XLVIII PRÉFACE
l'Individu renferme une application de la méthode à une question dont l'importance est souveraine. La doctrine de l'unité humaine est le complément indispensable de celle de la liberté, car sans les correctifs qu'elle apporte, la thèse du libre arbitre irait se heurter contre les faits. Il est aisé de voir que la conscience morale nous mène à l'unité, puisqu'elle nous porte au dévouement, qui produirait la communion. Si le sacrifice de notre personnalité est pour nous l'idéal, il est clair que la personnalité ne forme pas toute notre essence, autrement nous ne serions pas appelés à nous réaliser, mais à nous détruire. L'unité de l'espèce est nécessaire pour accorder le Christianisme avec la conscience et la raison. Elle n'est pas moins nécessaire à la lettre même de l'Evangile, à la conscience morale prise à part, enfin à l'intelligence de l'Histoire, qui nous montre partout la solidarité des individus et des générations. L'unité de l'espèce humaine est le dogme qu'il importe le plus aujourd'hui de mettre en lumière. Aussi se trouve-t-il dans toutes les aspirations de notre époque, dans les plus grossières comme dans les plus hautes. 11 est facile et dangereux de l'exagérer. Pour n'en tirer que de salutaires conséquences, il importe de le restreindre dans ses vraies limites. Il est essentiel de tenir la balance égale entre l'espèce et l'individu ; c'est l'idée même de l'homme qu'il faudrait saisir ici, l'exacte formule serait d'un prix inestimable, mais nous désespérons d'y parvenir. L'homme reste à luimême un mystère, et le cœur en sait plus là-dessus que la parole ne peut exprimer. Sans atteindre aux précisions que la curiosité de l'esprit réclame, je crois avoir resserré le problème dans des termes qui, pratiquement, valent une solution, puisqu'ils rétablissent l'harmonie entre la raison