‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 69 sur 98 · I. BOMMJ . /jD j · texte numérisé non relu

I. BOMMJ . /jD j

Vfais qu'est-ce qui constitue cette différence cifique, par suite de laquelle chaque ange forme une espèce différente de celle de l'autre? Saint Thomas va nous rapprendre. En Dieu, dit-il, toute la plénitude de la connaissance intellectuelle se contient comme en un, savoir, dans l'essence divine par laquelle Dieu connaît toute chose. Dans les créatures intellectuelles , cette plénitude intelligible se trouve d'une manière fort inférieure et moins simple. Pourtant ce que Dieu connaît par un acte, les esprits inférieurs ne le connaissent que par plusieurs actes, et même par des actes d'autant plus nombreux que ces esprits sont plus inférieurs. La supériorité donc d'un ange sur un autre consiste en ce qu'il embrasse l'universalité des choses intelligibles par un nombre moindre d'espèces que l'ange qui lui est inférieur 1 .

ïl est encore bien raisonnable de croire que le

de la nature angélique demande la multiplication des espèces. et non pas la multiplication des individus dans la même espèce: « Perfectio naturae angelicaerequirit muitiplicdtioneni specierum, non autem individuorum in una specie (Ibid.). » 1 « InDeotota plenitudo intefteetualis cosnitionis in r\o. n scilicet in essentia divina , perquam Deus omnia cognoscit. '< Qu33 intelligibilis plenitudo, in intelligibilibus creaturis, infe- - riori modo, minus simpliciter invenitur. Unde quae Deus

■ cognoscit per unum , inferiores intellectus cognoscunt per o mulla, et tanto amplius per plura quanto amplius intellectus « inferior fuerit. Quan'o angélus est superior, tanto per paucio-

■ res species universalitatem intelligibilium apprelipndpre potest 'T.. p. q. 54, a. 3i.

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Créateur ait diversifié par un si grand nombre d'espèces la nature angélique, puisque nous voyons qu'il a diversifié aussi par une infinité d'espèces la nature animale, depuis les animaux les plus grands et les plus parfaits, jusqu'aux animaux les plus petits et les plus imparfaits.

L'ordre parfait n'admet pas des différences sans gradations. Otez les gradations parmi les êtres, et il n'y aura que dissonance et désordre. L'ordre résulte de l'échelle des êtres arrangés, de manière que le point le moins parfait de l'être qui précède touche au point le plus parfait de l'être qui suit. C'est la condition nécessaire , la loi immuable de

l'ordre.

Afin donc qu'il y eût de l'ordre dans la nature animale, Dieu a graduellement diversifié les espèces des animaux, depuis l'aigle, l'orang-outang, la baleine, jusqu'au plus petit moucheron, au ver et au mollusque, où finit toute vie sensitwe. De même, afin qu'il y eût de l'ordre dans la nature spirituelle, Dieu a diversifié les espèces des esprits, depuis le premier des anges jusqu'à l'esprit de Thomme, le plus faible et le plus imparfait parmi les esprits, et où finit toute vie intellectwe. Cette doctrine est contenue dans ces mots de saint Thomas, qui sera notre guide et notre lumière dans cette grave discussion : Manifestum est, dit-il, inter substantiels intellectuelles , secunduni naturœ ordinem infimas esse uni mus humanas. Hoc ttutem perfectio

univers i exigebut , ut diverti gratfw essent in rébus (I, p. q. 59, a. J).

4. Mais il faut voir en quoi consiste cette faiblesse de l'àme humaine, par laquelle elle est placée au dernier degré dans Tordre des intelligences.

L'objet de l'entendement est l'être universel ^ comme l'être singulier est l'objet du sens. L'Entendement Incréé conçoit l'universel par sa propre essence. Mais les entendements créés ne le conçoivent qu'en tant que l'entendement divin reflète sur eux sa lumière éternelle; In omnibus intellectualibus substantiis invenitur virtus iu/ellectivu per influentiam Lu ni ni s divin i (Ibid.).

Cette lumière ineffable, une et simple dans son premier principe, ne se reflète pas de la môme manière sur tous les entendements créés: selon qu'ils sont plus près ou plus éloignés de l'Entendement Divin, ils reçoivent un rayon plus ou moins intense, un deiivé plus ou moins parfait d'intelligence, qui en constitue la différence spécifique; Quod lumen in primo priincipjo est unum et simple* ; et piunto mugis creaturœ distant a primo priueipio, tauto mugis lumen illud divers/fieutur (Jbid< .

Gomme donc le premier des anges reçoit m quelque manière, dans toute sa splendeur, la lumière divine à cause de sa proximité avec l'Entendement Divin; de même, à cause de son éloiguemenî de ce même Entendement, l'âme humaine ne reçoit

454 l'homme.

Créateur ait diversifié par un si grand nombre d'espèces la nature angélique, puisque nous voyon.s qu'il a diversifié aussi par une infinité d'espèces la nature animale, depuis les animaux les plus grands et les plus parfaits, jusqu'aux animaux les plus petits et les plus imparfaits.

L'ordre parfait n'admet pas des différences sans gradations. Otez les gradations parmi les êtres, et il n'y aura que dissonance et désordre. L'ordre résulte de l'échelle des êtres arrangés, de manière que le point le moins parfait de l'être qui précède touche au point le plus parfait de l'être qui suit. C'est la condition nécessaire , la loi immuable de

l'ordre.

Afin donc qu'il y eût de l'ordre dans la nature animale, Dieu a graduellement diversifié les espèces des animaux, depuis l'aigle, l'orang-outang, la baleine, jusqu'au plus petit moucheron, au ver et au mollusque, où finit toute vie sensitwe. De même, afin qu'il y eût de l'ordre dans la nature spirituelle, Dieu a diversifié les espèces des esprits, depuis le premier des anges jusqu'à l'esprit de Thomme, le plus faible et le plus imparfait parmi les esprits, et où finit toute vie intellective. Cette doctrine est contenue dans ces mots de saint Thomas, qui sera notre guide et notre lumière dans cette grave discussion : Manifestant est, dit-il, inter substantiels intellectuelles, secundum naturœ onlinetn infimas esse uni mus Itumanus. Hoc autem perfectio

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t/h<> MM' .

univers i exigebat , ut dwersi gradus es sent in

rébus (I, p. q. 59, a. 1).

4. Mais il faut voir eu quoi consiste cette faiblesse de lame humaine, par laquelle elle est placée au dernier degré dans 1 s intelligences.

L'objet de l'entendement est l'être universel \ comme l'être singulier est l'objet du sens. L'Entendement Incréé conçoit l'universel par sa propre essence. Mais les entendements créés ne le conçoivent qu'en tant que l'entendement divin reflète sur eux sa lumière éternelle; lu omnibus intellectualibus subslantiis invenitur vit lus intellettiva per influenliam luminis dwini ilbid.).

Cette lumière ineffable, une et simple dans son premier principe, ne se reflète pas de la même manière sur tous les entendements créés: selon qu'ils sont plus près ou plus éloignés de l'Entendement Divin, ils reçoivent un rayon plus ou moins intense, un degré plus ou moins parfait d'intelligence, qui en constitue la différence spécifique; Quod lumen in primo prixcipio est ununt et simplex; et pianto ma gis ci eu tura: distant a primo principio, fa/ito ma gis lumen illud diversifient ur Jbid '. .

Gomme donc le premier des anges reçoit t n quelque manière, dans toute sa splendeur, la lumière divine à cause de sa proximité avec l'Entendement Divin; de même, -<• de son éloignement de ce

même Entend' ment , l'âme humaine ne reçoit

l HOM.MI.

qu un pâle rayon de la même lumière, qui constitue la faculté intellective de l'intelligence créée.

Il suit de là que l'àme humaine, à cause de la faiblesse de sa vertu intellective, ne peut pas comprendre Y universel d'une manière claire et directe comme les anges, et que, si elle était laissée à l'état de substance séparée de toute organisation corporelle, elle ne pourrait connaître /'universel qu'en général et d'une manière confuse et imparfaite : Non haberet cognitionem perfectam, sed confusam in communi (Jbid.).

L'homme, à la vue faible, a besoin de lunettes pour voir à une plus grande distance et plus distinctement les objets. De même le corps a été donné à l'àme, afin qu'en recevant par le corps les images claires et déterminées des objets sensibles et singuliers, et en abstrayant de ces images les conceptions intellectuelles et générales, elle puisse aussi s'élever à comprendre le spirituel et l'universel, et obtenir de ces choses une connaissance propre, claire et parfaite : Ad hoc ergo ut perfectam et propriam cognitione/n de rébus haberent, sic naturaliter animœ liumanœ sunt constitutœ ut corporibus u/iia/itur, et intelligant per conversionern ad p/tantasntata, et sic a rébus sensibilibus , de lus ( rébus insensibilibus ) cognitioneni accipiant. [ibuL).

Il n'est donc pas vrai, conclut saint Thomas, que le corps soit un lourd fardeau , une prison obscure

l'homme. ir>;

pour lame en tant quelle est un être intellectuel C'est au contraire un instrument au moyen duquel seulement, pendant cette vie, elle peut exercer son opération spécifique, l'opération d'entendre, et atteindre Tune de* fins de son être; et il est manifeste par là que c'est pour son plus grand avantage que l'àme est unie au corps : Sic ergo patet quod pro/jter melius anima' est, ut en corpori uni finir {Ibid. .

o. Mais développons encore davantage oette importante doctrine.

■ Il convient à l'ordre de l'univers , dit toujours saint Thomas, que la suprême créature intellectuelle soit entièrement intellective, et non pas seulement en partie, comme l'est notre àme ' qui est aussi sensîtive): Convenu ordini universo ut suprema creatura inlellectualis sit totaUter intellecti\u, et non s ecuudum partent^ ut anima nostra I, p. q. 33, a. S .

Car partout et dans tout genre d'êtres, quand il existe quelque être imparfait, il est nécessaire qu'un autre être parfait existe dans le même genre. Il est donc certain qu'il existe, dans In nature intellectuelle, des substances parfaites qui n'ont pas besoin d'acquérir la science par le moyen de choses sensibles. Il suit de là que toutes les substances intellectuelles ne sont pas unies a un c-orps, mais qu'il y en a qui sont absolument sépa-

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rées du corps ; et ce sont ces substances que nous appelons les anges (1).

Ces anges tiennent parmi les substances spirituelles le même rang que les corps célestes tiennent parmi les substances corporelles. Or les corps célestes diffèrent en cela des corps terrestres, que les corps terrestres obtiennent par la mutation et le mouvement leur dernière perfection , tandis que les corps célestes ont leur dernière perfection tout de suite, et de leur propre nature. Delà même manière les entendements inférieurs, ou des hommes, n'obtiennent la perfection de leur opération intellectuelle, dans la connaissance de la vérité, que par une espèce de mouvement, c'est-à-dire par le discours, en tant qu'ils procèdent d'une chose connue à une autre chose à connaître. Si, au contraire, dans la connaissance même du principe connu, ils voyaient tout de suite, comme des choses connues, toutes les conclusions et les conséquences de ce principe, le discours n'aurait pas lieu en eux. Or c'est précisément ce qui arrive dans les anges, parce que clans tout ce qu'ils con-

(1) « In quoeumque génère in^enitur aliquid imperfeetum,

« oportet praeexi^tere aliquid perfectum in génère illo. Sunt

« igitur aliquae BÛbstantiœ perfeete intellectuelles in intel-

« lectuali notura, non indigentes idquirere s ientiam a sensi-

« b'nibus rébus. Non igitur omnes subs antise inte;iectuaies

« sunt unita? eorporibus, sed aliquae sunt a corporibus sepa-

< ratas, et bas diciiiius angelos (I, p. q. 51 , a. 1). «

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naissent naturellement, dès le commencement, ils voient tout de suite tout ce qui s'y rapporte et qui en peut être connu. Ainsi l'ange, en entendant ce quest une chose, entend, en môme temps, tout ce qui s'y rapporte ou ne s'y rapporte pas ; et, par une seule et simple chose entendue, il entend tout ce qui appartient ou n'appartient pas h la chose, et en connaît tout de suite tous les rapports, que nous ne pouvons connaître qu'en discourant, ou bien par voie de composition ou de division (i). »

Les substances intellectives inférieures ( les âmes humaines) n'ont pas donc la puissance in-

(1) « Angeli illum gradum tenent in substantiis spiritualibus. « quem corpora cœlestia in substantiis corporaiibus. Est autem

■ haec differentia inter cœlestia et t;rrena corpora : quod cor- « pora terrena per mutationem et inotum adipisçuntur suam « uitimam perfcctionem, corpura vero cœlestia statim ex ipsa ■< sua natura suam uitimam p-rfeciionem habent. Sic igitur et « inf'eriores inteliectus, uempe bomi.-.um, per quemdam motum « et diseursum iutelleciualis operationis perftetionem. in cogni- « tione veritatis, adipisçuntur : dum, scilicet, exuno cognito " in aliud cognitum procedunt. Si autem statim, in ipsa cogni- « tione principii. ipsi inspicerent, quasi notas, omnes conclusio- « nés, consequentias, in eis discursus locum nonbaberet. Et hoc « est in angeiis, quia statim in illis, quœ primo naturaliter cogno

■ scunt, inspiciuut omnia quaeeumque in eis cognosci possunt. « Angélus, intelligendo quod quid estalicujus rei, simul intelli- « git quiclquid ei attribui potest \el removeri ah ea. Unde intel- « ligendo quod quid est, intelligit quidquid nos inteliigere « possumuscomponendo et dividende, per unum suum simple*

■ intellectum (I., p. q. 58. a. 3). »

\6o l'uombh

tellective naturellement complète (dans son exer cice); mais cette puissance se complète successivement en elles , au fui' et à mesure qu'elles reçoivent les espèces intelligibles des choses. Dan^ les substances spirituelles supérieures (les angela puissance intellect ive est naturellement complète par des espèces intelligibles qui leur sont connaturelles, en tant quelles ont des espèces intelligibles connaturelles pour comprendre tout ce qu'elles peuvent naturellement connaître (1).

Les substances spirituelles inférieures, en tant qu'elles sont la forme du corps, ont quelque affinité avec le corps; il leur convient donc, en raison de ce même mode de leur existence , d'obtenir leur perfection intelligible des corps et par les corps. Autrement, il n'y aurait aucune raison pour qu'elles fussent unies au corps. Les substances supérieures sont absolument séparées des corps, et subsistent d'une manière immatérielle, et dans l'être purement intelligible. Elles obtiennent donc leur perfection intellective par une effusion intellective

(1) « ïnferiores substontiae intellectivse habent potentiam intellectivam non completam naturaliter; sedcompietur in eis successive per hoc quod accipiunt species intelligibles a rébus. Potentia intellectiva, in subst;mtiis spiritualibus superioribus , naturaliter compléta est, per species inlelligibiies connaturales ; in quantum habent species intelligibles connaturales ad omnia intelligenda qu?e naturaliter cognosei possunt (t., p. q. 54, a. 2). *

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par laquelle elles ont reçu de Dieu même les espèces des choses connues, en même temps qu elles ont reçu leur nature intellectuelle (1).

Tout-ce qui arrive à quelque nature ne se trouve pas universellement pour cela dans la même nature. C'est ainsi qu'il ne convient pas à tout animal d'avoir des ailes ; car avoir des ailes n'est pas nécessairement dans la nature de l'être animal. Or, puisque fentendre n'est pas un acte propre du corps, il n'est pas non plus nécessairement dans la nature de la substance intellectuelle, en tant que telle, d'être unie au corps. Cela n'arrive donc qu'à une certaine substance intellectuelle, non pas à cause de sa nature, mais à cause de quelques circonstances particulières, comme, par exemple, à l'àme humaine, à laquelle il convient d'être unie au corps parce qu'elle est imparfaite , parce qu'elle existe dans le genre des substances intellectuelles à l'état de la puissance d'entendre; mais elle n'est pas toujours actuellement entendant, parce qu'elle ira

(l) « Substantiœ spirituales inferiores habent esse nffîxa? « corpori, in quantum sunt eorporum forma:; et ideo, ex ipso « modoessendi,competit eis ut a corporibus et per corpora « suam perfecttonem intelligibilem consequantur : alioquin « frustra corporibus unirentur. Substantif vero superiores « sunt a corporibus tolaliter absolutœ, immaterialiter , et in « esse fntelligibili subsistentes; et ideo suam perfretionem in- < telligibilemconsequuntur per intelligibilem effluxumquo a Deo " species rerum cognitarum acceperunt si'mul ac intelleetuali ■ natùra l., p. q. 54, a. 2). »

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pas, dans sa nature, la plénitude de la science, mais qu'elle l'acquiert des choses sensibles au moyen des sens corporels (1).

Voilà, mes chers Frères, comment la raison catholique s'est expliqué la faiblesse naturelle de l'âme humaine en tant qu'être intelligent.

Toute cette doctrine se réduit donc à ces deux propositions :

« I. La loi générale de l'ordre, qui exige des grâce dations de toute espèce dans la série des êtres « intelligents, est la raison naturelle de la faiblesse « de la vertu intellective de l'âme humaine. »

« II. La faiblesse naturelle de la vertu intellec- « tuelle de lame humaine est la raison naturelle « pour laquelle l'âme est unie au corps. »

Ce ne sont que les principes de la vraie doctrine louchant l'union de l'âme humaine avec le corps. Mais la nature d'une cause se connaît aussi bien en ses effets qu'en elle-même. Voyons

(1) « Quoù accidit alicui naturaa, non invemtur universaliser « in natura illa : sient habere alas, quia non est de ratione « animalis, non convenit omni animali. Cum intelligere non sit « actus corporis, habere corpus unitum non est de ratione sub- « stantise intellectualisa in quantum hujusmodi ; sed accidit « alicui substantiae intellectuali propter aliquid aliud T si- « eut animœ humanae, cui competit uniri corpori, quia est « iMPERFECTA,et in potentia existens in génère intellectualium p substantiarum ; non habens in sua natura plenitudinem scien- « tiœ, sed acquirens eam per sensus corporis a sensibilibus re- « bus (I., p. q. 51, a, 3). »

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donc maintenant les principales conséquences de cette même doctrine : elles nous en feront sentir davantage l'importance et la vérité : c'est ce que nous ferons dans la seconde partie.

SECONDE PARTIE

G-TPV après ce que je viens d'établir , sur la JLr nécessité de l'union de l'àme avec le corps, il peut se faire que quelqu'un d'entre vous se dise tout bas : « S'il était vrai que Fàme est un être « imparfait et ne peut penser sans le corps, com- « ment ferait-elle pour entendre, et quel serait son « état, lorsque la mort l'aurait séparée du corps? « Quelque solide donc, quelque raisonnab'e que >< puisse paraître celte doctrine, et quelque fondée « qu'elle soit sur les principes de saint Thomas, il « n'en est pas moins vrai qu'on pourrait en abuser « en faveur du sensualisme et du matérialisme. » A quoi je pourrais répondre d'abord qu'une vérité n'en est pas moins une vérité, qu'il est du droit, qu'il est même du devoir du ministre de l'Église de prêcher, parce que des esprits faux ou méchants peinent en abuser en faveur de l'erreur. Mais, indépendamment de cette remarque générale, je suis heureux de pouvoir vous démontrer que, loin que

J64 l'homme,

la doctrine que je viens de vous exposer puisse fournir des prétextes au sensualisme et au matérialisme, c'est, au contraire, une doctrine dont la première conséquence est de fournir des arguments nouveaux en faveur de la spiritualité et de l'immortalité de L'âme.

7. Je dis donc d'abord, avec saint Thomas, que l'àme, séparée du corps par la mort, ne concevra pas moins l'être universel, soit en vertu des habitudes qu'elle a contractées pendant cette vie, soit par la lumière de la gloire qui se reflète sur elle par le Verbe , dans lequel les âmes des Bienheureux verront, toujours d'après saint Thomas, un nombre d'autant plus grand de choses qu'elles contempleront plus parfaitement le Verbe : Beau tanlo plura vident in lerbo. quanta perfectius intuentur l erbum.

Mais pendant son union avec le corps, telle est, dit ce docteur , la condition de l'entendement humain, qu'il ne peut rien voir qu'au moyen des images ; Intellect us kumanus in statu prœsentis vitœ nikil videt, sine plantas mate De anima).

Cependant il ne faut pas oublier que la vertu intellective par laquelle l'àme extrait, des images sensibles que lui transmet le corps, des conceptions intellectuelles, se forme les idées et s'élève du sensible au spirituel, du singulier à l'universel, que cette vertu Un vient d'en haut; l'entendement agi*-

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sant n'étant que la participation de la lumière intellectuelle que l'àrae puise à la source de toute lumière, c'est-à-dire en Dieu : Intellectus agens ni li il aliud est, nisi participatio intellectualis luminis, quod anima knbet a fonte totius luminis, /tempe Deo (I, p. q. 79, a. 4).

\J entendre ne peut pas être l'acte du corps ni d'aucune vertu corporelle, parce que tout corps est déterminé à ce qui est dans un certain lieu et dans un certain temps ; tandis que l'entendre regarde le général et l'universel : Inteltigere non potest esse actus corporis , nec alicujus virtutis corporeœ, quia omne corpus determinatur ad hic et nu ne (i, p. q. oO, a i).

On ne fait pas attention que l'entendement, étant une faculté spirituelle, ne peut comprendre même le corporel que par une opération par laquelle il le spiritualise et se l'assimile ; et c'est alors seulement qu'il se le rend intelligible. C'est l'opération propre de V entendement agissant. L'opération des êtres, a dit saint Thomas, est conforme à leur substance. L 'entendre est une opération absolument immatérielle. Rien donc (de matériel; ne peut être compris qu'en tant qu'il a été abstrait de la matière. L'entendement ne conçoit pas les choses selon leur nature, mais selon sa propre nature. Les choses matérielles qui sont au-dessous de notre entendement, se trouvent donc en lui après avoir été comprises) d'une

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manière plus simple qu'elles ne sont en elles-mêmes (1).

Dans le grand et profond mystère de l'intellection, il ne s'agit donc pas d'une simple attention que, ainsi que l'école sensualiste l'a prétendu, l'esprit fait au fantôme des objets extérieurs que la sensation peint dans l'imagination ; mais il s'agit d'une opération immense par laquelle l'esprit, en dépouillant ce fantôme de toutes ses conditions matérielles , le spiritualise en quelque manière, en forme une conception intellectuelle; et c'est après cette opération ineffable que l'objet matériel devient intelligible ou bien abstrait de la matière, et devient ainsi conforme à la nature de l'entendement (2).

Les images qui lui viennent par les sens sont la matière sur laquelle s'exerce l'opération de l'en-

(1) « Operatio cujusiibet rei est secuiidum modum substance tiae ejus. Intelligere est operatio penitus immaterialis. Unum- « quodque intelligitur in quantum a materia abstrahitur. Intel- « lectus non apprehendit res secundum modum earum , sed « secundum modum suum. Res materiales, quae suntinfra intel- « lectum nostrum , simpliciori modo sunt in intellectu quam « sint in se ipsis (I, p. q. 90, a. 2). »

(2) Dans ce sens, Condiiiac aurait touché à une grande vérité, sans la comprendre , lorsqu'il a défini les idées des sensations transformées. Mais l'école de Locke était trop grossière pour pouvoir s'élever à de pareilles conceptions ; et elle n'a rien compris à la nature de l'esprit humain, car elle ne s'est pas même doutée de cette faculté divine de i*esprit qui s'appelle Y Entendement agissant, sans laquelle on n'explique rien, on ne comprend rien aux opérations de l'intelligence.

woÊÊmÈà

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tendement agissant; mais elles ne sont pas le principe et la cause de cette opération : tout comme le marbre est la matière sur laquelle l'artiste exerce son talent et forme la statue, mais n'est pas le principe, la cause de ce talent; tout comme les objets sensibles sont la matière sur laquelle s'exerce la faculté de voir, mais ne sont pas le principe, la cause de cette faculté.

L'âme humaine donc, tout en dépendant du corps pour sentir, n'en dépend pas pour comprendre. Indépendamment de son organisation corporelle, elle porte en elle-même, dès sa création, la noble et sublime faculté de comprendre, et elle l'exerce, avec une pleine indépendance du corps, sur les images qui lui sont présentées par le corps.

Or toute substance indépendante dans son opération est aussi indépendante dans son existence. Toute substance qui opère par elle-même, subsiste par elle-même ; car les substances subsistent aux mêmes conditions auxquelles elles opèrent. Quod per se operatur, per se subsistit. Operatio sequitur esse. Ce sont des axiomes de la philosophie chrétienne.

Puisque donc Famé humaine ne dépend pas du corps dans son opération essentielle, spécifique, l'opération de comprendre ; puisqu'elle comprend par elle-même ; elle subsiste aussi , Dieu l'ayant ainsi créée, en elle-même et par elle-même. Le corps est l'instrument de cette opération; il n'en

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est pas la cause, et moins encore est-il cause de la subsistance de l'àme.

Si la forme, dit saint Thomas, subsiste dans son être, elle ne peut pas perdre cet être. Tout ce qui opère, n'opère que selon la manière dont il est en acte; son opération indique donc son être, et l'espèce et le mode de l'opération se comprend par son objet. L'intelligible, qui est l'objet de l'entendement, étant au-dessus du temps, est éternel. Par conséquent toute substance intellectuelle est incorruptible de sa nature, puisque son opération, ainsi que son objet , étant éternelle, elle aussi a un être éternel (i ).

Séparée donc du corps, rame intellective perd l'instrument de son opération parfaite, qui peut être supplée, qui est suppléé en effet par d'autres moyens ; mais elle ne perd pas l'indépendance de son existence, pas plus que l'indépendance de son opération. Dans l'absence du corps, elle subsiste toujours, comme elle opère toujours. Elle survit à la dissolution du corps, elle est immortelle.

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