‹ La rage & st-HubertChapitre 91 sur 168 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

La créance que trouvaient les chevaliers et chevalières de Saint-Hubert n’est pas pour nous étonner : elle était conforme aux idées reçues et ne manquait pas d’analogues. Du moment que le principe de guérison surnaturelle est admis, et que certaines personnes ont ce pouvoir, il est naturel qu'elles transmettent ce pouvoir à leurs descendants. Sans parler du don que les rois de France avaient de guérir les écrouelles ex officio , on peut rappeler les exemples de la race de saint Paul, de la race de sainte Catherine, de la race de saint Rocli, de la race de saint Martin. Écoutons encore le curé Thiers : « Les sauveurs d’Italie (ceux qui guérissent des piqûres des serpents) se disent parents de saint Paul et portent empreinte sur leur chair la figure d’un serpent, qu’ils veulent faire croire leur être naturelle, quoiqu’elle soit artificielle.... C’est pour cela qu’ils se vantent de ne pouvoir être blessés par les serpents, ni par les scorpions, et de les manier sans danger... » En effet, saint Paul, à son passage à Malte, avait été piqué par une vipère sans en être incommodé. [Actes, xxvm, 1-G. Cf., Evang. St Marc , xvi, 18.)

Les « parents de sainte Catherine » portaient de même sur leurs corps l’empreinte d’une roue. « Ils assurent qu’ils ont apporté du ventre de leur mère cette figure, quoiqu'ils se la soient faite à eux-mêmes... Ils se vantent que le feu ne peut leur nuire, et qu’ils le peuvent manier sans se brûler. » En effet, on les voyait tenir en leurs mains des charbons ardents, plonger les bras dans l’huile bouillante, faire en un mot tous ces tours que les bateleurs forains pratiquent encore dans un champ de foire, mais comme un art tout à fait laïcisé. La roue de sainte Catherine, qui a été l’instrument de son martyre, est l’emblème avec lequel celte sainte était représentée.

« On prétend que ceux qui sont de la race de saint Roch peuvent demeurer auprès des pestiférés, les gouverner, les servir, et quelquefois les guérir sans être affligés d’aucune

SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE

maladie contagieuse. » En effet, saint Roch guérit de la peste et du choléra.

« Ceux qui se disent de la race de saint Martin prétendent guérir du mal caduc, en observant les cérémonies suivantes... » Et le curé Tliiers, auquel nous empruntons ces exemples l, cite une famille du Yendômois qui passait pour avoir un don analogue : « Je n’ai jamais cru que ce que l’on attribue à ceux qui sont de la maison de Coutance, dans le Yendômois, fût véritable, sçavoir qu’ils guérissent les enfants de la maladie appelée le carreau en les touchant. J’ai toujours été persuadé, au contraire, que cette guérison étoit ou imaginaire ou superstitieuse. »

On voit par là que l’avènement et le règne du christianisme n'avaient pas changé la nature humaine et que la môme façon de comprendre les causes et les effets dans la nature amenaient des croyances et des pratiques du môme ordre. Que sont ces « parentages » de saint Paul, de sainte Catherine, de saint Hubert, etc., sinon le pendant de ces familles d’Asclêpiades grecs, qui guérissaient parce qu’ils descendaient d’Esculape, le dieu de la médecine ?

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