pharamond premier roy des François, et parut au monde l’an 656; » il fut envoyé par son père à la cour du roi Thierry I ; mais à la suite de désaccords avec le maire du palais Ebroïn, il se retira en Austrasie chez le duc Pépin d’Héristal son parent et là il épousa Floribane , fille de Dagobert, comte de Louvain. Alors arriva le miracle célèbre, tant de fois reproduit par Part religieux, vulgarisé par l’art populaire — c’est encore un des sujets favoris de l’imagerie d’Épinal, de Metz et de Wissembourg, pour ne parler que de la France — si bien qu’il serait aujourd’hui difficile de représenter saint Hubert autrement que dans cette scène traditionnelle.
« Tandis que Pépin travailloit à s’attacher plus étroitement son cher Hubert, Notre Seigneur en voulant faire une des plus brillantes lumières de son Eglise, le retira des embarras du siècle d’une manière fort extraordinaire, lui apparoissant crucifié entre les bois d’ un cerf, lorqu’il se divertissoit à la chasse dans les forêts d’Ardenne, et lui adressant ces paroles : Hubert, Hubert, jnsqu à quand poursuivrez-vous les bêtes des forets, et vous amuserezvous aux vanitez du monde? A qui il répondit comme un autre Apôtre : Seigneur, que vous plaît-il que je fasse?
Allez, dit le Sauveur, chez mon serviteur Lambert à
Mastreich, il vous dira ce que vous devez faire... »
La scène, comme on peut le penser, a été enjolivée par la légende, et l’apparition expliquée par ce fait qu’Hubert, sans souci des devoirs de la religion , et poussé par la passion de la chasse, aurait osé chasser un vendredi saint, à l’heure où les fidèles priaient. — D’après un autre récit
SAINT HUBERT ET SA LÉGENDE
encore, toujours inspiré par le besoin de motiver le miracle , c’était le jour de Noël. Un cerf d’une grandeur extraordinaire se leva dans la forêt, et Hubert se jeta sur sa trace. « Arrivé à un site qui est maintenant le lieu des guérisons, l’animal poursuivi s’arrêta, les chiens n’osèrent avancer, et le Crucifié dont Hubert désertait le souvenir lui apparut rayonnant entre les bois du cerf1. »
Hubert, suivant cet ordre du Sauveur, se rend chez « le grand saint Lambert »; celui-ci le catéchise, l’engage « à se retirer des amusements et vanitez du monde. » Juste à ce moment son épouse Floribane meurt en couches, en mettantjau jour un fils, Floribert. Hubert, après avoir pourvu à l’éducation de ce fils, se retire à l’abbaye de Stavelot « sous la discipline de saint Remacle ; » d’après d’autres Fies, Hubert « se retira dans la grande solitude des Ardennes, et, pour être plus familier aux Anges, il abandonna la pratique des hommes. »
Quoi qu’il en soit, et qu’il ait été moine ou ermite, au bout d’un certain nombre d’années, un ange lui apparut et lui enjoignit d’aller à Rome. Pendant qu’il faisait ce pèlerinage , l’évêque saint Lambert fut assassiné. « Ce que Dieu révéla au saint pape Serge par un ange qui lui ordonna de sacrer Évêque son disciple nommé Hubert pour remplir sa place, lequel il trouveroit le matin au pied du tombeau de saint Pierre ; et pour lui ôter tout sujet de douter de la volonté de Dieu, l’Ange mit à son chevet le Bâton pastoral de l’Évêque martyrisé. Le pape s’éveillant en sursaut, et voyant une Crosse d’ivoire qui se garde encore aujourd’hui au Monastère de Saint-Hubert, ne tarda pas à se rendre dans l’église de Saint-Pierre, où il trouva Hubert en prière... »
Hubert, avec une modestie et une humilité qui caracté-
1. Le Pèlerin, l«r nov .1879, p. 702. On montre, à Saint-Hubert d’Ar tienne, dans une ferme dite de la Converserie, le lieu de l’apparition miraculeuse du cerf.