AVANT-PROPOS. S
« Mais, sac à papier ! on ne parle que de ma mort,
là dedans ' ! »
Dans les traités sur la folie on ne parle non plus que de la mort mentale des aliénés, sans s'occuper de ce qui leur reste encore de vie intellectuelle, de vie raisonnable, sans tenir compte de la persistance partielle de leurs facultés d'esprit. Il n'est donc pas étonnant que ceux qui n'ont pas l'expérience des aliénés s'y laissent tromper, et qu'ils tombent dans l'erreur.
Nous avons entrepris de combattre cette erreur, d'appeler l'attention sur la persistance de la raison chez les aliénés, de montrer, en un mot, qu'on peut être aliéné, et avoir cependant encore de la raison.
Jusqu'ici aucun travail d'ensemble n'a été fait sur ce sujet. Les notions qui s'y rattachent directement sont peu nombreuses ; elles sont disséminées dans quelques mémoires spéciaux ou dans les traités de médecine mentale; elles sont exprimées d'une façon sommaire ét incidente; enfin elles se bornent le plus ordinairement à des considérations théoriques.
Nous avons pensé que le meilleur moyen d'atteindre notre but était de nous appuyer sur des faits.
Nous en avons donc réuni un nombre suffisant pour permettre de constater tout ce qu'il peut y avoir encore de raisonnable chez des individus réellement atteints de maladie mentale. Nous avons coordonné ces faits suivant les facultés de la raison auxquelles ils se rapportaient le mieux. Un certain nombre ont été observés directement par nous; les autres sont empruntés aux annales de la médecine mentale.
Toutes les fois que cela était utile, nous avons pris