PREMIÈRE PARTIE
2.X Tn des philosophes clu dix-septième siècle |^J (Locke) qui n'était rien moins que philosophe, et dont le fanatisme antichrétien du dix-huitième siècle a fait l'un des restaurateurs, l'une des idoles de la philosophie moderne, a cependant fait une importante observation lorsqu'il a dit : qu'autre chose est de vouloir découvrir par la réflexion une vérité cachée , et autre chose de vouloir se rendre compte, acquérir la preuve d'une vérité connue.
Dans ces deux mots, M. F., est contenue l'histoire entière de la philosophie depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours. Car la philosophie n'a été autre chose sinon, soit l'étude de découvrir des vérités cachées, soit l'étude de démontrer, de développer des vérités connues, et de les appliquer à la perfection de l'homme et au bonheur de la société.
La philosophie donc , passez-moi ce terme , n'a été que ou inquisîtive ou démonstrative (1).
(1) Il est bien extraordinaire, bien étonnant que des philosophes qui ont vu ou cru voir tant de choses n'aient pas distingué ces deux différentes espèces de philosophie, qui tiennent à la religion des peuples, qui ont dans la religion des peuples leur principe, leur raison et leur fondement , et dont la différence saute aux yeux de tout observateur sérieux de la marche philosophique de l'esprit humain. Il est bien extraordinaire, il est bien étonnant que des esprits qui ont fait un si grand usage delà réflexion, n'aient pas réfléchi qu'en admettant même que la philosophie ne soit
il l\ RAISON CATHOLIQUE
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O I \ MAISON CATHOLlgi |
La philosophie inquisitive a repoussé toute vété qui n'était pas sa conquête; la philosophie clo-
que Y étude de la vérité ; comme il y a deux manières différentes de se prendre à cette étude, il y a et il doit y avoir aussi deux sortes bien différentes de philosophie : l'une, qui est l'étude de trouver toutes vérités à l'aide des facultés de l'homme seul ; l'autre, qui est l'étude de mieux et plus intimement connaître, d'éclaircir, de confirmer, par des arguments empruntés de toute part, les vérités enseignées par la religion ou par des traditions universelles. Car dans l'investigation de la vérité on peut procéder ou de Vinconnu au connu , ou du connu à Vinconnu ; on peut procéder ou d'après le principe: Que la raison doit trouver par elle-même ce qu'elle doit regarder comme vrai ; ou d'après le principe : Que la raison doit se borner à se rendre compte, à se démontrer à elle-même et aux autres la vérité connue d'ailleurs.
Mais c'est égal. On n'a pas voulu voir que, sous le même nom à' étude de la sagesse , il y a eu toujours dans le monde deux sortes tout à fait différentes de philosophie , ayant leurs caractères propres, leurs propres doctrines , leurs propres systèmes et leurs propres résultats. On n'a pas voulu reconnaître, pour de la véritable philosophie, la philosophie démonstrative , qui cependant a été à elle seule et sera toujours la philosophie véritable. On a passé à côté d'elle, sans s'apercevoir qu'elle était là pleine de vie et rayonnante de vérité; et si l'on s'en est aperçu, on n'y a pas regardé, ou bien on s'est contenté de jeter sur elle un regard de superbe dédain ou de compassion insultante. On n'a considéré comme philosophie que la philosophie àHnquisition, que la philosophie de la raison isolée de la religion, de la raison livrée à elle-même, et marchant seule à la conquête de la vérité. Et puisque cette philosophie n'a existé que chez les peuples païens les plus célèbres de l'antiquité, c'est à Athènes, c'est à Rome ancienne qu'on est allé chercher la véritable philosophie; c'est à cette civilisation païenne, matérielle et bâtarde, qui a disparu du monde sans y laisser que des traces de sang ou de boue à côté de beaux livres et de belles statues, qu'on est allé demander les doctrines, les svstemes qui devaient faire le
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monstrative a saisi avec empressement la vérité là où elle l'a trouvée. La philosophie inquisitive est l'ennemie naturelle du principe religieux ; elle s'en défie , elle le hait comme son rival ; et si quelquefois, comme il arrive de nos jours, elle parait faire visage amical à la religion , et feint de la prendre dans son alliance^ dans son amitié , c'est pour la dégrader, pour l'humilier, pour la dominer, pour la perdre. C'est ainsi qu'un voleur de grands chemins s'associe avec le voyageur isolé, jusqu'à l'endroit où il peut impunément tomber sur lui , le dépouiller, et lui ôter la vie. Au contraire, la philosophie démonstrative, heureuse de pouvoir être éclairée de la lumière d'en haut qui lui vient par la religion, est l'amie, l'alliée sincère du principe religieux ; ne travaille qu'à le développer, à l'affermir toujours davantage dans l'esprit des peuples , à le défendre des attaques de l'erreur et des passions.
bonheur et la gloire des peuples et des pays chrétiens , et la base de leur civilisation. C'est cette philosophie qu'on s'est efforcé de restaurer dans ces derniers temps. C'est cette pensée orgueilleuse et stupide qui a enfanté, dans les trois siècles derniers, tant de prétendus restaurateurs de la philosophie qui sont venus déclarer tout bonnement, à la face du monde, qu'il n'y avait eu jamaisavant eux de véritable philosophie; qui ont présenté leurs systèmes et leurs doctrines comme des découvertes tout a fait nouvelles , et qui , avec le plus grand sérieux, avec une intrépidité héroïque , vis-à-vis de l'immense ridicule qu'ils allaient provoquer, se sont posés comme les oracles de la terrejet les flambeaux de l'humanité. Voyez là-dessus aussi la note A. à la fin de cette conférence.
La philosophie inquisitive n'est donc au fond ({ue la raison de l'homme n'acceptant aucun frein , ne reconnaissant aucune loi, ne respectant aucune autorité, et mettant de côté Dieu lui-même lorsqu'il s'agit de croyances et de vérité. C'est l'indépendance absolue de la raison, c'est la liberté de penser poussée jusqu'à la licence, je dirai presque jusqu'au délire (1). La philosophie démonstrative , au contraire, n'est au fond que la raison de l'homme acceptant le frein ^ reconnaissant les lois, respectant l'autorité de la religion et de tout ce que saint Thomas appelle les conceptions de l'esprit communes à tous les hommes; Conceptiones animi communes. C'est la raison qui aime à se soumettre à Dieu , à dépendre de Dieu, et à ne faire usage de sa liberté que dans les limites que Dieu lui a tracées, sachant bien que, ainsi qu'il est dit dans les Livres saints , Dieu est
(1) Saint Paul avait stigmatisé cette prétention orgueilleuse de la raison philosophique croyant se suffire à elle-même, par cette grave parole : « L'homme qui croit savoir la moindre chose par lui-même, non-seulement ne sait rien, mais il ne sait pas même quel est le moyen de savoir quelque chose ; Siquis autem se existimat scire aliquid, nondum cocjnovit quemadmodum oporteat eum scire ( I Cor., vin ). »
Saint Augustin aussi a remarqué qu'il est conforme à la nature delà créature intelligente que, pour arriver à savoir quelque chose, elle doive commencer par croire, et que, dans l'ordre scientifique aussi bien que dans l'ordre religieux , l'autorité doit toujours précéder le raisonnement; Naturœ ordo sic se habet , îd, cum aliquid discimus , rationem prœcedat auctoritas {De moribus Eccles.).
l'auteur, le Seigneur de toutes les sciences , et que toute pensée de l'homme ne doit relever que de Dieu et ne se diriger qu'à Dieu ; Deus scientiarum Dominus est y ipsi prœparantur cogitationes ( I, Reg. II, 3 ). La philosophie inquisitive, donc, prend son point de départ du doute ; la philosophie démonstrative , de la foi. La philosophie inquisitive s'appuie sur la parole de l'homme et s'en enorgueillit ; la philosophie démonstrative s'appuie sur la parole de Dieu et s'en glorifie ; elle l'écoute , elle la garde fidèlement , et , par cela même , elle est heureuse de pouvoir fonder un système scientifique ayant un but noble et légitime à ses recherches ; Beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud. Telle a été, M. F., la philosophie que la raison catholique a établie dès les premiers temps du christianisme.
3. Jésus-Christ dit dans l'Évangile, que le royaume de Dieu est semblable à un trésor enfoui dans un champ que l'homme, qui a connu ce qu'il contient, s'empresse d'acheter au prix de tout ce qu'il possède, afin que, devenant propriétaire de ce champ, il puisse s'enrichir du trésor qui y est caché ; Simile est regnum cœlorum thesauro abscondito in agro : quem qui invertit horno , abscondit , et prœ gaudio illius vadit, et vendit universel quœ habet^et émit agrum illum (Matth., xm, 4-4). « Or ce royaume des cieux, dont parle ici J.-C, c'est l'Église du temps présent, dit saint Grégoire; Regnum cœ-
J \ RAISO» CATHOMQ1 l
idi'iihi prm$mtii ttmporù Ecclmin êicitur U&mii XII, /// Evang.
C'esl dans cette Église, M. FV, ti pa* ailleurs que se trouve cache, enseveli mu ksi yoîftaa du mystère^ iiims les augustes profondeursdc la loi, h' trésor de ta vérité tout entière. Les attaifùi sh\ ani>. les véritables philosophes des premiers siècles du christianisme ayant eu connaissance que, dans le champ de l'Église , se trouvait ce trésor, ont foui vendu, tout sacrifié, leurs talents, leur fortune et même leur vie; et ils ont acquis ce champ, se m Mit rendras maîtres de ce trésor. Et c'est pour cela que saint Paul leur disait : « Maintenant, vous VOilè riches en tout et partout de toute espèce de vérités, de grâces et de vertus : In omnibus êiviÈéi ftteti rslts ( l C(Hr. j I, 5). » Dès lors, on le pe&M bien, ils ont du cesser, il- ont cessé en effet toute espèce d'inquisition intellectuelle par rapport à la Vérité.
Quant aux anciens philosophes, ils ont été, jusqu'à un certain point, excusables d'avoirété ce que saint Paul les dit , « des philosophes chercheurs : Grœcî sapiénttarh quœrufit. » Le paganisme ne leur présentait que des absurdités inadmissibles, traduites dans des cultes obscènes, abominables, cruels. Les traditions des peuples étaient si altérées, si obscurcies, si corrompues, qu'elles étaient à peine reconnaissables. Il n'est donc pas tout à fait étrange que cesgens-!ù se soient mis à chercher la
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vérité par leur raison. Mais pour les premiers chrétiens qui, dans l'Église et par l'Église, avaient trouvé le trésor de toute vérité ; qui connaissaient déjà Dieu et ses attributs, le inonde et sa création, r homme et son origine et sa destinée , les lois et leurs obligations, le péché et son expiation véritable , les peines et les récompenses de l'autre vie , et leur éternité ; et qui connaissaient tout cela de la manière la plus claire , la plus pure, la plus solide, la plus certaine, la plus complète et la plus parfaite, à quoi bon chercher encore ce qu'ils avaient sous leurs yeux , ce qu'ils portaient dans leurs mains? Aussi Tertullien disait-il : « Nous n'avons plus besoin de nous livrer à des recherches philosophiques après l'Évangile; nous n'avons plu> besoin d'entreprendre des perquisitions curieuses après Jésus-Christ : Xobis curiositate opus non est post Christum Jcsunt^ née inquisition? pQêt Evanfjelium (de Prœscription.). »
Ce n'est pas à dire pour cela que les anciens savants du christianisme dédaignassent tout à fait la science profane, la science purement philosophique ; mais, d'après la gentille et simple expression d'un des plus anciens Pères de l'Église, Clément d'Alexandrie , ces savants se nourrissaient d'abord de la foi comme du pain , comme de la nourriture solide et substantielle de l'âme ; et ensuite ils abordaient la science humaine comme , après le potage , on touche à d'autres mets , comme , après
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le souper, on goûte le gâteau et le dessert; Quœ est ex fide irritas necessaria est ad vivendum; qaœ est eœ scientia similis est obsonio et bellariis : desinente cœna suavis est placentula (Stromat. I).
Voilà comment ces grands hommes du christianisme entendaient la science de la parole de Dieu, et celle qui vient de la parole de l'homme. Et, par cela même, ils commencèrent heureusement à fonder une philosophie ayant un but tout à fait raisonnable.
A. Mais de ce que les Pères et les docteurs de l'Église ont insisté sur la nécessité de la philosophie démonstrative^ on aurait tort de les accuser d'avoir voulu trop restreindre ; d'avoir voulu même détruire les droits légitimes de la raison humaine ; d'avoir voulu lui interdire toute recherche même des vérités naturelles; d'avoir voulu la condamner au rôle exclusif de se démontrer à elle-même et aux autres, par des moyens naturels, les vérités révélées.
D'après leur opinion et leur pratique, la véritable philosophie doit, il est vrai, partir de l'ordre de foi pour passer à l'ordre de concept ions ^ et non pas commencer par l'ordre de conceptions pour s'élever à l'ordre de foi. Mais rien n'est plus raisonnable que de tracer un pareil procédé à la raison humaine.
La raison , d'accord avec l'expérience , prouve que, en commençant par la foi, tout en conservant la foi , on arrive à la conception et à l'intelligence ;
mais que, au contraire, en ne voulant commencer que par la conception et par l'intelligence, on perd la foi, et on ne parvient jamais à comprendre ni à concevoir; Nisi credideritis , non intelligetis ; on n'arrive qu'à la conception universelle du doute absolu, c'est-à-dire à la conception de la douleur, du désespoir, qui, en partant de l'injustice, n'enfante que l'iniquité ; Ecee concepit dolorem, parturiii injustitiam et peperit iniquitatem (Psal. VII, 15).
Mais en soutenant que le rôle principal de la véritable philosophie est d'examiner de près , de peser, de confirmer, d'amplifier, de démontrer , d'entendre toujours mieux , dans ce qu'elles ont d'intelligible, les vérités qu'elle a puisées à la source de la religion , du sens commun , de la tradition , de la raison universelle , on ne lui interdit pas le rôle secondaire de pousser toujours plus loin P inquisition pour arriver à connaître, dans les choses où on peut le connaître , le pourquoi ou le comment de ce qu'on admet comme certain et comme vrai , ni l'usage qu'on peut faire de ces mêmes déductions, sans jamais sortir de l'ordre de foi.
Mais en établissant que la raison doit recevoir par la foi, et non pas se créer par le raisonnement, les vérités premières, les principes généraux qui constituent le raisonnement, on ne lui interdit pas la recherche des vérités subalternes, des principes secondaires. On ne lui interdit pas de déduire autant
de Vérités nicomiiios et nouvelles qu'il .si possible d'en déduire au moyen du raisonnement, et de les appliquer au développement de l'intelligence , à l'amélioration de la condition morale et physique de l'homme et de la société.
Or ces vérités déduites, que le consentement des savants approuve, que l'acceptation de la part de la société consacre et met en circulation comme des denrées utiles , comme de la monnaie de bon aloi , ne sont-elles pas de véritables découvertes, de véritables conquêtes de la raison , qui témoignent de sa puissance et font sa gloire ?
Saint Augustin et saint Thomas, les deux plus grands génies du monde, n'est-ce pas en partant de l'ordre de foi qu'ils se sont élevés à la plus grande hauteur dans l'ordre de conceptions , sans que la fermeté de leur foi ait retardé leurs étonnants progrès, que ni leurs progrès aient nui à la fermeté de leur foi? N'ont-ils pas fait, par leur raison croyante, d'infinies et précieuses découvertes touchant les fondements , les preuves , les raisons , les conséquences des plus grandes vérités révélées, et leurs rapports avec les vérités de l'ordre naturel ? N'ont-ils pas élargi l'horizon de la raison humaine , ouvert de nouvelles voies au génie de l'invention et des recherches , tout en enrichissant la science de ces trésors de développements et de lumières qui font l'admiration du monde, et en feraient le bonheur, si on ne les avait pas ensevelis dans la poussière
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et jetés dans l'oubli? Ces deux exemples ne sont-ils pas un argument sans réplique pour prouver que la Raison catholique, en se retranchant dans la voie de la démonstration, du développement des vérités connues par la raison universelle, la tradition et la religion , avait fondé une philosophie naturelle , légitime dans son but; puisque c'est en poursuivant ce but qu'on peut marcher dans la voie du savoir sans tomber, progresser sans s'égarer, s'élever sans se perdre0
Ainsi, lorsque, dans les siècles dont nous parions, on a dit à la raison qu'il fallait prendre pour son point de départ les vérités connues , y croire et sa renfermer, on ne lui contestait pas la liberté, mais la licence. On ne lui contestait que l'usage d'ellemême contraire à sa nature, intempérant, illégitime, qui la perd ; et non pas l'usage d'elle-même naturel, modéré, légitime, qui la conserve, l'agrandit et la fait marcher.
L'indépendance absolue n'appartient pas plus à l'homme dans l'ordre scientifique qu'elle wj lui appartient dans l'ordre social.
Comme dans l'ordre social il n'y a de liberté qu'autant qu'on est soumis et obéissant aux lois; de même, dans Tordre scientifique, il n'y a de véritable science qu'autant qu'on croit aux vérités premières , aux vérités universellement admises , constamment gardées par la vraie religion , et aux principes généraux admis et gardés par l'humanité
tout entière; et la foi à ces vérités, qui sont des vraies lois, est une véritable obéissance aux lois de l'intelligence , tout comme l'obéissance aux lois est une véritable foi dans les croyances de la société. Otez l'obéissance aux lois, sous prétexte qu'elles gênent la liberté naturelle de l'homme , et vous n'aurez bientôt que l'anarchie qui tue toute liberté. Otez la loi aux vérités, aux principes généraux, et vous n'aurez bientôt que le doute qui tue toute science.
La liberté n'est pas la faculté de faire tout ce qu'on veut : cela n'est que la licence. La liberté est la faculté de faire tout ce qui est juste, légitime, et conforme aux lois. La liberté de faire ce qui est injuste, illégitime et contraire aux lois, ou la liberté du mal, n'est pas une liberté; autrement Dieu ne serait pas libre , puisque Dieu ne peut pas faire le mal. Et dès lors on a raison d'entraver, de réprimer partout et autant que possible cette liberté du mal, dépendant du libre arbitre dé l'homme et avec laquelle ne saurait coexister aucun bien. De même, la science n'est pas la faculté d'admettre ou de rejeter tout ce qu'il plaità chacun de rejeter ou d'admettre : c'est là le principe de toutes les erreurs ; c'est la destruction, l'anéantissement de tous les principes constituant la raison générale , comme la licence politique ou civile est la destruction , l'anéantissement de toutes les lois constituant la société. Point de raison et de science sans une foi commune
aux vérités générales , tout comme , sans une obéissance commune aux lois, il n'y a pas de société.
A côté de chaque droit dont o peut jouir, il y a toujours un devoir à pratiquer. Il ne faut jamais séparer le devoir du droit, ni le droit du devoir. Interdire le droit, c'est porter atteinte au devoir. Proscrire le devoir, c'est détruire le droit. On ne peut exiger le devoir, des personnes à qui on ne reconnaît aucun droit. On ne peut prétendre à aucun droit dès qu'on ne veut respecter aucun devoir.
L'Écriture Sainte nous avertit que ceux qui nous louent ne sont pas toujours ceux qui nous aiment, et que le plus souvent ils nous trompent et nous perdent; Qui te beat uni dicunt , ipsi te decipiunt (Isa., III, 42). Or les flatteurs de la pensée son( aussi funestes que les flatteurs des passions. On trompe aussi bien l'homme en lui persuadant qu'il est libre de tout croire , qu'en lui persuadant qu'il est libre de tout faire.
Les flatteurs de la pensée sont les véritables démagogues de l'ordre scientifique, qui finissent par détruire toute science ; comme les démagogues sont les véritables flatteurs de l'ordre social, qui finissent par bouleverser toute société.
Les doctrines qui nous flattent ne sont pas toujours les doctrines qui nous sauvent. Comme l'agréable n'est pas toujours l'utile, de même ce qui paraît raisonnable n'est pas toujours le vrai. Il peut
l3o Là ftAISOn CATHOLIQUE
y avoir du l'au\ dans ce qui parait raisonnable , comme il peut y avoir <lu poison dans la douceur. Au contraire, comme il \ a des choses très-désagréables qui sont très-utiles ; de même il y a des <\-tèmes de doctrines qui, tout en paraissant inadmissibles, sont très-vrais.
Saint Paul a dit aussi qu'il ne faut pas chfefchei à savoir plus qu'il ne faut savoir, et que la sobriété est nécessaire dans Tordre scientifique aussi bien que dans Tordre moral; NoÛplus mpère quam apèr* teài sapere^ sed saperr ,ul Mobriètatem (Rom . , XII, 3 ). Cette parole est profonde. Cela signifie qu'il faut savoir commander à sa raison aussi bien qu'à son apétit ; ôt que l'intempérance de raisonner tue l'esprit , comme l'intempérance de mander tue le corps.
Tout bien , de quelque nature que ce soit , est le prix d'une souffrance. La nature, disait un poëte païen, n'accorde aucun avantage aux humains qu'en récompense de grands sacrifices ; tiil sine ma g no labore Yita dédit mortalibus ^Hor.). C'est la condition de l'homme sur cette terre. Celui qui ne veut rien souffrir, rien sacrifier, est indigne de toute jouissance. On n'arrive à la vertu qu'en crucifiant le cœur; on n'arrive à la science qu'en humiliant l'esprit. Celui qui ne sait contenir ses convoitises ne sera jamais vertueux; et celui qui ne sait captiver ses pensées ne sera jamais savant. Celui qui veut jouir de tout ne jouit de rien ; celui qui veut
tout connaître par lui-même ne connaît rien. L'homme qui veut tout bien finit par n'avoir aucun bien ; l'homme qui veut toute science finit par n'avoir aucune science .
En condamnant donc , en rejetant comme fausse la philosophie qui , partant du doute absolu , croit pouvoir par ses seuls moyens atteindre à toute vérité; en condamnant, en rejetant une pareille philosophie, la raison catholique ne privait pas l'esprit humain de ses droits légitimes ; mais elle lui en assurait la jouissance. Elle ne lui contestait pas ses nobles facultés, mais elle en facilitait l'usage. Elle le plaçait dans son état naturel, dans sa condition naturelle, de devoir commencer par croire pour arriver à comprendre; Nisi crêâid&ritis, nonintpllirjptis. Et c'est ainsi que la philosophie, que la raison catholique s'était créée, était non-seulement raisonnable dans son but, mais aussi naturelle dans son principe : c'est le sujet de ma seconde partie.
SECONDE PARTIE
o. Te vous demande la permission de vous con fj duire un peu aujourd'hui par le monde des abstractions, qui, du reste, pour des hommes tels que vous, accoutumés aux nobles travaux, aux recherches sérieuses de la science , est un monde mimu, un monde familier.
En rentrant en nous-mêmes , en regardant aolre intelligence de près, nous lui surprenons deux Instincts, deux besoins également naturels, également innés, égalemenl indestructibles, par rapport à la vérité : le besoin de croire, el le besoin de raisonner.
Le besoin de croire est si fort, si impérieux dans l'homme, que quelquefois il préfère croire trop, croire tout, plutôt que de ne rien croire; il préfère abdiquer toute raison , plutôt que de renoncer à toute foi : c'est là l'une des causes de la superstition.
Mais le besoin de raisonner n'est pas moins fort ni moins impérieux dans riiomme; et c'est pour céder à ce besoin, qu'il préfère quelquefois ne croire rien, plutôt que de tout croire aveuglément; qu'il préfère renoncer à toute foi, plutôt que d'abdiquer toute raison : c'est là Tune des causes de l'incrédulité.
Toutes les religions de fabrique humaine se résument dans ces deux catégories : les religions sensuelles ( Idolâtrie , Paganisme, Mahométisme), et les religions de l'orgueil ( Hérésie , Protestantisme, Rationalisme). Le principe fondamental de toutes les religions sensuelles est celui-ci : « Tout a l'autorité, rien à la raison. » Le principe fondamental de toutes les religions de l'orgueil est, au contraire : « Tout à la raison , rien à l'autorité. » Il n'y a, M. F., que la religion catholique, d'origine et de
fabrique divines, qui dise à l'homme : « Respect pour l'autorité , et usage légitime de la raison ; » puisque saint Paul , comme nous l'avons vu dimanche dernier, a dit : « Commencez par captiver votre entendement en l'hommage de la foi , et croyez que cet hommage est raisonnable; Redigentes intellectum in captivitatem fidei. Rationabile obsequium vestrum.
Tandis donc que les religions sensuelles poussent l'homme vers l'excès de la foi, et que les religions de l'orgueil le poussent au contraire vers l'excès de la raison , il n'y a que l'enseignement catholique qui place l'homme dans un juste milieu également éloigné de ces deux excès , de ces deux extrêmes contraires.
L'enseignement des fausses religions , soit sensuelles , soit de l'orgueil , par cela même qu'il pousse l'homme vers les extrêmes , vers les excès, est un enseignement faux ; car tout système intellectuel excessif est faux dans l'ordre logique , comme tout acte humain excessif est vicieux dans l'ordre moral. Et au contraire, par cela même que l'enseignement catholique place l'homme au milieu de ces deux extrêmes , il est vrai ; car la vérité ainsi que la vertu , consiste dans le milieu : Médium tenuere beati ! la vérité étant la vertu de l'intelligence , comme la vertu est la vérité du cœur.
Les religions sensuelles disent à l'homme : « Croyez sans raisonner ; » les religions de l'orgueil lui disent
I \ MAISON CATJIOLIQUI
au contraire ; « Raisonnez sans croire; » car opiner,
ce à quoi se réduil toute La foi des hérétiques, tt'esl l»;»v croire* Tandis donc que toutes les religions sensuelles finissent par abrutir l'homme en le plongeant toujours plus dans Terreur; qu'elles rendent (on le espèce de science impossible, et que leur (ternie) mot c'est Ignorance; tandis que les religions de l'orgueil finissent , elles aussi , par perdre l'homme en l'abimant dans le doute ; qu'elles rendent impossible toute espèce de foi , et que leur derniermot est Incrédulité; l'enseignement catholique, qui, en commandant la foi , dirige la raison ; qui , en ordonnant de croire , aide au développement ou talent, et arrête l'homme au point où la loi gsl raisonnable et la raison fidèle; par cela même il sauve l'homme, il élève l'homme au-dessus de lui-même; et son dernier mot, c'est Foi et Science, conditions nécessaires, essentielles de toute civilisation et de tout progrès.
Enfin , les religions sensuelles , tout en satisfaisant le besoin qu'a l'homme de croire , éludent , trompent le besoin qu'a l'homme de raisonner; et au contraire, les religions de l'orgueil, tout en satisfaisant le besoin qu'a l'homme de raisonner, éludent , trompent le besoin qu'a l'homme de croire; et, par cela même, les unes et les autres mettent l'homme hors de l'ordre naturel, parce que l'ordre naturel , pour l'homme , est celui où il peut réunir la raison et la foi. Au contraire, l'enseigne-
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ment catholique , par cela même qu'il inspire la foi sans supposer au développement régulier et légitime du talent , place l'homme dans son état naturel , dans un état parfait ; par cela même il unit la science et l'autorité , la raison et la foi , et ainsi il résout le grand problème de l'intelligence humaine.
Or, c'est de cet enseignement que s'est inspirée la raison catholique dès les premiers temps du christianisme pour fonder une philosophie vraiment chrétienne, une philosophie vraiment naturelle dans son principe.
6. En effet, voyez , M. F., le grand fait, le fait nouveau, extraordinaire, magnifique, prodigieux qui s'est accompli dans ces siècles-là. C'est que tandis que , hors de l'Église , la science tuait la foi, ou la foi empêchait le développement de la science ; dans l'Église la science a défendu la foi, et la foi a développé la science. C'est que tandis que, hors de l'Église, il était presque impossible de trouver des savants qui eussent la foi, ou des croyants qui possédassent la science ; dans l'Église on a vu les savants, les philosophes du christianisme se réunir, sans concert de part ni d'autre, dans une idée, dans un sentiment commun, noble, généreux, et former une étonnante et merveilleuse phalange d'esprits supérieurs, poussant, d'un côté, la foi jusqu'à la simplicité de l'enfance, et élevant, de l'autre coté, la raison jus-
qu'an développement du génie. Ce sont les Tertullien, les Origène, — tant qu'ils furent soumis à l'enseignement de l'Église; — ce sont les Lactance, les Arnobe, les Irénée; ce sont les Athanase, les Grégoire deNazianze, les Cyrille, les Basile, lesChrysostome, les Hilaire , les Ambroise, les Jérôme, les Augustin , les Léon , les Pierre Chrysologue , les Grégoire le Grand. Quels hommes, M. F.! tous les talents étaient en eux avec toutes les vertus. Quels travaux n'ont-ils pas accomplis , quels combats n'ont-ils pas soutenus pour le développement et la défense de la vraie science chrétienne ?
Je ne veux citer que le seul ouvrage de saint Augustin , De la Cité de Dieu ; cet ouvrage étonnant par la profondeur des vues , par l'immensité et la hauteur de la science, où se trouve la réfutation de toutes les erreurs, le développement de toutes les vérités , l'éclaircissement de tous les mystères de l'ordre théologique , de Tordre philosophique , de l'ordre même naturel. Oh! cet ouvrage vaut à lui seul tous les ouvrages des anciens philosophes, qui, je vous l'avoue , devant l'immortel auteur de ce chef-d'œuvre de l'esprit humain, me paraissent des enfants devant l'homme fait, des écoliers devant le maître.
Pendant les irruptions des peuples du Nord dans tout le reste de l'Europe , la raison catholique parut s'endormir dans le silence et dans l'oisiveté. Toute étude était alors impossible. Les lettres et les sciences
consternées étaient obligées de chercher dans les couvents un asile pour se sauver de la fureur des barbares.
Mais après que la Providence de Dieu eut achevé ce grand travail de la création , de la formation de la société chrétienne sur les ruines de la société ancienne , de la société païenne , la raison catholique se réveilla plus puissante et plus pleine de vie; et, dans la personne des Bernard , des Anselme, des Albert le Grand et de saint Thomas, elle s'éleva à la plus grande hauteur.
Saint Thomas, M. F., quel homme! quel génie! C'est la raison humaine élevée à sa plus haute puissance. Au delà des efforts de son raisonnement, c'est la vision des choses dans le ciel. Ici-bas, la raison ne saurait ni monter plus haut , ni voir plus clair. On peut dire de saint Thomas ce que saint Augustin disait de saint Jérôme : « Que personne n'a su jamais ce que Thomas a ignoré ; Nemo scivit quod Thomas ignoravit.» Cet homme unique, cet homme dont la vie n'a pas atteint la moitié d'un siècle, a tout vu, tout connu, tout expliqué. Il n'est aucune erreur qu'il n'ait prévue, réfutée, pulvérisée d'avance. Sa Somme est le livre le plus surprenant , le plus profond , le plus merveilleux qui soit sorti de la main de l'homme ; car l'Écriture Sainte est sortie de la main de Dieu. Saint Thomas a expliqué non-seulement le monde théologique , le monde philosophique , mais aussi
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le monde naturel. Son génie , ae reflétant sur son siècle ci pur les siècles suivants , y porta la lumière, l'ordre scientifique, le véritable progrès, el répandit sur la science et sur la religion un éclat qui n'a jamais pâli.
On ne connaît pas assez,. M. I •'., celle magnifique période de la science chrétienne, ou bien on no s'y arrête pas assez , on n'y fait pas assez attention. Car si on la connaissait bien, vous autres Français particulièrement, vous autres Parisiens plus particulièrement encore , vous en seriez saintement fiers, saintement orgueilleux. Jamais, ni avant ni depuis , la France , Paris , sous le rapport des lumières, n'ont été plus grands et plus glorieux. Jamais ils n'ont répandu, en plus grande abondance ni plus loin , de profondes vérités et des connaissances utiles , qu'à cette époque où Albert le Grand (1), saint Thomas, saint Bonaventure , enseignaient à plusieurs milliers d'élèves accourus de toutes les parties du monde à votre Sorbonne ; où ces grands hommes faisaient briller dans le monde entier l'éclat de leur science, et portaient partout les germes de la véritable civilisation , du véritable savoir.
(1) La place Maubert\di Paris n'est que la place Magni Alberti, où Albert le Grand faisait ses cours au grand air, aucune salle, aucune enceinte ne pouvant contenir la multitude de ses auditeurs.
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C'est l'époque où la raison humaine a été plus solide, parce qu'elle était plus croyante (1). C'est à cette époque qu'ont été jetés les fondements de la science chrétienne , de la littérature chrétienne , de l'art chrétien , de la civilisation chrétienne , dont l'Europe est à présent si fière , et dont elle a quelquefois abusé contre elle-même. Les sciences physiques en reçurent un étonnant développement, autant que les sciences théologiques, philosophiques, politiques et morales. C'est dans ce siècle, que la méchanceté, l'injustice stupide de ces derniers temps appelle un siècle barbare ; c'est dans ce siècle que le génie chrétien , inspiré par la foi , a fait les trois grandes découvertes qui ont changé la face du monde : la Poudre à feu pour dominer la terre , la Boussole pour dominer la mer , et la Presse pour dominer et développer l'intelligence.
Voilà ce qu'a valu à la raison catholique d'être restée fidèle à la parole de Dieu. Sa philosophie, éminemment religieuse , a été éminemment sublime
(l) « Theologia imperat omnibus aliis scientiis tamquam prince cipalis, et utitur in obsequium sui omnibus aliis scientiis quasi «« usualis , sicut patet in omnibus artibus ordinatis , quarum « finis unius est sub fine alterius, sicut finis pigmentariae artis, « quee est confectio medicinarum, ordinatur ad finem medicinae, « quœ est sanitas ; unde medicus imperat pigmentario et utitur « pigmentis ab ipso factis ad suum finem. Ita ut cum finis totius « ph'ilosophiae sit intra finem theologiœ, et ordinatus ad ipsum; « theologia débet omnibus aliis scientiis imperare et uti iis quae « in ipsis traduntur ( D. Thom. lib. ï, Sentent, proleg.). »
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el féconde, parce qu'elle s'est retranchée dans le principe naturel de l'homme parfait, qui est h développement delà raison à l'ombre de la foi.
J'ajoute que hi raison catholique philosophique chrétienne, par cela même qu'elle s'est inspirée de la parole de Dieu , a été , aussi , solide dans son fondement. Renouvelez-moi votre attention.
7. Tout ce qui existe dans l'univers n'est qu'esprit ou matière, ou matière et esprit unis ensemble. Les esprits isolés : Dieu les anges ; la matière, les corps isolés : Tous les êtres sensibles et matériels de la nature ; la matière unie à l'esprit : L'homme. Et comme les choses extrêmes ne sont bien connues que dans l'être qui les unit ensemble , et comme dans l'homme se trouvent unis l'esprit et la matière, la matière et l'esprit ne peuvent être bien connus que dans l'homme ; et , par cela même , la première question que doive se faire la philosophie véritable est celle-ci: Qu'est-ce que V homme?
Il y a deux espèces de Composés : le composé artificiel, accidentel, qui n'est que moralement et improprement un : c'est ainsi qu'est un un édifice, un monceau de froment, une armée ; et le composé naturel, substantiel , le seul qui est un d'une manière propre et réelle : c'est ainsi qu'est un un arbre, une brute, un homme.
Or, à la question , Qu'est-ce que l'homme? le genre humain entier a répondu : L'homme est un
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composé non pas artificiel, non pas accidentel, mais substantiel de l'esprit et de la matière , de l'àme et du corps, de manière que ces deux substances ne forment dans l'homme qu'un seul supposé, un seul individu, une seule personne.
Voulez-vous vous convaincre que le genre humain a toujours vu cela dans l'homme? Écoutez le langage de tous les hommes , de tous les peuples , de tous les temps. On ne dit jamais ni nulle part : L'esprit de Pierre pense, sa bouche parle, ses pieds marchent, ses mains opèrent. Mais on dit : Pierre pense, Pierre parle, Pierre marche, Pierre opère. C'est-à-dire que le genre humain entier , dans sa logique naturelle , n'a pas regardé les actions de l'homme comme les mouvements du corps seul sans l'esprit, ou comme les opérations de l'esprit seul sans le corps ; mais comme les opérations de l'àme unie substantiellement au corps , ou du corps animé: comme les opérations propres de tout l'homme, de tout le composé, du supposé, du conjoint tout entier. Ce que la philosophie chrétienne a exprimé par ces simples et profondes formules : « Les actions sont celles des supposés. Les actions sont celles des conjoints; Actiones sunt suppositorum. Actiones sunt conjuncti. »
Mais la raison philosophique , qui a voulu marcher seule , ne tenant aucun compte du langage de l'humanité, du sens commun , qui est le langage de la nature et de la vérité , a répondu de toute autre
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mkuikmv ,i cotte grande question : Qu'eitoto fto c wf que l'homme? Elle a répondu : L'homme, comp< d'âme et de corps, n'est un que d'une manière n><>-
ml<> impropre et a<-n<len telle. Pour Platon, l'homme n'est qu'un esprit qui a pour appendice le corp-. a Méfiant^ dit Gicéron en pari an! fafl Plaloniciens, appendicem animé eHe côrput; » ce qu'un philosophe catholique de nos jours a répété avec plus d'élégance et de grâce, mais non pas avrc ping de vérité, en disant : « L'homme est une intelligence servie par des organes. » L'une de ces définitions vaut l'autre; elles sont toutes les deux radicalement fausses. Pour Platon aussi , et plus tard aussi pour Descartes, l'âme n'est unie au corps dans l'homme que comme le moteur est uni au mè, comme \e batelier est uni à son bateau, : union, comme vous le voyez, M. F., la plus éphémère, la plus accidentelle, la plus vaine qu'on puisse imaginer; car Ife principal et Y appendice, le maître et le serviteur, le moteur et le mu, le batelier et le bateau, ne sont pas tin, mais deux ; ce qui, par rapport à l'homme , est complètement faux , l'âme et le corps étant unis dans l'homme d'une manière substantielle.
8. Mais voyez maintenant , M. F., les conséquences de cette fausse doctrine de la nature de Y homme.
De ce que la philosophie purement rationnelle,
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ou la ration philosophique , méconnut le principe que l'âme et le corps de l'homme sont deux substances se complétant mutuellement par leur union 3 n'ayant qu'un seul et même être et ne formant qu'un composé substantiel , ne regarda l'homnu1 que comme un composé accidentel, et l'âme et le corps comme deux substances complètes chacune en elle-même , ayant chacune son être à part et ses propres opérations; la raison philosophique fut obligée d'imaginer des lois, des systèmes dp combtnaison pour s'expliquer l'accord merveilleux avec lequel les sensations arrivent à l'âme et les volitions se reproduisent dans le corps : et de là les trois fameux systèmes que les modernes ont renouvelés sous le nom d'Harmonie préétablie, de Causes occasionnelles, d'Influx physique.
Mais ces prétendues lois , ces systèmes n'ayant rien expliqué et ne pouvant expliquer rien , quelques-uns dirent : « Si l'âme de l'homme fait tout d'elle-même , se crée à elle-même les idées sans le concours du corps, à quoi bon un corps, et qu'est-ce que c'est que le corps? Nous n'y concevons rien. » Et, pour abréger la question, ils ont nié la réalité du corps de l'homme; et, en niant le corps de l'homme , ils ont été poussés à nier la réalité de tous les corps dans l'univers. Et voilà YIdéalisme.
D'autres, plus conséquents (c'étaient les Épicuriens) , disaient : « Si le corps a en lui-même, indépendamment de l'âme, un être à lui; si le corps
existe comme l»' mû vis-à->vis du moteur, comme le bateau vis-à-vis du batelier, comme le serviteur vis-à-vis du maître; si c'est le corpsqui,en rece- \.ni! (unir- Les impressions des objets extérieurs, sent, exécute ses propres mouvements et ses propres opérations, à quoi bon une âme? ESI d'ailleurs le corps, nous Le voyons, nous le touchons; l'aine, nous ne la voyons pas. Donc , s'il y a quelque chose de certain, c'est qu'il n'y a pas d'àme, que L'âme n'est qu'un mot, ou que ce qu'on appelle âme ou esprit n'est que la perfection de l'organisation corporelle. » Et ils ont nié l'esprit dans l'homme ; et, de conséquence en conséquence , en niant l'esprit de l'homme, ils ont nié tout esprit dans l'univers, ils ont nié Dieu. Et voilà le Matérialisme et VAthéisme.
C'est entre ces deux systèmes que s'est divisée toujours la philosophie ancienne et moderne, qui, s'appuyant sur elle-même , a méconnu la base fondamentale de la vraie science de l'homme, le principe de Y unité substantielle de l'àme avec le corps dans l'homme.
La philosophie que la raison catholique a fondée n'a pas connu cette division funeste. Elle n'a été ni idéaliste ni matérialiste, et moins encore athée; parce qu'elle a regardé l'àme et le corps de l'homme comme ne constituant qu'un tout naturel. un tout substantiel; parce que le point de départ de sa psychologie était ce principe : Anima intellec-
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tiva est forma substantialis corporis humant; principe profond et important, base de la vraie philosophie, et qu'à cause de son importance le concile de Vienne de l'année 1311 a consacré par ces mots : Qui pertinaciter asserere prœsumpserit animam intellectivam non esse formam per se essentialiter corporis, hœreticas censendus est.
9. Mais n'en voulons pas, M. F., aux anciens philosophes, de ne pas avoir connu cette grande et si importante vérité. Rappelons-nous que, d'après saint Paul , ce n'est pas J.-G. qui a été formé en vue de l'homme ; c'est , tout au contraire , l'homme qui a été créé en vue de J.-G. Comme un artiste, lorsqu'il doit faire la statue d'un grand personnage, met tous les soins possibles à en bien tracer le dessin en petit , à en former le modèle , le type ; de même , dit saint Paul , Dieu , en créant l'homme , n'a fait que le type , le modèle, le portrait de J.-G. qui devait venir un jour dans le monde : Adam primus , qui est forma futuri (Rom. , V, 14).
L'homme étant donc le portrait de J.-G. , il ne peut être connu que là où est connu J.-C. Car on ne peut reconnaître un portrait lorsqu'on n'a pas la moindre idée de l'original. Les anciens philosophes n'ayant eu aucune idée de J.-G., n'ont pu reconnaître l'homme ; les Juifs connurent confusément l'homme , parce que les Juifs , par les prophéties et la tradition, connaissaient d'une ma-
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mère tontiM' La .Messie, J.-C. Ce n'est que parmi les rliiviK'iis, connaissant parfaitement J.-C, que l'homme, a pu être, parfaitement connu. Le dqgme chrétien, (Jik\ cn.l .-('< . , la <li cinile et (' Innnanili •sont substantiellement nnn's, sans confusion de la substance, dans l'unité de la firisonnc, a .servi de lumière aux philosophes du christianisme et en particulier à saint Athanase, le véritable fondateur de la philosophie chrétienne , pour en conclure que dans l'homme l'âme et le corps sont unis substantiellement, sans contusion de substance, dans l'unité du même être. De sorte que le corps de l'homme est un corps parfait , mais il n'a d'être que par l'àme et dans l'âme, quilefait exister : tout comme l'humanité en J.-C. est parfaite , mais elle n'a de personnalité que dans la personne et parla personne du Verbe en qui elle subsiste. C'est donc en considérant le dogme catholique qui nous présente J.-C. comme réunissant en lui deux natures, la nature divine et la nature humaine unies, non pas d'une mauière accidentelle, mais d'une manière substantielle , et ne formant qu'un seul supposé ; c'est dans cette lumière se reflétant du visage de J.-C. sur l'homme que nos savants ont reconnu l'homme, et qu'ils ont établi « que Lame rationnelle et la chair ne sont que l'homme substantiellement un , de même que Dieu et l'homme ne sont qu'un substantiellement en J.-C. : Sicnt anima ratinnalt:, et çaro anns est borna; ita Démet homo unu$ e$t
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(Jirisius, » comme il est dit dans le symbole qui est attribué à saint Athanase.
Ainsi , M. F. , c'est de l'autel que ces grands hommes ont puisé la lumière pour éclairer l'école ; c'est à la religion qu'ils ont emprunté la lumière pour éclairer la science ; c'est à la parole de Dieu qu'ils ont emprunté la lumière pour s'expliquer la nature de l'homme ; et c'est par ce moyen qu'ils ont eu le bonheur de connaître cette nature : Beati qui au- (liant rprbinii Qei , et custodiunt Mué.
10. Mais voyez aussi l'importance et la solidité de ces fondements de la science chrétienne. Dans l'ordre théologique, toutes les hérésies se résument dans ces deux catégories : Hérésies des fantasia- </ues , qui nient la réalité du corps ou l'humanité de J.-C. , et hérésies des hu ma nitaires , qui en nient la divinité. De même, dans l'ordre philosophique , toutes les erreurs se réduisent à celles-ci : Erreurs des matérialistes , qui nient la spiritualité de l'homme; erreurs des idéalistes^ qui en nient la partie corporelle. Mais, encore une fois, comme toutes les hérésies sont, en matière de théologie, anéanties , pulvérisées par la doctrine catholique de l'unité substantielle de la divinité et de l'humanité en J.-C. ; de même toutes les erreurs de la philosophie sont réfutées par la doctrine de la philosophie chrétienne : que l'homme n'est qu'un composé substantiel d'àme et de corps ; et toute la vraie
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théologie comme toute la vraie philosophie se résument dans les mots de saint Athanase que je \ ims de citer : Sicui anima rutionalis et carc mus est homo ; ita Dois et homo unu* est Christus.
On reproche à la raison catholique du moyen âge que la philosophie résultant de cette dernière raison s'occupait trop souvent de questions fort peu importantes , tandis que la philosophie moderne ne s'occupe, dit-on, que de questions très-sériena
Mais cela même , admis comme vrai , n'est, à y bien réfléchir, que l'éloge de la philosophie ancienne et la flétrissure de la philosophie moderne. Les philosophes chrétiens avaient un symbole commun de vérités ; et , à l'aide de la lumière puisée dans la religion , dans le langage de la nature , dans les idées communes, qui sont le patrimoine de l'humanité , ils avaient décidé les plus graves questions de l'ordre philosophique. Il est donc trèsnaturel que quelquefois l'activité de l'intelligence se soit, à cette époque, exercée sur des sujets dont il n'est pas donné à tout le monde d'apprécier le prix et l'importance. Il est dans l'ordre du progrès de l'esprit humain que , après avoir saisi et assuré le nécessaire et l'utile, on poursuive le confortable y l'élégant , l'agréable , le gracieux , et même ce qui sent la futilité. C'est le riche qui — sa subsistance étant assurée — se plaît à dépenser l'excédant de ses revenus en objets de luxe et d'amusement.
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Mais quant à la philosophie moderne , qui, par sa séparation insensée de la religion, ayant, comme on le verra dans la prochaine conférence , perdu la connaissance de toute vérité , en est réduite à discuter s'il y a une seule vérité, et si l'homme a le moyen de l'atteindre; il est bien naturel qu'elle n'ait pas envie de s'occuper de questions secondaires ; il est bien naturel qu'elle ait borné ses recherches à se rendre compte de l'existence de Dieu, de la spiritualité de l'àme , de la création du monde , puisqu'elle est tombée dans les ténèbres les plus épaisses , dans l'ignorance la plus complète à l'égard de ces premières vérités qui sont la nourriture essentielle , le pain de l'intelligence, et le fondement de toute science et de toute religion. Est-il étonnant que le pauvre, manquant de sa nourriture quotidienne, ait garde de s'amuser au jeu et au spectacle? Peut-on songer au dessert, lorsqu'on n'a pas même du pain à manger? Peut-on rêver le luxe, lorsqu'on n'a pas même des haillons pour se couvrir? Le prétendu sérieux des discussions de la philosophie moderne n'est donc que la preuve éclatante de sa pauvreté, de sa misère et de son dénûment. Au lieu de s'en enorgueillir, elle devrait en être confondue et humiliée; et sa prétention à s'en faire un titre de grandeur et de préférence , à l'égard de la philosophie chrétienne , est aussi sotte et stupide que la prétention qu'aurait le Hottentot, l'homme sauvage, de sefpréférer à l'Euro-
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peen, à 1 homme civilisé, à cause de la simplioité de ses goûte et la grossièreté de ses mœurs. En troisième lieu, la raison catholique , par bêla môme qu'elle s'est inspirée de la parole de Dieu, de la foi , de l'Église, est aussi sûre dans sa méthode qu'elle est naturelle dans son principe et solide dans son fondement.
1 1 . Dans toutes les grandes questions de l'ordre scientifique les savants se divisent toujours en deux opinions extrêmes, contraires et opposées entre elles, et combattent pour elles.
Ces deux opinions ne peuvent être toutes les deux entièrement vraies , parce que toute la vérité ne peut pas se retrouver dans deux opinions contraires. Elles ne sont non plus toutes les deux entièrement fausses, car elles se font la guerre, et par conséquent elles sont fortes ; et l'on ne se bat pas sans avoir de la force. Mais si elles^ont de la force, elles ont aussi de la vérité , ou des rapports ou de l'affinité avec la vérité : la force des opinions relevant de ce qu'elles ont de vérité. Hors de l'Église , point de vérité sans quelque mélange d'erreur; et l'on peut dire aussi qu'il n'y a presque pas d'erreur sans quelque parenté, quelque affinité éloignée, cachée avec la vérité.
Dans ce combat , si l'on se range d'un côté ou de l'autre , on ne fait que le rendre plus acharné. Le moyen d'y mettre un terme est de se placer au
milieu , de concilier les deux opinions opposées, en réunissant dans un tout ce qui se trouve de vrai dans les deux systèmes opposés. C'a été la méthode de la philosophie chrétienne. Ayant appris par saint Paul à ne pas repousser à priori , sans examen, tout système qui paraît erroné , mais à examiner tout esprit, et à en choisir et à en retenir ce qu'il présente de juste, de raisonnable et de vrai; Omnia aiitem probate ; quod rectum est tenete (I Thess. , V, 21); la philosophie chrétienne, dans toute espèce de questions, s'est placée au milieu des opinions extrêmes ; elle a choisi ce qu'il y avait de vrai dans l'une et dans l'autre, a réuni ensemble ces deux portions de vérité , et, de cette manière, a résolu les plus difficiles problèmes de l'intelligence humaine.
La méthode donc de la philosophie chrétienne , de la raison catholique inspirée par le christianisme, a été un véritable éclectisme ; mais un éclectisme bien différent de l'éclectisme qu'on nous offre aujourd'hui comme le véritable moyen d'atteindre la vérité, comme la seule philosophie possible à constituer sur les débris des systèmes du dix-huitième siècle.
Car remarquez bien que, comme on ne peut pas choisir ce qui est bon sans avoir la connaissance préalable du bon ; de même on ne peut pas choisir ce qui est vrai sans avoir la connaissance préalable du vrai. Or la raison philosophique moderne n'admettant aucune vérité qui ne soit sa
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conquête, et partant du doute ou du néant, n'a et ne peut avoir aucune vérité pour en faire la règle de son choix; puisque, pour elle, c'est du choix que doit ressortir toute vérité. L'éclectisme moderne donc , se plaçant en dehors de toute vérité traditionnelle , universelle, religieuse, c'est l'effort insensé de vouloir lire sans lumière, marcher dans un désert sans guide , voler sans ailes , bâtir sans fondement , parler sans parole et raisonner sans raison. C'est un éclectisme bâtard, un éclectisme absurde , un éclectisme imposteur, qui , dépouillé du masque dont il s'affuble, n'est au fond que Vindifférent isme pour toute erreur résultant de l'impuissance et du désespoir de toute vérité , et qui peut se résumer dans ces mots : Croyez tout ce que vous voulez, et vivez comme vous croyez (1).
(1) Voici comment Diderot a défini Y éclectisme moderne : « >~ous ne sommes tous que des éclectiques. Depuis le seizième siècle, que faisons-nous tous tant que nous sommes? Depuis Jordan Bruno, depuis Cardan, que sommes-nous? Avons-nous une bannière , une école ? Je ne vois que libres penseurs , jaloux de la prérogative la plus belle de l'humanité, la liberté dépenser par soi-même. Le sectaire est un homme qui a embrassé la doctrine d'un philosophe; l'éclectique, au coutraire, est un homme qui, foulant aux pieds le préjugé, la tradition, V ancienneté, le consentement universel, l'autorité, en un mot tout ce qui subjugue la foule des esprits, ose penser de soi-même, remonter aux principes généraux les plus clairs, les examiner, les discuter, n'admettre rien que sur le témoignage de son expérience, de sa raison, et de toutes, les philosophies qu'il a analysées, sans égard et sans partialité, et s'en faire une et parti-
Tel n'a pas été l'éclectisme de la philosophie chrétienne. Dans la parole de Dieu , qu'elle avait docilement entendue et fidèlement gardée, elle avait toute prête la pierre de touche , la lumière nécessaire avec laquelle elle pouvait juger de la vérité de tous les systèmes et de toutes les opinions ; elle avait toute prête la règle sûre de son choix; elle a pu choisir tout ce qu'il y a de vrai et de bon dans les écrits de tous les philosophes anciens (1); elle a
culière qui lui appartient {Encyclopédie, art. Éclectisme). » On dirait que l'auteur de cet article ait assisté aux cours des philosophes éclectiques de nos jours ; leur éclectisme n'est que cela. On les a entendus déclarer qu'ils voulaient « travailler à réaliser, « ^dx Y éclectisme, l'avenir inconnu où le genre humain tout en- «• tier ne se composera que de libres penseurs. » On les entend encore prêcher que V éclectisme n'est que le système de ne penser que de soi-même , de ne croire qu'à soi-même , ou bien de ne croire rien du tout; c'est-à-dire un système de destruction et non d'édification; un système par lequel on démolit en soi-même toute croyance venue du dehors , pour faire une table rase de son âme ; un système par lequel on n'apprend qu'à renoncer à tout ce qu'on a appris , qu'à s'asseoir dans le vide et dans les ténèbres de son propre esprit , et se suicider comme être intelligent. C'est cependant ce qu'aujourd'hui on appelle de la philosophie !
(1) « Ce que j'appelle philosophie, disait Clément d'Alexandrie, n'est pas celle des Stoïciens, de Platon, d'Épicure,d'Aristote; mais le choix formé de ce que chacune de ces sectes a pu dire de vrai, de favorable aux mœurs, de conforme à la religion (Strom. I ). » D'après saint Jérôme, il fallait étudier les auteurs païens , s'approprier et faire servir à la gloire de la religion tout ce qu'on y trouve de bon et de vrai ; comme les Hébreux s'emparèrent des vases d'argent des Égyptiens, et les firent servir à la gloire du
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jure dans sa méthode, 6è qili lui a enfin procure ra\an(aiM' d'Ôtre, en quatrième lieu , riche rt héurèuéê dân& ses résultais. Vous allez le voir dans la troisième partie.