CHAPITRE TROISIÈME
que Balzac emprunte aux publications de l’École Royale de Médecine :
Une jeune tille de dix-huit ans, prise de rage, ne fut sérieusement malade qu’une demi-journée, et mourut à l’Hôtel-Dieu de Paris le 8 mai 1780, faisant des prières pour qu'on ne l'étouffât point... Le 23 septembre 1781, un jeune homme attaqué de rage demanda à sa famille son curé, uniquement pour empêcher qu’on l’étoufîdt dans le cas où il viendrait à perdre la raison. Ce sujet fut guéri; preuve évidente que la rage était purement imaginaire. Ainsi plusieurs de ces malades imaginaires se voient étouffés ou étranglés, ou noyés dans des ruisseaux de sang coulant de leurs quatre membres largement ouverts par une perfide lancette *.
Balzac, qui écrivait en 1810, remarque là-dessus :
Il y a des exemples où l’avidité de succédera fait étouffer comme enragés des individus attaqués de simples convulsions que la peur, ou la crainte, ou l’effroi leur avaient données, ou qui étaient l’effet de quelque violentes passions, de quelque transport fiévreux dont ils auraient été guéris. La simple idée qu’il a pu se commettre de pareils assassinats fait frémir. Une loi peut seule les faire cesser.
Et Balzac demande que le gouvernement adopte un « projet de loi » ainsi conçu :
Il est défendu, sous peine de mort, d’étrangler, d’étouffer, de saigner des quatre membres, ou autrement faire mourir aucun individu attaqué de rage, d’hydrophobie, ou autre maladie quelconque donnant des accès, des convulsions aux personnes, les rendant folles, furieuses, et dangereuses, de quelque manière que ce soit, sauf à l’ordre public et aux familles à prendre les précautions qu’exigent la santé publique et particulière *.
Pour qu’un philanthrope, en 1810, crût utile de demander une loi sur la matière, il fallait que les attentats de ce genre fussent bien fréquents.