‹ La rage & st-HubertChapitre 23 sur 168 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

lion antérieure de la vie de saint Arnould, évêque de Metz, je dus reconnaître qu’en de nombreux passages, le biographe du pontife liégeois avait littéralement copié celui du prélat messin. » Etil ne s’agit pas seulement d’imitation de style, d’adaptation de phrases. « Nous allons entendre attribuer à saint Hubert les mêmes miracles antérieurement rapportés de saint Arnould. » Pour montrer que le second narrateur s’est rendu coupable d’un « plagiat frauduleux », M. üemartcau met en colonnes parallèles les chapitres semblables des deux Vies. Il nous explique bien que « ce procédé de calque » montre surtout le manque d habitude d’écrire et l’inexpérience chez les biographes des saints, et que du reste ceux-ci « ne se proposaient, en retraçant d’une plume inhabile l’histoire de leurs héros, qu un but d’édification religieuse»; le résultat de la découverte de cette vie du ixe siècle n’en est pas moins ceci : 1 histoire authentique de saint Hubert se réduit à ces simples faits qu’il a été disciple de saint Lambert, qu il lui a succédé comme évêque, qu’il a transporté le siège épiscopal de Maestricht à Liège et qu’il est mort de maladie. Le reste est fioriture et produit de la légende.

La légende des saints sort de deux sources, 1 imagination du peuple et l’amplification des biographes. Nous allons voir, par l’exemple de saint Hubert, comment d un modeste embryon naît une création grandiose. Au ixc siècle, on ne parle ni de son origine ni de sa famille. Au xu° siècle, les biographes racontent le petit roman que nous avons résumé. Il faut remarquer que pour les saints des époques sans histoire et dont la vie n’est transmise que par la légende, les saints ont généralement une origine ou très illustre, ou très humble, pour ne pas dire coupable (et coupable souvent jusqu’à l’inceste). Il faut à 1 imagination populaire quelque chose qui la frappe, l’éblouisse et mette le saint en lumière, dès sa naissance, par un excès d’honneur ou par un excès d’indignité. Voilà donc saint Hubert anobli; on en fait le fils d’un duc d’Aquitaine1. Plus tard on

SAINT HUBERT ET SA LEGENDE

ajoute descendant de Pharamond, par celte tendance instinctive à l'exagération qu’on rencontre si souvent chez les gens qui écrivent, autrefois les hagiographes, aujourd’hui les journalistes. On en fait un parent de sainte Ode; on le fait comte du palais des rois mérovingiens; le nom d’IIubert étant fréquent à celte époque, une confusion de nom servit sans doute de fondation à ces récits. C’était la critique historique de l’époque, et depuis que l'iiistoire a la prétention d’être devenue une science, des historiens accrédités ne raisonnent souvent pas autrement quand ils reconstruisent la vie des personnages anciens ou la migration des races : on met en rapport des témoignages isolés dont on ignore les tenants et les aboutissants; le reste, le mirage, est fourni par une imagination dont l’auteur est le premier la dupe. On marie Hubert, et on lui donne pour épouse une Floribane dont le nom paraît pour la première fois « sept cents ans après le temps où elle aurait vécu »; et on la fait fille d’un comte de Louvain, « deux siècles avant qu’un comte de Louvain apparut dans l’histoire ».

Ce nom de Floribane paraît formé sur celui de Floribert : La mère imaginaire est nommée d’après son fils. En effet, la Vie du ix° siècle parle, en passant, de Floribert, fils d’Hubert; mais rien de plus. Or, dans la langue de celle époque films a également, outre le sens de « fils » celui de filleul, et, quand il s'agit d’ecclésiastiques, de disciple. Or Floribert ayant succédé à saint Hubert, comme évêque de

1. « On aura remarqué que notre biographe primitif ne rapporte rien de l’origine ni des ancêtres de notre saint ; en voyant avec quel soin les auteurs du temps, d’avant et d’après encore, s’attachent à relever l’illustration de la naissance de leurs héros, à noter ou qu’ils appartiennent à de nobles familles, ou tout au moins que la distinction de leurs vertus l’emportait encore sur celle de leur sang, il est permis de croire que si rien de pareil n’est dit de saint Hubert, c’est qu’il était sorti plutôt desrangs populaires que de l’aristocratie. » (Demarteau, Saint Hubert d’après son plus ancien biographe, p. 20.)

LA RAGE

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