CHAPITRE TROISIEME
différentes, fabriquées dans la contrée pour celte dévotion \ Le commerce de tous ces objets en était fait par tous les marchands d’objets de dévotion, dans les fêtes, dans les foires, dans les marchés, mais surtout par les colporteurs spéciaux de Saint-Hubert. On les achetait moins par piété que par intérêt; car porter une de ces amulettes équivalait à un brevet d’assurance contre la rage.
Au pèlerinage de Sainte-Clotilde des Andelys, en Normandie, on vend encore, entre autres objets de piété, « des bagues de Saint-Hubert contre les morsures des chiens enragés1 2 ».
Le sujet est partout le même ou peu s'en faut : saint Hubert agenouillé devant le cerf miraculeux ; derrière lui, son cheval; quelquefois près de lui, son chien ; en haut, un ange qui apporte une étole. Il y a les cors ou cornets : ce sont des images minuscules d’un cor de chasse, quelquefois pleines, plus souvent ajourées, où la scène miraculeuse est représentée au centre. Il y a les sifflets : ce sont des sifflets de quelques centimètres auxquels sont attachés une banderole avec légende. Il y des bagues avec les mots : « S. Hubert, priez pour nous. » Il y a enfin des médailles de toutes les formes et de toutes les grandeurs, rondes, ovales, carrées, losangées, octogones, estampées ou bien à deux faces : d’un coté, la même scène de l’apparition ; de l’autre, tantôt le nom du saint, tantôt une invocation, tantôt l’image de 1 étole, de la clef et du cornet, plus souvent encore une autre image do dévotion, le Calvaire d’Arras, ou Notre- Dame de Capulet, ou saint Marcou, ou saint Amable, etc. Cette double image avait pour objet ou bien d’associer une dévotion locale au culte plus général de saint Hubert (par exemple à Arras avec son calvaire, dans les médailles
1. Plusieurs sont figurées dans les planches qui accompagnent son livre : Les médailles religieuses du Pas-de-Calais, Arras, 1880 (Extrait des Mémoires de l’Académie d’Arras).
2. Boué (de Villiers), le Pèlerinage de la fontaine de sainte Clotilde aux Andelys, p. 16.
SAINT HUBERT GUÉRISSEUR DE LA RAGE
frappées à Arras), ou bien de permettre aux personnes pieuses de réunir dans une même médaille deux de leurs dévotions préférées, ou encore de joindre un préservatif contre la rage à la dévotion d un saint particulier. Tous ces objets étaient faits pour être portés, au cou ou aux vêtements, comme on le voit par les bélières ou attaches dont ils sont munis, ils sont la plupart en cuivre, en plomb, en étain ou dans de vulgaires alliages ; ils étaient de la sorte à la portée des bourses les plus pauvres ; ce n’est pas qu’on n’en fabriquât aussi en argent et en or; mais de tout temps les objets sacrés faits d’un métal précieux ont été de conservation difficile, et bien peu traversent les siècles sous la forme que leur a donnée la piété. Nous avons pu examiner des spécimens de ces différents objets dans le cabinet de M. Maxe-Werly, dont la belle collection de médailles religieuses a une véritable valeur scientifique ; nous y avons aussi remarqué la scène du miracle de saint Hubert sur un bouton de métal blanc, de trois centimètres de diamètre, et qui se portait sans doute au chapeau. Cet usage était fréquent au moyen âge, et bon connaît la dévotion de Louis XI à cet égard.
Nous ne croyons pas que le commerce de ces objets se fasse aujourd’hui ailleurs qu’à Saint-Hubert même ; mais aucun des pèlerins 11e quitte le village sans en être amplement muni. M. l'abbé Ilallet, qui consacre un chapitre à ce sujet (p. 166 et suiv.), ne manque pas de recommander de les porter avec respect et sans les mêler à des objets profanes. Par exemple, « un petit cor ou cornet peut être attaché à la chaîne ou au cordon de la montre, pourvu qu’il n’y soit pas en compagnie d’un autre objet profane ». On fabrique en effet de jolis cors et de jolies clefs en argent propres à être portés en breloque.
Les marchands de la ville de Saint-Hubert se montrent d’ailleurs d’une extrême complaisance envers les pèlerins qui leur achètent des objets de piété, et ils ne manquent jamais d’offrir leurs services pour porter à l’église les objets vendus, à l’effet de