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l'utile mais il existe néannioins : ainsi certains aliénés ont du plaisir à voir le l'eu flamber, ils y éprouvent une véritable jouissance, qui du reste n'est elle-même que l'un des éléments pathologiques de leur maladie.
La plupart des aliénés incendiaires sont des imbéciles, des individus dont l'intelligence est oblitérée en grande partie. Cela suffît pour expliquer comment ils agissent ordinairement pour des motifs sans importance. Leur intelligence ne leur permet guère de s'élever au delà. M. le D'' Marandon de Montj^el, dans une étude qu'il leur" a consacrées a mis en relief la futilité habituelle de leurs motifs. Il cite un individu, par exemple, qui, ayant remarqué que, lorsqu'il y avait des incendies dans sa commune, la municipalité faisait donner à boire à tous ceux qui avaient contribué à les éteindre, se mit à en allumer à son tour, afln d'y trouver l'occasion de se livrer aisément à la boisson. Le motif avait pour premier caractère d'être futile; il faut ajouter qu'il était plein d'égoïsme, comme le sont la plupart des motifs qui font agir les aliénés.
Quelques imbéciles incendiaires s'élèvent cependant plus haut, et obéissent à des sentiments de vengeance. Toutefois, même alors, la vengeance porte la marque de leur débilité mentale. En voici un exemple rapporté par le D'' Marandon de Montyel :
« En 1876, une petite commune de l'Eure fut, en quelques mois, ravagée par huit incendies. Le feu prenait de préférence le soir, et toujours dans des toits de cbaume ou des tas de paille. Dès le troisième sinistre on soupçonna, bien que sans preuve aucune, une fillette de (juatorze ans d'en être l'auteur. Mais malgré la surveillance établie et les précautions prises, les incendies continuèrent sans qu'on pût établir sa culpa-
i. Manuifton do Monlyel, Des incendies â laobilca fulilcs ; Arrhivf'M rlr neia'olofjie^ 1885, loiiio X.
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bilité. Elle était d'ailleurs toujours empressée à porter secours.
« Cette fillette, Thérèse X... avait été de tout temps le fléau du village. Héréditaire vésanique par son père et sa mère, qui appartenaient l'un et l'autre à des familles d'aliénés, elle était imbécile et douée des plus mauvais instincts. Elle n'avait jamais pu apprendre à lire, pas même un métier; tout au plus était-elle propre à quelques travaux grossiers du ménage et des champs: mais en revanche, pour faire le mal, elle était d'mw ruse et d'une méchanceté diaboliques. Rien n'avait pu modifier son naturel pervers, pas même les punitions les plus douloureuses. Elle - avait le physique d"uiic dégénérée; taille petite, crâne étroit, physionomie bestiale, voûte palatine en ogive, cheveux implantés très bas sur un front très étroit
« Elle fut enfln surprise par sa mère, un soir (juVllc
mettait le feu dans sa propre demeure Elle avoua
tout. Elle n'était pour rien dans le premier incendie : c'est celui-là, au contraire, dont l'auteur est resté inconnu, qui lui avait donné l'idée d'en allumer d'autres, en lui indiquant le moyen d'être nuisible sans être découverte. Avec une ruse et une. habileté incroyables, elle était parvenue à tromper la surveillance et avait mis sept fois le feu pour se venger de sa famille et des habitants du village, qui, sans affection ni sympathie pour elle, lui infligeaient de mauvais traitements ou la poursuivaient de quolibets.
« Placée en observation par le parquet, à Tasile d'aliénés, elle put être interrogée et observée à loisir
On lie trouva chez elle aucun indice de l'impulsiuir irrésistible. Elle rendait un compte exact du but poursuivi, et expli(|uait fort bien qu'elle portait secours pour ne pas être soupçonnée; elle agissait unicpiement
pour faire le mal et se venger
■ « L'impulsion irrésistible étant ainsi mise hors cause, Thérèse X... fut étudiée au point de vue de son
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développement intellectuel et de ses sentiments moraux. Dans son village, cette fillette était réputée absolument imbécile. Si elle n'avait pu ni apprendre à lire, ni se plier à aucun métier, cela était dû, non à sa paresse, mais à son état psychique. Étrangère, pour ainsi dire, à toute notion morale du bien et du mal, incapable de comprendre les devoirs vis-à-vis de la société et des autres, Thérèse réduisait sa vie à deux choses : se procurer du plaisir à soi-mène et faire du mal aux autres. Sa méchanceté dépassait toute imagination ; elle ne perdait pas une occasion d'être nuisible. Ce fait donne une idée de sa froide cruauté que, se trouvant seule à l'infirmerie avec une malade âgée et infirme, elle avait éprouvé une grande joie de lui enfoncer un mouchoir dans la bouche et de la voir s'asphyxier; sans l'arrivée d'une infirmière un malheur en serait résulté.
« Son irresponsabilité ne parut douteuse à personne. Elle n'avait i)as de sens moral ^ »
Les aliénés qui deviennent incendiaires afin d'attirer l'attention sur eux obéissent encore à deux autres mobiles principaux; pour les uns, c'est simplement affaire de vanité, d'orgueil ; pour les autres, c'est un moyen d'arriver à se faire rendre une justice qu'ils se croient due pour des motifs imaginaires.
A ce dernier groupe appartient l'aliéné dont voici l'obs&rvation curieuse rapportée par Morel :
« En 1862, dit Morel, je croyais avoir trouvé un cas de pyromanie. Il s'agissait d'un jeune homme de vingtcinq ans, marié, tisserand de profession, qui, après avoir mis le feu à des meules de blé, était venu spontanément se mettre entre les mains des gendarmes, se reconnaissant pour le vrai coupable, et disant que s'il avait mis le feu, c'est qu'il éprouvait le besoin d'incen-
1. Maramlon de Montyel, Des incendies â mobiles fiUiles ; Archives rJe neurologie, ISS-"), timic X.
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dior, que c'était là son idée. Au ma.a-istrat instructeur il fit la même réioonse. Non seulement il ne se repen- (iiit pas d'avoir mis le feu; mais il était prêt, dit-il, à recommencer. Malgré ces aveux qui n'étaient pas de nature à lui attirer la bienveillance des juges, des doutes surgirent sur la sanité d'esprit de cet homme. 11 fut confié à mon examen, et après i'avoir interrogé longtemps sans pouvoir obtenir d'^iutres réponses que celles qu'il avait déjà faites, et qui indiquaient une tendance en quelque sorte instinctive pour l'incendie, l'inculpé me confia ses révélations écrites; c'était un document qu'il portait sur lui et qu'il n'avait confié à personne.
« Dans cet écrit plein défaits de folie insigne, je pus voir que cet homme était aliéné depuis longtemps. Depuis longtemps aussi la mobilité de son existence révélait un de ces états maladifs soumis à des périodicités (|ui sont le symptôme incontestable d'un état de souffrance de l'organisme. Apres avoir erré longtemps sans pouvoir se fixer nulle part, il avait fini par se marier. Les hallucinations qui le tourmentaient lui avaient fait croire, le jour même de son mariage, que son beaupère, le père de sa femme, le trompait. Il crut à des rapports incestueux. Il eut l'idée de tuer son beau-père, puis sa femme, et de se suicider. Pour échapper à ses mauvaises pensées, il errait dans la campagne, abandonnait son ouvrage, se plongeait dans l'alcoolisme. Plus tard, il crut à des révélations, il vint à Paris; il voulut approcher la personne de l'empereur pour lui dire que Dieu l'avait choisi, lui, malheureux tisserand du pays de Caux, pour sauver la France et devenir le soutien du trône. Pour toute récompense il fut mis à Mazas, puis renvoyé chez lui. Il fit une longue route à pied, sans manger, et enfin, de guerre lasse, ce délirant par persécutions, cet hypocondriaque transformé, nous pouvons l'appeler ainsi, résolut, poussé qu'il élait à bout, de faire un coup d'éclat afin d'altiror sur lui
les regards de la France ingrate et de se faire rendre justice. Il commit donc volontairement le crime d'incendie, afin d'avoir l'occasion de se faire un piédestal. Il croyait, cet insensé, car il a été jugé ainsi ét enfermé dans un asile d'aliénés, qu'en se faisant poursuivre devant les tribunaux, il aurait occasion de dire en face de la France entière qu'il était la victime de son beau-père ^ »
Le fameux Erostrate, qui incendia le temple d'Ephèse, appartenait sans doute à cette catégorie d'aliénés qui, par orgueil, veulent attirer sur eux l'attention publique. C'est dans la même catégorie que rentrait encore ce Jonatham Martin qui, en 1829, tenta de réduire en cendres la cathédrale d'York. Le procès de cet aliéné, dont le D'" Dagron a rappelé les principaux détails et qui fut très retentissant, en donne la preuve évidente.
On demandait à Jonatham Martin pendant l'audience : « Étes-vous fâché- de ce que vous avez fait? »
« Pas du tout, répondit-il en souriant. Si c'était à recommencer, je n'hésiterais pas une minute. Il fallait bien purifier la maison du Seigneur des indignes ministres qui s'éloignent des traditions évangéliques »
« Mais ce n'est pas le moyen de corriger les prêtres. »
« Pardonnez-moi, cela les fera réfléchir. Ils verront que c'est le doigt de Dieu qui a dirigé mon bras. Les ' chrétiens convertis à la vraie religion trouveront que j'ai bien fait. Le Seigneur procède par des voies mystérieuses, et c'est sa volonté qui fait tout, sur la terre comme dans le ciel. »
Quelques minutes plus tard, une fanfare et un roulement de tambours se font entendre pour annoncer l'arrivée du grand -juge.
« On croirait, s'écrie Jonatham Martin, entendre les trompettes du jugement dernier. »
1. CompLdH rendus de la Société médico-paycliolofjiqi/e A/uifilcs médico-psycholnfiiqaes, lome VU, p. li(5, 'l8(jGt
Au inonieiit où le président des assises écarte avec peine la foule des curieu): pour arriver- à son siège : « Avouez, s'écrie Tincendiaire en se tournant vers Tun de ses geôliers, avouez quej'ai mis beaucoup de monde en mouvement. Bonaparte lui-même n'a pas lait autant de bruit dans toute sa vie. »
Pendant le cours des débats, le ministère public annonça qu'il se désistait de l'un des chefs d'accusation et qu'il renonçait à poursuivre Jonatham comme voleur des franges d'or et autres ornements précieux - qui décoraient la chaire de l'archevêque. « Vous faites bien de vous désister de l'accusation de vol, lui dit l'accusé; elle n'a pas le sens commun. Je n'ai jamais rien voulu voler. Mais, un ange m'ayant ordonné, par la volonté de Dieu, de mettre le feu à l'église, il fallait bien me munir de preuves que moi seul avais exécuté l'entreprise, afin qu'un autre n'en eût pas l'honneur, ou, si vous aimez mieux, n'en supportât pas le châtiment ^ »
Quelques aliénés incendiaires ont pour but, pour motif le suicide; ils imaginent de se détruire au milieu du feu qu'ils' ont allumé. Nous connaissons le cas d'un ecclésiastique, obsédé d'hallucinations, qui fut trouvé chez lui grièvement brûlé. Il avait la terreur de l'enfer, et crut, en se brûlant, avoir la certitude d'échapper aux supplices éternels.
Pour donner une idée plus complète de la variété des motifs auxquels obéissent les aliénés incendiaires, nous rappellerons les faits suivants, que rapporte le D"" Dagron : « Un maniaque, soigné par Esquirol, mil le feu à son lit, espérant recouvrer la liberté à la faveur du désordre que causerait le sinistre. Un malheureux halluciné monta sur le bficlier dressé de ses propres mains, persuadé qu'il allait faire un miracle et que le pouvoir surnaturel dont il était investi lui permot-