IOO LA. RAISON PHILOSOPHIQUE
est le but qu'ils se sont efforcés d'atteindre (1).
En troisième lieu, on ne peut pas nier que les anciens philosophes ne fussent des esprits libres de toute préoccupation, de tout préjugé, ayant fait, d'avance, bonne raison de toutes les absurdités du paganisme , et môme de toutes les croyances populaires. On ne peut pas nier qu'ils ne fassent des intelligences distinguées, ayant fait de longues et sérieuses éludes , ayant acquis les connaissances les plus étendues ; que plusieurs d'entre eux , tels que Platon, Aristote, Zenon, et Cicéron lui-même, ne fussent de véritables génies. On peut donc sans scrupule les regarder, dans leur ensemble , comme la raison humaine dans toute sa liberté , dans toute sa puissance, dans les meilleures conditions possibles pour retrouver la vérité.
Et cependant on a vu que , placée dans des conditions si heureuses, la raison humaine, par rapport à Dieu , a été anthropomorphite , n'ayant pu jamais le comprendre sans un corps -, qu'elle lui a refusé les attributs les plus essentiels; qu'elle a rendu sa divinité commune avec toutes les créatures et avec le monde tout entier; qu'elle ne s'est pas élevée audessus des absurdités du polythéisme; que, à l'égard de 1' homme, elle n'a rien compris à sa nature, à son âme, à ses devoirs, à sa fin dernière.
(1; « Nisi ineptum putarem, jurarem per Jovem, me et ardere studio veri reperiendi, et ea sentire quœ dicam (Academ.). »
CHEZ LES iTCCIENS. lui
En un mot. un a vu que cette raison humaine n'a jamais pu établir une seule vérité d'une manière claire, précise, certaine. san> mélange d'erreur; qu'au contraire, elle a professé toutes les erreurs, protégé tous les vices , et par là détruit toutes les croyances , corrompu les mœurs , ruiné la société. On a vu enfin que cette raison humaine , livrée à elle-même, après huit siècles de recherches, de disputes, de divisions, s'est reniée ellemême, détruite elle-même, engouffrée dans l'abîme du doute universel, du scepticisme absolu.
Or la question engagée aujourd'hui entre le rationalisme et le catholicisme a bien des points de ressemblance avec la question ancienne, entre le rationalisme et les traditions universelles. Le rationalisme moderne prétend pouvoir se passer de la révélation chrétienne, comme le rationalisme ancien, au témoignage de Cicéron lui-même , prétendait pouvoir se passer delà révélation primitive.
Voilà donc , par l'examen que nous venons de faire des exploits de la raison philosophique d'un seul temps, un précédent fâcheux établi pour la raison philosophique de tous les temps. Voilà le rationalisme moderne, par ce qu'il a été, jugé pour ce qu'il est et pour ce qu'il sera ; et. par ce qu'il a fait, r*onvaincu de ce qu'il peut faire. Le voilà privé de l'appui qu'il aurait trouvé dans le passé, s'il eut. dans ce passé, pu conquérir à lui seul la vérité; et, par l'expérience la plus longue, par le fait le