Balzac, p
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
Il n'en allait pas autrement en Angleterre. A la fin du xviii0 siècle, un des felloivs (agrégés) du collège de la Trinité, à Cambridge (un homme instruit par conséquent!), demandait aux juges de passage pour les assises s’il était permis et légal d’étouffer entre deux matelas un homme enragé. « Les juges répondent que c’est un meurtre et prient le fellow de le dire bien hautement; car nombre de personnes considèrent ce procédé non seulement comme légal, mais aussi comme un acte de charité vis-à-vis de l’enragé l. » Il y a cinquante ans, dans un procès, le juge dit aux jurés qu’un fait de ce genre était un meurtre, mais les jurés acquittèrent les prévenus, pensant que c’était un acte d’humanité d’abréger des souffrances aussi cruelles et sans espoir2. Il y a quarante ans, à York, un enragé fut étouffé dans son lit, parce qu’il crachait sur ceux qui s’approchaient de lui, et que l’on croyait sa salive dangereuse à ceux qu’elle touchait 3. Le recueil anglais auquel nous empruntons ces faits en cite d’autres exemples et de notre siècle môme 4.
Les convulsions et les fureurs de la rage ressemblent à celles de diverses maladies nerveuses et mentales, ces maladies qu’on expliquait par la possession. C’est sans doute par suite de cette confusion que la Sainte-Etole a été la relique par excellence invoquée contre la rage, puisque l’imposition de l’étole est une des formes de l’exorcisme, un des moyens de chasser le démon du corps du possédé. L’aboiement est un des accidents communs à certains enragés (sans doute sous l’influence de l’imagination), et aux personnes atteintes de certaine maladie nerveuse et mentale où l’imagination, par suite d’influence traditionnelle et locale, donne sa forme particulière à la maladie.