‹ La raison et le christianismeChapitre 33 sur 57 · XLVI PREFACE · texte numérisé non relu

XLVI PREFACE

Quel était notre propos en commençant ce trop long discours?— D'établir que notre siè;"le a besoin de religion et de philosophie, des efl'orls de la pensée, des vertus du cœur ; (|ue sans philosophie , sans religion , sans un renouvellement de la vie intellectuelle et morale, l'or et les grands repas ne sauraient lui suffire , mais qu'il s'avilira, qu'il s'ennuiera (ce qui est déjà plus grave), qu'il s'appauvrira, et qu'il se perdra. Nous voulions faire voir aux hommes positifs qu'il ne faut pas dédaigner les recherches de philosophie et de théologie, mais au contraire les encourager et les poursuivre. Nous aurions accompli notre dessein si quelques hommes positifs avaient eu la patience de suivre jusqu'ici le fil de notre raisonnement, ce qui est, je le confesse, infiniment peu vraisemblable.

Je voulais en même temps dire en gros ma façon de penser sur l'état de la société contemporaine, et sur les causes qui l'ont amené. Je l'ai fait, sans apporter la preuve de toutes mes assertions. Les grandes révolutions de l'histoire moderne' me semblent avoir pour fin providentielle de dégager les principes de la vie morale et sociale, la religion , le droit et le travail matériel, que nous trouvons d'abord pétris ensemble dans un mélange qui les faussait tous. En se dessinant, chaque principe affecte la suprématie, et l'obtient momentanément. Au terme, chacun d'eux doit se retrouver à la place qui lui appartient naturellement, constitué selon ses propres lois, articulé sans doute avec les autres, mais distinct et libre. Arrivés au point où le principe économique domine la pensée et les faits, nous nous approchons du terme de cette grande évolution, la-

PREFACE. XLYIl

quelle réussira , si l'espril religieux se réveille, trouve sa forme et reprend son rang dans la vie ; tandis qu'elle se terminera par une catastropliCj si notre civilisation se fixe dans le matérialisme.

Pour atteindre la création religieuse dont notre âge a besoin, je crois qu'il faut remonter aux éléments, et fonder sur la conscience. L'œuvre nécessaire avant toute autre serait la restauration de la conscience elle-même. Cette œuvre appartient à Dieu.

Mettre la conscience morale à sa place dans l'ordre intellectuel, déterminer les lois des sciences morales en se fondant sur l'intuition qui leur est propre : tel est l'objet principal des études qui suivent.

Le même genre d'intérêt règne dans V Appendice ù l'Essai sur les Méthodes, où la bienveillance de quelques amis m'a permis de reproduire une discussion très-remarquable sur les grandes questions de la liberté et du mal moral.

11 n'y a rien d'absolument nouveau dans la méthode que je propose, et que les défenseurs du libre arbitre ont plus ou moins employée dans cet éloquent débat. Elle m'a déjà conduit dans \a Philosophie de la liberté, et s'y trouve incidemment exposée. Il restait cependant à la formuler avec précision, pour la faire bien distinguer des méthodes purement intellectuelles et spéculatives. En s'y tenant strictement attaché, on serait conduit peut-être à modifier ou à reléguer dans le domaine des probabilités relatives quelques passages de la Phtlosophie de la Liberté.

Le dernier morceau du volume : De l'Humanité et de

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