CHAPITRE DEUXIÈME
Liège, n’était vraisemblablement que son disciple et élève, son fils spirituel \
L’histoire du voyage de saint Hubert à Rome est également sortie de la supposition qu’un aussi grand saint a du faire le voyage de Rome. D’après M. Demarteau, il y aurait encore ici transport des gestes d un saint à un autre. « Ln fait, toutefois, il est prouvé qu’ici encore on a simplement attribué à saint Hubert un épisode de l’histoire d un apôtre son contemporain, évêque du diocèse voisin, saint Willibrord1 2 ».
H faut dire à l’honneur de la théologie française qu au siècle dernier un prêtre de l’Oratoire, le 1t. P. Pierre Le Brun avait démontré que la chronologie s’opposait au voyage de saint Hubert à Rome , et il ajoutait : « Cela fait voir qu’on a imaginé insensiblement toute cette histoire. R est probable que l’on a commencé à tailler les hommes mordus par des chiens enragés, c’est-à-dire à leur faire une petite incision au front pour enfermer sous la peau et dans la chair un brin de l’étole de saint Hubert dont ce saint se servoit ordinairement et que, pour la rendre plus respectable, on a feint qu’elle avoit été apportée par un ange. Mais l'auteur de cette pieuse supercherie, étant un très mauvais chronologiste, n’a pas sçù arranger sa fiction. On no peut douter cependant que cet usage de tailler ne soit très ancien, puisque l’Anonyme qui a écrit vers la fin du xic siècle les Miracles arrivez à la Translation du corps de saint Hubert faite en 825, parle d’un homme et d'une femme qui avoient été taillés. H faut pourtant remarquer que Jonas, évêque d’Orléans, auteur contemporain, qui a écrit l’histoire de cette translation, ne dit rien ni de l'élole, ni de
1. C’était déjà l’opinion d’Anselme, chanoine à Saint-Lambert de Liège, qui écrivant vers l'an 1056 f histoire des évêques de Maestrieht et de Liège et arrivant à saint Floribert, déclare qu'il ignore si ce saint fut l’enfant véritable ou simplement le fils adoptif, le filleul de saint Hubert.
2. Demarteau, Saint Hubert d’après son plus ancien biographe, p. 8.
SAINT HUBERT ET SA LÉGENDE
l’usage do tailler ceux qui avoient été mordus par des chiens enragés L »
A l’occasion de saint Lambert, prédécesseur de saint Hubert, rappelons qu’il en existe trois tètes, une à Liège, une à Fribourg-en-Brisgau, et la troisième à Berbourg, village du grand-duché de Luxembourg. On a assuré aussi qu il s’en trouve un morceau dans la sacristie de Saint- Pierre du Vatican à Rome. Chacune de ces églises prétend avoir la bonne tôle du saint. Un jésuite, le P. Goflînet, qui a étudié cette question sans pouvoir l’éclaircir, termine par cette conclusion qui rappelle la parabole des trois anneaux :
« Bien que les trois chefs, dits de saint Lambert, soient à n’en pas douter des reliques de saints, dignes par conséquent des honneurs qu’on leur rend, on obtiendrait sans contredit un plus haut degré de certitude, si chacune des trois églises précitées consentait à échanger avec les deux autres une parcelle convenable de son pieux trésor. Chaque relique principale serait alors accompagnée de deux reliques moindres. De cette façon, chacune des trois églises garderait sa conviction particulière, et se rendrait témoignage non seulement d’avoir acquis toutes les garanties possibles, mais aussi de les avoir procurées à ses deux sœurs, dévouées comme elles au culte de saint Lambert2. »