‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 44 sur 98 · LA NÉCESSITÉ, LUNIVERSALITÉ, ETC · texte numérisé non relu

LA NÉCESSITÉ, LUNIVERSALITÉ, ETC

Les sectes des hérétiques ne conservent encore des restes, des débris de vérités chrétiennes, qui les font subsister comme communions chrétiennes, que par l'influence secrète qu'exerce sur elles cette même Église catholique de laquelle elles se sont détachées. En contact permanent avec l'Église, continuellement en présence de l'Église par la haine même qu'elles lui portent, par la guerre même qu'elles lui font, par la pensée infernale même de la détruire, qui les occupe, elles reçoivent, sans s'en douter, de l'Église qu'elles s'obstinent à méconnaître, à combattre, à persécuter, le reflet de la lumière divine dont le foyer est uniquement dans TÉglise.

Leibniz, quoique protestant lui-même, a dit que si l'Église catholique venait jamais à manquer dans le monde , c'en serait fait du christianisme pour le monde, les sectes protestantes toutes seules ne pouvant l'y conserver. Sans l'Église catholique, où seulement se trouve et s'élève à une grande hauteur, pour y être aperçu à de grandes distances, le flambeau de la révélation chrétienne, il y aurait longtemps que les peuples égarés et dominés par l'hérésie auraient tout à fait perdu le christianisme, se seraient engouffrés dans toutes les erreurs, dans toutes les superstitions, même dans Tidolàtrie, ou bien seraient tombés dans l'indifférence, dans le doute, dans le désespoir de toute vérité.

Ce n'est pas, mes Frères, une supposition arbitraire, une pensée poétique; c'est une supposition, une pensée que d'horribles expériences viennent de confirmer de nos jours. Voyez, considérez de près les protestants, qui, ayant pris à la rigueur de la lettre le principe fondamental du protestantisme, de la liberté, de l'indépendance de la raison en matière de religion, ont tout à fait rejeté le principe catholique de l'autorité, qui fait subsister môme les sectes hérétiques : ils ont fini par nier l'Écriture sainte, la divinité de Jésus-Christ, toute religion révélée, toute religion positive. Ils ont abjuré d'une manière absolue et solennelle tout le christianisme. Ils sont tombés ou dans un vague déisme, ou dans un panthéisme ridicule, ou dans un insolent athéisme ; car on n'a pas oublié ces prétendus philosophes du protestantisme qui , naguère, ont fondé à Berne un recueil périodique dont le programme est conçu dans ces termes : « Tant qu'il y aura un Dieu, il y aura un culte pour lui; tant qu'il y aura un culte, il y aura des prêtres ; tant qu'il y aura des prêtres, il y aura une Église. En voulant donc se débarrasser de toute Église, de tout prêtre, de tout culte, il faut se débarrasser de Dieu. Nous travaillerons donc à démolir l'idée de l'existence de Dieu. »

D'autres plus dévergondés et plus ignobles, sans être moins impies, savez-vous ce qu'ils ont rêvé au dix-neuvième siècle ? Vous ne vous en doutez pas.

Page 1