‹ La rage & st-HubertChapitre 21 sur 168 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

risent les saints, refuse énergiquement cet honneur, mais il est forcé de céder. En ce temps-là, en effet, on ne devenait évêque que malgré soi, et parce que Dieu le voulait,^ et qu’il montrait sa volonté par des miracles. C’est ainsi qu’on va voir apporter du ciel l’étole miraculeuse qui depuis de longs siècles guérit de la rage ceux qui ont foi en saint Hubert.

Ce fut ici que son humilité plaida sa cause d’une manière capable d’attirer les Anges du Ciel, puisque pendant son discours ils parurent en l’air au milieu de l’église, avec les habits pontificaux de saint Lambert pour convaincre l’assemblée de l’ordre du Ciel et en persuader saint Hubert, lequel ne pouvant plus s’opposer à des marques si visibles, se soumit en tremblant à cette élection si miraculeuse, et le saint Pape se mit en devoir de lui conférer les Ordres sacrez avec les cérémonies accoûtumées, pendant lesquelles un Ange aporta du Ciel une très belle Etole, disant au saint Evêque : Hubert, la Vierge vous envoie cette Étole, elle vous sera un signe que vôtre prière a été exaucée, et un signe perpétuel de ce qu’elle ne défaudra jamais; vous aurez une parfaite science de tout ce qui regarde la fonction de vôtre Ministère. Cela dit, l’Ange disparut. Le Prince des Apôtres saint Pierre, voulut aussi donner une marque singulière de la part des autres Citoyens célestes que tous les Bien-heureux se réjouissoient de l’élévation du nouvel Évêque, comme d'une brillante lumière sur le chandelier, lui apportant une Clef d’or pendant qu’il célébroit la Messe de son Sacre, l’assurant que Dieu le favoriseroit d’un pouvoir spécial contre les esprits malins et. les effets de leur haine irréconciliable contre les hommes et les autres créatures. Voilà l’origine des merveilles que cet admirable Taumaturge a continué d’opérer jusqu’à présent, non seulement en préservant, mais aussi en guérissant du mal de rage, tant les hommes que toute sorte d’animaux.

Voilà les trois miracles qui forment le fond de la légende de saint Hubert : l’apparition du cerf au crucifix, — l’étole apportée par un ange de la part de la Vierge — la clef d’or donnée par saint Pierre lui-même. Des autres mi-

SAINT HUBERT ET SA LEGENDE

racles attribués à saint Hubert pour édifier les fidèles et pour montrer la puissance du saint, il est inutile de parler ici, car ils n’ont rien de caractéristique. Au surplus, les miracles d’un saint lui sont rarement particuliers : les mêmes miracles sont attribués d’ordinaire à une multitude de saints. Le nombre des miracles est assez limité, quoiqu'ils proviennent de diverses sources, et le jour où un érudit patient compilera un dictionnaire du merveilleux hagiographique, on verra que si les articles de ce dictionnaire sont souvent longs, par contre ils seront peu nombreux. De ces miracles, les uns sont une imitation des miracles de Jésus-Christ, de Moïse et des autres personnages de la Bible ; d’autres sont sortis de l’air ambiant des premiers siècles du christianisme et d’un état mental qui attribuait des causes surnaturelles à tous les événements ; quelques autres enfin sont antérieurs au christianisme : ce sont des miracles attribués aux dieux du paganisme et qui naturellement ont été transportés aux saints, quand ceuxci ont pris la place de ceux-là dans le culte populaire, dans les dévotions des simples et des ignorants. Les légendes qui étaient dans l’air se sont cristallisées autour de nouveaux noms.

Nous laissons donc les miracles de saint Hubert qui ne sont pas caractéristiques de sa légende comme patron des chasseurs et guérisseur de la rage, et nous achevons son histoire sous la conduite du religieux de son abbaye.

Hubert revient de Rome et rentre dans son diocèse sans encombre malgré les embûches des meurtriers de son prédécesseur. Il transporte de Maestricht à Liège le corps de saint Lambert: il y transporte en même temps le siège épiscopal et devient premier évêque de Liège. Il mourut au retour d’un voyage en 727, à l’àge de soixante et onze ans. Enseveli à Liège, son corps fut transporté en 825 à l’abbaye d’Andage ou Andain, aujourd’hui Saint-Hubert d’Ardenne.

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