CHAPITRE TROISIÈME
Il y avait près du monastère un hôpital où logeaient les malades qui venaient chercher le remède de la rage. Car on venait à Saint-Hubert de fort loin, et souvent par bandes, quand un chien ou un loup enragé avait dans le meme accès blessé un grand nombre de personnes. Au commencement du xvm° siècle, lorsque deux bénédictins qui allaient étudier les manuscrits conservés dans les cloîtres arrivèrent à Saint-Hubert, il y arriva peu après une bande de malheureux de ce genre. « Lorsque nous étions dans son monastère, disent-ils, il y arriva dix personnes du diocèse de Langres qui avoient été mordues par un chien enragé1. » A cette époque, aller de Langres à Saint-Hubert était un voyage plus long et plus difficile qu’il ne l’est aujourd’hui de venir de Smolensk au laboratoire de M. Pasteur.
L’église abbatiale, qui subsiste encore, a été commencée au xvie siècle après un incendie qui détruisit l’ancienne. La construction ne s’en continua que lentement : c’est une grande et belle église, appartenant au style gothique tertiaire et dont la façade est flanquée de deux tours puissantes. Malheureusement la façade s'étant écroulée à la suite d’un incendie, on la reconstruisit au xvme siècle dans le lourd style du temps.
L’abbaye fut supprimée par la Révolution française, ses biens confisqués et vendus. En 1807, l'église allait être démolie quand quelques pieux fidèles, aidés par l’évèque de Namur, la rachetèrent et la rendirent au culte. Quant aux bâtiments attenants et qui formaient l'abbaye, ils eurent une autre destinée, et après avoir appartenu à divers particuliers, ils furent acquis par le gouvernement belge qui en a fait une maison de correction pour les jeunes détenus. L’ancienne et puissante abbaye n’a donc laissé d’autre souvenir que cette église, aujourd'hui desservie par le clergé paroissial de l’autre église, l'ancienne église paroissiale.
1. Voyage littéraire de deux religieux bénédictins, II* partie, Paris, 1724, p. 145-147.
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
La ville de Saint-IIubert a donc aujourd’hui deux églises tout en formant une seule paroisse : et ce sont les prêtres de la paroisse qui jouent aujourd’hui le rôle d’aumôniers de Saint-Hubert.
Lors de la suppression de l’abbaye, en 1796, plusieurs religieux restèrent à Saint-Hubert et cachèrent la Sainte-Etole. Le moine Dom Isidore Bauwens, chargé du service de la Trésorerie, continua ses fonctions d’aumônier jusqu’au jour de sa mort, arrivée le 16 septembre 1813. Ce fut alors que Mgr Pisani de la Gaude, évêque de Namur, autorisa le clergé séculier de la ville de Saint-Hubert à continuer la pratique de la Taille.
Quatre années auparavant, l’illustre prélat avait érigé l’église de l’abbaye en église paroissiale. A cette occasion il s’était rendu à Saint-Hubert., et avait transféré lui-même, avec grande solennité, le Très-Saint-Sacrement de l’ancienne église paroissiale à la basilique.
Les illustres successeurs de Mgr Pisani, Mgr Dehesselle, Mgr Dechamps, Mgr Gravez, notre Révérend issi me Évêque actuel, ainsi que nos seigneurs les Évêques de Liège, de Gand et de Tournai ont voulu faire le célèbre pèlerinage de Saint-Hubert- Nous avons vu ces prélats distingués visiter et honorer les reliques du glorieux saint par les mérites duquel Dieu se plaît à opérer tant de guérisons merveilleuses1 .
C’est dans l’ancienne église abbatiale que se concentre le culte du saint. A une lieue au nord-est.se trouve la ferme de la Converserie , ainsi nommée parce que c’est dans le bois voisin que saint Hubert s’est conversé , c’est-àdire converti; il y avait là autrefois une chapelle en souvenir de l’apparition miraculeuse du cerf. En effet, du moment que le culte de saint Hubert avait son centre dans l’abbaye, il semblait naturel à l’âme populaire et synthétique que le miracle ait eu lieu en cet endroit même2. Dans