‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 24 sur 98 · SUPREMUM, OPTIMUM, MAXIMUM, PATREM DEORUM ATQUE HO · texte numérisé non relu

SUPREMUM, OPTIMUM, MAXIMUM, PATREM DEORUM ATQUE HO

minum, ut multis gravissimisque monumentis facile adstrui potest.... Igitur ethnici deos quidem coluerunt innumerabiles... sed illos deo uni et supremo subordinatos plerique vel forte omnes , rudioribus exceptis, arbilrabantur ( Tom. I, tract, de Deo, cap. 4).

Bouvier, Lieberman, Ubagbs, tous adoptés par les séminaires, s'accordent sur ce point avec Baillv. Parmi les docteurs on pourrait citer des hommes l'honneur de l'Église gallicane, la Luzerne, Hooke, Petau, Thomassin, et le savant évêque d'Avranches. Bossuet a dit aussi : « C'est ignorer les premiers principes de ■ la théologie , que de ne pas vouloir entendre que les païens « adoraient tous le vrai Dieu comme les autres [ Lettre à " Brisac). »

Mais il suffit de rappeler que les evêques de France, dans la

112 LA RAISOIS PHILOSOPHIQUE

fameuse censure qu'ils rédigèrent, Tannée 1832, contre les doctrines d'un auteur célèbre, tout en condamnant, comme de raison, l'abus que cet auteur avait fait des croyances traditionnelles des peuples, n'ont pu s'empêcher de rendre hommage à la doctrine communément suivie touchant la révélation primitive ; car voici leurs paroles : Libenter agnoscimus, cum doctioribus religionis apoloyistis, vestigia primitive revelatioms circa veritates quse rasis et f un dament a sunt religionis et morum in variorum traditionibus populorum reprehendi (Censura, etc., Observât. 2, pag. 40. )

.Note B [Page 53).

« C'est donner à la raison plus qu'il ne lui appartient, que de lui attribuer la connaissance de Dieu par voie de démonstration. Dieu est connu de tous, avant toute démonstration, et nul ne cherche à s'en démontrer l'existence avant d'en avoir l'idée, avant d'en avoir entendu prononcer le nom , et l'affirmation, des milliers de fois. La connaissance a donc précédé la démonstration, comme la religion a précédé la philosophie. Ce ne sont pas les philosophes qui ont introduit dans le monde le nom et la notion de Dieu , ils l'ont trouvée tout existante.

« Mais il est vrai , il est de foi que la raison , telle ql'elle est , et non amoindrie de tout ce qu'elle a reçu de la société au milieu de laquelle elle a été formée, peut parfaitement démontrer la vérité de cette afiirmation de l'existence de Dieu , que l'humanité a conservée , en lu nommant toujours, depuis l'origine du monde. Cette affirmation est un fait visible, aussi constant que le soleil , les astres , et tout le spectacle du monde visible. Elle fait partie des témoignages que Dieu nous a donnés pour être toujours à même de reconnaître son existence , sa providence et ses perfections. Quand saint Paul a dit que « les « choses invisibles de Dieu, sa puissance et son éternité, se révè- « lent à nos yeux et à notre raison daus les choses visibles de « ce monde; » assurément il l'a dit de notre raison telle quelle est, avec toutes les idées qu'elle possède et qui sont dans le langage de tous; et nul noserait sans doute prétendre qu'il a, en parlant ainsi, fait abstraction de la révélation , de la communication primitive et de la conservation traditionnelle des

mots qui nomment Dieu et ses perfections, et des idées qui sont renfermées dans ces mots.

« L'univers a toujours cru à la Divinité , à la vertu, au mal, à la responsabilité morale de l'homme; et il a toujours DIT qu'il y croyait, il a toujours prouvé qu'il y croyait, par l'ensemble des faits sociaux et religieux qu'on trouve partout et dans tous les temps. Toujours ainsi il a pu reconnaître la vérité et la parfaite rationabilité (qu'on me passe le mot) des affirmations traditionnelles qui sont renfermées dans ces expressions. L'affirmation d'un Dieu créateur, infiniment puissant , sage et bon , lui a toujours expliqué seule et le monde physique et le monde moral et le monde purement intellectuel , comme l'observation et la contemplation de l'ordre physique et de tous les phénomènes qui se manifestent dans la raison, dans l'âme humaine , a toujours suffi pour lui faire reconnaître l'évidente , la nécessaire vérité de l'affirmation qui les rapporte à une cause créatrice , infiniment puissante , intelligente et bonne. La cause et l'effet, toujours en présence de l'intelligence humaine , l'une par une affirmation subsistante, déposée en elle dès l'origine et transmise par la tradition de l'éducation , l'autre visible par les yeux du corps ou par le sens intime, n'ont pas cessé et ne cesseront jamais de se rendre l'une à l'autre un témoignage dont la raison ne pourrait contester la puissance et la valeur sans se renier ellemême, et sans se contredire dans toutes les lois qui président à ses pensées- La distance infinie qui sépare le créé et le fini de l'infini et de l'incréé, l'homme de Dieu , a été comblée par cette admirable invention de la Sagesse suprême, qui s'est comme créée elle-même et incarnée, ou, si l'on veut, exprimée , dans la parole , dans X affirmation de son existence, et qui est venue se déposer, s'imprimer d'une manière ineffaçable dans la raison humaine, s'identifier avee elle, et allumer dans ce sanctuaire mystérieux un flambeau dont la lumière rejaillit sur toutes les vérités et tous les êtres. C'est ce que l'apôtre saint Pierre appelle divinement lucerna lucens in caiiginoso loco (Lettre de Monseigneur de Montaubanà M. Bonnetty). »

Il6 LA RAISON CATHOLIQUE

C'est ce qu'a fait la raison catholique , depuis l'origine du christianisme jusqu'au seizième siècle. Et c'est pour cela qu'elle a réussi à fonder une philosophie véritable, une philosophie amie et auxiliaire de la religion, parce que ce fut une philosophie raisonnable dans son but, naturelle dans son principe, solide dans son fondement, sure dans sa méthode, heureuse dans ses résultats, utile dans ses conséquences. C'est ce que nous allons voir aujourd'hui.

Après avoir considéré la misère, les ravages, l'opprobre de la raison philosophique dans les siècles païens , il est beau de considérer la puissance, les avantages, la gloire de la raison catholique dans les siècles chrétiens. Ce contraste nous fera encore mieux comprendre que, dans l'ordre scientifique aussi bien que dans Tordre religieux, il n'y a de véritable bonheur qu'en écoutant la parole de Dieu avec soumission, et en la gardant avec fidélité ; Beati qui audiunt verbumDei, et custodiunt illud.

Commençons par implorer le secours d'en haut par l'intercession de Marie ; Ave Maria.

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