‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 2 sur 98 · VJ AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

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Rome : quatre fois dans l'espace de six ans, sur les instances réitérées du chapitre, il fit la station de Carême à Saint- Pierre ; et pour ces quatre stations, il improvisa cent quarante homélies , dont soixante-quinze furent livrées depuis à l'impression. Il y eut alors un cri unanime d'admiration et presque de stupeur. Ces homélies, modèles achevés du genre, présentent la méthode large et solide des Pères de l'Église du premier ordre. L'orateur y sème à flots toutes les richesses d'une érudition saine et longtemps mûrie ; les textes de l'Écriture se fondent comme d'eux-mêmes dans l'ensemble; il s'assimile avec un égal avantage la pure substance des saints docteurs. Tel est le double point d'appui de ses puissantes conceptions. C'est ainsi qu'il développe au grand jour de la logique les mystères chrétiens, et qu'il en fait l'application à la morale. On ne sait ce qu'il faut admirer le plus, de la forme ou du fond. Sans nul artifice apparent, ses idées s'enchaînent toujours sur un plan hardi, mais régulier. Les mouvements et les images ne manquent point à son style , bien qu'il s'impose, à cet égard, de très-prudentes économies. Ce qui le distingue avant tout, c'est la précision et la clarté, l'énergie et l'ampleur; c'est l'orthodoxie de l'expression, pour ainsi dire; c'est un prodigieux don d'originalité qui lui fait envisager les questions sous des aspects tout nouveaux, et qui donne presque à chacun de ses discours l'importance d'une révélation.

Le dix-neuvième siècle tiendra du Père Ventura une réforme immense et salutaire. Il vient de réintégrer dans les chaires chrétiennes les divines Écritures et les livres des Pères, qui en étaient presque entièrement bannis ; il vient de substituer à l'éloquence de l'imagination et des mots l'éloquence des doctrines et des

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choses. Son influence, déjà \isible en Italie, commence également à se faire sentir parmi nous.

Tel est l'orateur dont nous publions aujourd'hui les Conférences.

La France l'a vu et entendu, cet orateur si renommé , si profond , si érudit , si fécond , si varié , si réellement incomparable, si admiré des savants et si aimé du peuple. La France l'a entendu et l'a trouvé plus grand que sa réputation même. En présence de l'avide multitude qui remplissait l'enceinte de l'Assomption, il a pu croire que son éloignement de Rome n'était qu'un rêve , et qu'il parlait dans la basilique de Saint-Pierre ou à Saint-André délia Voile. Paris s'est glorifié du Père Ventura, et la province a ambitionné sa parole. Ses Conférences sont devenues tout à coup comme une sublime école d'éloquence où accouraient nos plus illustres compatriotes. En sortant de là, 31. Berryer s'écriait : « J'ai entendu saint Paul « parlant à l'Aréopage , et remuant avec son accent « d'étranger tous les esprits et tous les cœurs. » Après la magnifique peinture de Dieu et des attributs divins, qu'on trouvera dans la cinquième Conférence , 31. de 3Iontalembert. l'un de ses auditeurs les plus assidus, s'écriait, lui aussi : « C'est admirable ! je n'ai jamais « rien entendu de plus beau dans notre langue ! » La presse de toutes les nuances politiques et religieuses s'est associée sans réserve à ces graves suffrages. Parmi un grand nombre d'appréciations que les journaux ont publiées, nous citons l'article suivant, qui nous a paru définir avec une parfaite justesse de vues les Conférences et leur auteur. Il est du à la plume d'un écrivain célèbre , peu sujet à l'enthousiasme, et plus connu par la causticité charmante de son esprit que par l'excès de ses complaisances pour les orateurs sacrés.

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« Dieu a fait évidemment de la France son enfant gâtée : le malheur est seulement que la France ne profite pas assez de cette paternelle faiblesse. ?sTous avons des orateurs distingués pour les chaires chrétiennes : en face des pauvretés du barreau et même du Parlement , c'est une dérision de nous citer leur petit nombre. Excepté deux ou trois hommes d'élite, les grands avocats sont morts depuis longtemps; les tribunes publiques ne sont plus que des loges d'espiègles commères. Qu'une voix grave et tant soit peu grammaticale s'y fasse entendre, le fanatique enthousiasme qui l'accueille trahit un étonnement mesquin, et se réduit, en fin de compte, à un humiliant aveu de pénurie. Sans nier l'infériorité relative des modernes sous le rapport de la prédication, rien n'empêche, au contraire, de reconnaître là quelques échos rajeunis de la belle éloquence que Bourdaloue et Bossuet personnifient dans son expression la plus vaste. Les abbés Cœur et de Ravignan sont des noms que nous pouvons prononcer avec un légitime orgueil. Chose frappante! il y a un moine dominicain que la vogue poursuit de plus en plus depuis quinze ans, chez le peuple volage par excellence, et dont le succès serait déjà en lui-même un merveilleux signe de force, à part la réalité de son indéfinissable talent, qui explique ce succès et le justifie. Le P. Lacordaire a presque la taille d'un génie d'apôtre et d'une gloire nationale.

« Sans doute, comme nous l'avons dit tout à l'heure, ces trésors, si précieux et si abondamment répandus, ne portent pas autant de fruits qu'on serait en droit de le désirer. Il reste encore dans les saints auditoires quelques places vides. On pourrait savoir davantage le don de Dieu, comme s'exprime l'Écriture. Cependant montrez-nous, Tïième dans vos clubs, au jour de

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