‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 43 sur 98 · LA NÉCESSITÉ, LUNIVERSALITÉ , ETC · texte numérisé non relu

LA NÉCESSITÉ, LUNIVERSALITÉ , ETC

toute vérité, ils auraient perdu aussi toute idée, tout principe de vertu et de devoir; et par là même tout ordre, toute société domestique ou civile serait devenue impossible. Le genre humain entier serait devenu ce que deviennent tous les jours ces familles, ces tribus, qui se détachent du centre des grandes sociétés où se conservent les traces des vérités primitives, et, qui, dégénérant bientôt, deviennent sauvages, deviennent anthropophages, se dévorent mutuellement, et finissent par se détruire.

La philosophie n'aurait pu empêcher cette horrible catastrophe. Nous avons démontré, son histoire à la main (Confér. prem. et trois.) , que, loin qu'elle ait jamais introduit, conservé, parmi les peuples, aucune vérité nouvelle, elle y a détruit toutes les vérités qu'elle y a trouvées; et que la raison humaine, privée de la lumière de la révélation divine, est un instrument de démolition et non pas d'édification. Et, d'ailleurs, la raison n'est que l'esprit éclairé par les principes ou par la vérité. Une fois donc que toute vérité, tout principe eût manqué dans le monde, il n'y aurait plus eu de raison, et par conséquent plus de philosophie.

Si le genre humain avait donc tout à fait perdu les lumières de la révélation primitive, il serait tombé tout entier dans la barbarie la plus complète, dans l'état sauvage, et il aurait fini par le suicide et la destruction.

Ainsi , Dieu ne pouvait permettre et il n'a point permis dans le monde l'extinction entière de la vérité qu'il avait, dès le commencement du monde, révélée au monde. Et lorsque les hommes commencèrent à préférer les ténèbres à cette lumière , à cause, dit saint Jean, de leurs mauvaises habitudes et du désordre de leurs passions : Et dilexerunt hommes magis tenebras quam lucem : erant enim maki opéra eorum\Jean,m, 19); il concentra chez un peuple, chez le peuple juif, cette précieuse lumière de son enseignement primitif, en le chargeant, ce peuple, delà maintenir dans toutesapureté et d'en projeter les rayons sur tout le monde; car les peuples païens considérèrent toujours le peuple juif comme gardant lui seul la vraie religion, et Jérusalem comme la ville dépositaire de la vérité, Jérusalem civitas verilatis (Zac.,\m, 3), qu'ils consultaient dans les grandes circonstances et dans les grands événements du monde (IV Êeg., xx). C'est aussi par cette raison que les traces des vérités primitives n'ont pas pu être tout à fait effacées dans le monde par l'idolâtrie et la corruption du monde.

4. Il en serait de même du monde moderne, si la lumière de la vraie religion, que Dieu a concentrée dans l'Église, venait à s'éteindre de manière qu il n'y eût plus d'Église conservant et enseignant la vérité : le monde entier retomberait dans d'affreuses ténèbres.

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