CONCLUSION
L'aliénation mentale consiste essentiellement clans l'oblitération partielle ou totale de la raison. Du moment où il n'a plus l'intégrité de sa raison, l'individu est véritablement aliéné. Il faut donc chercher à reconnaître son état de folie, non pas d'après ce qui lui reste de raison, mais d'après ce qui lui en manque.
Ce principe incontestable et très important, que nous avons énoncé dès le début de notre ouvrage, parce qu'il en était le point de départ, en forme aussi la conclusion naturelle; il ressort des développements dans lesquels nous sommes entré, des faits que nous avons réunis.
Nous avons établi que, chez les aliénés, les facultés de raison peuvent persister à un degré plus ou moins élevé. Nous avons constaté successivement la persistance partielle de l'intelligence, du jugement, de l'esprit de conduite, de la logique; nous avons vu que les facultés d'esprit se présentent soit isolées, soit combinées ensemble, et quelquefois dans un état si voisin de la perfection que naturellement elles font illusion, et cachent aux regards inexpérimentés les marques de la folie.
Ce qui, du reste, rend l'illusion facile, c'est, comme nous l'avons dit, l'idée qu'on se fait communément (le la folie. La plupart des gens sont disposés' à no
considôi'cT cuiuiiic iilic'iH! (|uo Tindividii qui agit cou tinuellemeiit d'une manière extravagante ou désordonnée, qui se trompe dans toutes ses appréciations, qui no peut enfin exercer sur lui-même absolument aucun empire, et s'abandonne complètement au caprice de ses incitations morbides.
Mais cette conception de l'aliénation mentale est beaucoup trop exclusive ; elle n'envisage réellement qu'une des variétés de la folie, variété qui n'est pas du tout la plus fréquente. La folie comporte bien d'autres manières d'être; elle a d'autres manifestations, elle peut se présenter sous des aspects tout différents de ceux doiit il vient d'être question, et, en allant aussi loin que possible, on est en droit de dire qu'elle peut se montrer sous le masque de la raison, avec ses marques et ses attributs.
Il faut donc qu'on le sache -bien, et nous ne craignons pas d'insister sur ce point : la folie n'est pas absolument incompatible avec les manifestations de la raison. Il n'est pas vrai de dire que, du moment où la folie commence, toute trace de raison doive aussitôt disparaître. Ces deux éléments, folie et raison, bien que contraires l'un à l'autre, peuvent rester juxtaposés. Un ne peut pas dire, sans doute, qu'ils se confondent ; mais, en certaines circonstances, il leur arrive de se mettre au service l'un de l'autre ; ou plutôt il arrive que la folie se sert de la raison, qu'elle se cache derrière elle, et qu'elle en fait un usage que, dans une certaine mesure, on est autorisé à qualifier de raisonnable.
Un aliéné, un fou, peut tenir, quelquefois longuement, des conversations qui paraissent pleines de bon sens; il peut écrire des pages où tout semble parfaitement Judicieux ; il peut, sui" certains points et à certains moments, raisonner, juger, agir de la même fac^-on (|U(^ pourrait le faire l'homme vraiment raisonnable. Il nVn (îst pas moins aliéné, et ce n'est pas d'après les appa-