‹ La raison dans la folieChapitre 45 sur 84 · I )it:,'i'(iii, J)c!t Alic'nrs, Innif I. p. 7.S · texte numérisé non relu

I )it:,'i'(iii, J)c!t Alic'nrs, Innif I. p. 7.S

trait d'éteindre les flammes à son gré ; enfin un antre malade mit le feu à sa maison pour en chasser de prétendus voleurs '. »

De tous les actes criminels commis par les aliénés, les attentats contre les personnes sont assurément les plus communs et les plus graves. Souvent ces attentats sont le résultat d'impulsions irrésistibles, conscientes ou inconscientes. Mais souvent aussi leurs auteurs, qui agissent en véritaJale connaissance de cause, obéissent à des motifs certains et déterminés.

Il est bien rare que, parmi ces motifs, on en trouve d'aussi futiles que chez les incendiaires. Il est rare également que le meurtrier n'ait pas d'autre but que d'attirer l'attention sur lui. Le plus souvent il a pour motif la vengeance, ou encore un sentiment de défense personnelle.

Tel aliéné se croit en butte aux mauvais propos, aux insinuations malveillantes, à la calomnie; tel autre se croit menacé, persécuté. Celui-là éprouve des impressions pénibles dont il rend responsable un ennemi iiii!^ginaire; celui-ci enfin entend des insultes, des injures, ([iii l'irritent et l'exaspèrent. Mal physique ou mal moral, quelle que soit la nature de leurs griefs, les uns et les autres ont pour agir des motifs bien marqués.

Les deux faits qui suivent sont pris comme exemples typiques d'une catégorie où les faits analogues peuvent se compter par centaines, et viennent chaque jour alimenter la chronique des journaux.

Le D'" Baume eut à examiner un lypémaniaque, nommé Le Roux, qui n'était nullement impulsif. Il avait tué parce qu'il avait entendu dire des choses contraires à son honneur et à sa considération. Interné à l'asile de Quimper, il s'y montra si calme, si docile, si convenable dans l'ensemble de ses actes et de ses

l. I):i^ron, Des Aliénés, tome I. p. 7<S.

I;A RAISON DAXS J-A FOLIK

paroles, que le l)'' Baume ne craignit pas de mettre à profit sa profession de mineur, en l'occupant au creusement d'un puits. Les surveillants rendaient chaque jour, sur son compte, le meilleur témoignage^

Le 1)'' Dagron. rapporte l'histoire d"un aliéné nommé B..., qui se croyait en butte aux persécutions de la police, et ([ni s'imaginait que l'on semait partout sur son compte les bruits les plus infâmes... On cherchait à le déshonorer, on le disait atteint du mal vénérien, et il croyait bien que tout le monde le méprisait. La vie lui étant insupportable, il quitta Paris et alla se réfugier à Arpajon, espérant échapper à ses persécuteurs. Il entra chez un patron qui n'eut qu'à se louer de son travail ; il mena une vie sobre et rangée, s'appliquant à vivre seul autant que possible. Mais ce calme était trompeur. Un jour que son patron était absent, B..; entra chez lui et y trouva sa femme et sa fille. Il éclata alors en reproches, accusa son maître de répandre dans le pays des calomnies odieuses contre lui^ de le déshonorer, etc. ; et comme cette femme cherchait avec douceur à le détromper, l'assurant des bonnes intentions de son mari à son égard, B. tira un revolver de sa poche et pour rendre sa vengeance plus éclatante et plus terrible, il tua coup sur coup la mère et la fille 2.

La plupart des aliénés (]ui tuent obéissent souvent, avons-nous dit, à des motifs appréciables, et surtout à la vengeance. Il est facile de comprendre commentées malheureux, principalement ceux qui se croient persécutés, mûrissent en eux-mêmes leurs sinistres projets. M. le !)'• Blanche a tracé un tableau, saisissant des préoccupations et des angoisses qui finalement les conduisant ;i l'id(3e et à l'oxéciition du meurtre.

L 15:1111110 ; Rapport inédico-lc'f/dl sur le sicKrJcnii Le Rni'.r. inculpé d'n.ssassinni : Annales m.Oflico-psj/r}mfof/l'ja<'s. ISCii.

« Le délire des persécutions, dit-il, est certainement celui où la tendance à l'homicide semble le plus logiquement commandée; Taliéné est sous le coup d'une pression irritante ou terrible ; ses ennemis l'obsèdent, sans qu'il ait fourni le plus léger prétexte à leur hostilité; ils s'acharnent contre lui, le calomnient, le menacent, l'empêchent de jouir de la vie, s'il est riche; de gagner son pain, s'il est pauvre; ses nuits sont troublées par les propos injurieux des voisins; ses journées s'écoulent dans les mêmes angoisses; tous les moyens sont bons à ses persécuteurs, qui, non contents de le perdre au dehors, pénètrent jusque dans l'intimité de sa pensée, le forcent à vouloir ce qu'il ne voudrait pas, et ne lui accordent pas une heure de répit.

« En pareil cas, il semble que le meurtre s'excuse par les droits de la légitime défense, et il n'est pas un de nous qui, se représentant par la pensée une situation si douloureuse, ne se demande s'il ne se délivrerait pas à tout prix d'une telle angoisse ^ »

Cependant, quelles que soient la valeur et la force des motifs auxquels obéissent les aliénés qui commettent un meurtre, ils ne sont pas toujours, à eux seuls, les principes déterminants de la conduite agressive des malades; on doit, à ce sujet, tenir compte d'une considération très importante, surtout au point de vue médical, considération que M. le D'' Blanche a signalée à l'attention des observateurs et qu'il a très nettement mise en relief : c'est que bon nombre d'aliénés ne mettent leurs projets à exécution que dans les paroxysmes de leur maladie; ils semblent ne pouvoir être définitivement entraînés que par l'influence morbide ellemême,

« Avant que ces malades ne subissent rentraîneuKMi.l qui dét(Tmine les attentats contre les personnes, dil

I. K. \\\nnch(>, Des hoinicides roiii ni is jurr les (iliciif's, [>. 7. l'îu'is, Assolin,'i878.

le L)'' Blanche, il faut qu'il intervienne un élément nouveau. Les persécutés inertes, résig-nés à leur sort, n'ont pas l'énergie de commencer la lutte; c'est souvent en souriant qu'ils racontent leurs infortunes, auxquelles ils échappent par la fuite, si même ils essaient de s'\' soustraire. On trouve à côté, comme types tout difï'érents. des malades atteints du môme Ylélire des persécutions, mais sujets à des exaltations critiques. Calmes habituellement, ils s'excitent, sans autre cause qu'une modification cérébrale dont ils n'ont pas conscience. Leurs accès d'excitation se répètent plus ou moins, avec des durées variables, et surtout avec des intensités inégales. Quand la crise est peu accentuée, elle se traduit par un besoin de mouvement ou par une anxiété vague ; plus elle augmente, plus elle devient menaçante; si une circonstance quelconque l'arrête dans son évolution, les aliénés ne sont qu'inquiétants, ils restent inoffensifs ; mais si la crise atteint son paroxysme, ils vont jusqu'à l'acte, et se vengent ou se préservent d'un danger imaginaire en frapppant celui qu'ils supposent être l'auteur de leurs maux »

Au rang des attentats contre les personnes, il faut mettre assurément ceux, que les aliénés dirigent contre eux-mêmes, leurs tentatives de suicide. Ces tentatives ont pour cause, dans bien des cas, des motifs qu'il est possible d'apprécier.

Nous en avons déjà signalé une variété en parlant des aliénés qui incendient pour se brûler eux-mêmes. Mais le suicide est rare sous cette forme; il se présente habituellement sous trois autres formes, les mutilations, la pendaison et le refus d'aliments.

En général on ne peut pas qualifier d'aliénés les individus suicidés qui se sont donné la mort pour échapper à des infirmités, pour se soustraire à la dou-

Page 1