CHAPITRE TROISIEME
là-dessus , voyant bien qu’il n’y avoit rien à prétendre *. »
Comme il est aisé de le penser, le chevalier n’était pas seul de sa famille. « Outre ce George Hubert, il y a eu une religieuse à l’abbaïe aux Bois qui se disoit chevalière do saint Hubert, et qui touchoit plusieurs personnes ; il y eu avoit une autre à Gentilly, aux Hospitalières. On m’a dit qu’il y en avoit une actuellement à Lille. Dans le Fureteriana , il est parlé d’une prétendue chevalière de saint Hubert qui touchoit, dit-on, avec succès1 2... » Plus lard encore, on trouve des descendants du saint. '« Il y avait encore en France, à la fin du siècle dernier, une famille de gentilshommes de l’Artois; portant le nom de Regnier, et à laquelle appartenait le château de La Thure, dans le Boulonnais, et qui avait la prétention de guérir de la rage comme descendants de saint Hubert. Celte descendance s’établissait par Évronien, cousin de Floribert, fils de saint Hubert 3. »
Andry cite d’autres personnes de la lignée de saint Hubert, mais celles-là ne se contentaient pas de toucher; elles faisaient suivre un traitement dont elles prétendaient avoir le secret, par une tradition « conservée dans leur lignée. » Parmi les exemples que cite Andry, en voici deux :
En 1621 on eonnaissoit quelques personnes qui étoient de la famille de saint Hubert, savoir, Marie Chressen, d’Aire-en-Artois, où elle étoit religieuse. Elle tiroit un peu de sang de la langue et
1. Mémoires de Madame de La Guette, nouv. éd. (Bibliothèque Elzévirienne). Paris, 1856, p. 200-205.
2. Le Brun, op. cit., t. II, p. 109. — A ce témoignage, on peut en ajouter d’autres. Guillaume Morin, dans son Histoire générale du Gatinois, publiée en 1630, parle d’un Jacques du Quesnay, seigneur de Varennes, qui guérissait de la morsure des bêtes enragées comme issu de saint Hubert par sa mère, Marie Guillart. 11 parle aussi d'une religieuse du nom de Guillart, qui touchait les personnes mordues.
3. De Douhet, Dictionnaire des Légendes du christianisme (coll. Migne), col. 602.
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
<les articulations des doigts des deux mains, faisoit frotter le corps de sel et d ail, et le faisoit ensuite envelopper pendant 24 heures avec un drap de laine ; on brûloit ensuite 'les linges et les enveloppes qui avoient servi ; on lavoit les mains dans de l’eau salée, et on se plongeoit trois fois dans la mer en l’honneur de saint Euron et de saint Hubert.
Dans le même temps, vivoit Guillaume Couvreur, gentilhomme delà race de saint Hubert, de Saint-Paul en-Artois ; il suivoit le même traitement que sa cousine d’Aire ; mais il avoit une messe particulière, et faisoit faire l’immersion au nom de saint Hubert et de saint Paul G
Andry cite aussi la recette d’un gentilhomme! de ses amis, appelé M. de Canroses, delà lignée de saint Hubert. Ce remède se composait surtout de vomitifs1 2.
Il y a plus encore : il y eut des guérisseurs qui guérissaient à titre de descendants d’auditeurs de saint Hubert 3 !
Le R. P. Le Brun, qui discute les légendes, et est un rationaliste à sa manière, s’inscrit en faux contre la généalogie des prétendus chevaliers de Saint-Hubert, et il conteste, pour ce motif, leur don surnaturel. Il n’admet pas davantage 1 analogie avec la guérison des écrouelles par les rois de France, qui est constante et très ancienne, tandis qu’il n en est pas de même des guérisons des prétendus chevaliers de Saint-Hubert. Le clergé de Saint-Hubert d’Ardenne paraît aussi avoir toujours protesté - contre cette concurrence, et il l’avait déclarée sans autorité et sans vertu. C est, dit M. l’abbé Bertrand, une grande erreur d’attribuer le pouvoir de donner le répit « à certains personnages, prétendus descendants du saint ; inutile de dire que leurs titres généalogiques ont toujours été et demeurent fort suspects, et que jamais leur intervention n’a guéri personne 4. »