‹ La raison dans la folieChapitre 5 sur 84 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

affirment l'existence, la gravité de la maladie mentale, et les manifestations raisonnables qui sômblent affirmer l'intégrité d'esprit de ces personnes.

Pour ne rien omettre, mentionnons encore ces faits nombreux, anciens ou récents, qui ont montré à quel point l'opinion publique, abusée par quelques-unes de ces manifestations raisonnables, s'est égarée dans l'appréciation de certains cas où cependant la folie était des plus caractérisées. Elle a crié haut contre des séquestrations qu'elle appelait arbitraires. Les journaux ont fait chorus avec elle, exagérant même parfois ses inquiétudes ; des protestations se sont élevées de divers côtés ; les pouvoirs publics ont été mis en demeure d'intervenir : il fallait, disait-on, mettre fin à des abus criants, à de déplorables injustices ; alors des enquêtes ont été ordonnées, et dans presque tous les cas, nous pourrions même dire dans tous les cas, si partiales qu'elles fussent, elles sont arrivées à constater que la folie était bien réelle, et que la séquestration n'était nullement arbitraire.

Malheureusement le parti-pris s'en est mêlé ; le public, et les journaux avec lui, ont refusé d'accepter les résultats des enquêtes; ils ont continué de soutenir que les individus dont il s'agissait n'étaient pas aliénés, pas fous, et l'évidence même n'a pu les amener à modifier leur opinion.

Les hésitations des uns, les convictions des autres, les clameurs d'un certain nombre, les perplexités desmagistrats, ont le même point de départ ; elles viennent de l'erreur dont il est question, erreur formelle dont les conséquences peuvent être graves. Elle peut en effet, suivant les cas, nuire au traitement d'un malade, retarder ou empêcher sa guérison; elle peut être la

cause d'un attentat contre les personnes, d'un crime ou d'un délit ; elle peut faire attribuer la capacité civile à des individus incapables de l'exercer ; elle peut enfin faire peser la responsabilité criminelle sur des individus qui certainement sont irresponsables de leurs actes.

En réalité, la folie n'exclut pas la raison d'une manière absolue ; celle-ci peut persister, et elle persiste ordinairement à divers degrés et sous diverses formes dans la folie la mieux caractérisée, dans presque tous les états de maladie mentale. Certains aliénés peuvent, en bien des circonstances, sans cesser d'être aliénés, penser, parler, agir comme des individus vraiment raisonnables ; il leur reste, en effet, non des apparences seules, mais des parties véritables de raison; il y a chez eux, persistance partielle de la raison dans la folie.

Jusqu'à un certain point, la lecture des traités, des mémoires de toute sorte, publiés sur les maladies mentales, est de nature à induire en erreur ceux qui les consultent sans avoir été instruits à connaître les aliénés eux-mêmes. On y indique avec soin les altérations, la déchéance progressive de l'intelligence ; on y fait ressortir l'amoindrissement des facultés d'esprit ; mais on néglige d'y indiquer que cet amoindrissement n'est que progressif, et qu'il arrive très lentement à l'oblitération complète et définitive ; on omet d'y faire ressortir les aptitudes mentales que les aliénés conservent longtemps encore. Leur étude nous rappelle cette exclamation d'un personnage de comédie à qui on donne connaissance du contrat de mariage de sa fille, et qui, à rénumération de toutes les espérances de la fiancée, s'écrie :

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