‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 78 sur 98 · L IN< \>;\ \ I ION. » I · texte numérisé non relu

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principe, le fondement, le gage de mon salât; Parturivimus spiritwn salut i. s.

Oh! qu'ils sont cruels, qu'ils sont ennemis de l'homme, les faux sages qui s'efforcent d'arracher du cœur de l'homme la foi du Dieu fait homme !

0 grand et délicieux mystère! j'ai besoin, j'ai grand besoin de toi! Si ces deux mots, « Dieu et homme, » se séparent dans la personne de Jésus- Christ, il n'est plus mon Rédempteur, ni ma richesse, ni mon espérance, ni ma force, ni mon bonheur. Je retombe dans la misère et dans la faiblesse, dans la défiance et dans l'effroi. Un Dieu qui n'est pas homme , par sa grandeur même accable mon esprit, écrase mon imagination, brise mon cœur. Un homme qui n'est pas Dieu ne m'inspire que de l'indifférence ou du mépris. Un Dieu qui n'est pas homme ne me rassure pas. Un homme qui n'est pas Dieu ne me sauve pas. Il n'y a que le Dieu-homme qui me console ; il n'y a que Thomme- Dieu qui me relève. Je veux donc l'homme-Dieu, je ne puis me passer de l'homme-Dieu. C'est dans l'homme-Dieu seulement que je puis espérer, que je puis me reposer !

Si ce mystère n'existait pas, il faudrait l'inventer, si grand est le besoin qu'en a mon cœur, si grande est la consolation qu'il lui apporte. Mais le fait est que, si ce mystère n'était pas une vérité divine, il n'aurait pu être une invention humaine. Nous l'avons vu déjà : on ne trouve pas l'introu-

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\abie, on D'imaginé pas l'incompréhensible ; la i cii- ^on n'invente pas ce que la raison ne peut pas atteindre. Si nous le connaissons, c'est que notre raison la appris, c'est que ce mystère inconnu, caché à la sagesse des intelligences déchues, Dieu, dit saint Paul, nous l'a révélé par son Saint-Esprit : Mysterium absconditam y quod nemo principurn lut jus seculi cognoiHt, nobis autem re velu vit Deus per Spiritum suum (I Corinth., il, 10).

0 grand et doux mystère ! Nous tous ici osmmes chrétiens, et nous voulons l'être : c'est uotre grandeur, notre gloire, notre richesse, notre con solation et notre bonheur. Reçois donc, saint et délicieux mystère, les hommages de notre raison, de notre foi, de notre amour. Nous te croyons en f aimant, nous t'aimons en te croyant. Notre amour est foi, notre foi est amour. Eh oui! nous voulons, nous le promettons, nous le jurons : respecter en nous-mêmes, par la pureté de nos mœurs, la céleste alliance, la parenté divine que par le baptême, nous appliquant les mérites de l'homme- Dieu, notre humanité a contractée avec la Divinité : Dwinœ consultes nuturœ 'II Pefr.,i , 4). Nous voulons réformer les habitudes, rehausser la misère de notre nature par les œuvres de la grâce, afin d'avoir le sort un jour d'obtenir le bonheur immortel de la gloire. Ainsi soit-il.

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Notk A. [Page 490 .

On ne saurait assez insister sur le principe que saint Thomas a établi . d'accord avec les anciens théologiens, que l'âme de l'homme, étant une partie de la nature humaine, n'a sa perfection naturelle qu'entant qu'elle est unie au corps; Anima cum sit pars humanse naturœ, non habet naturalem perfectionem, nisi secundum quod est corpori imita [I, p. q. 90, a. 4). Or si l'âme est imparfaite sans le corps, a plus forte raison le corps est imparfait sans l'àme. L'homme est donc formé de deux natures imparfaites, qui ne sont que les véritables parties d'un tout. Mais il n'en est pas de même en Jésus-Christ , en qui la divinité et l'humanité sont absolues et parfaites : Homo ex duabus imperfeetU natures veregue dictis partibu* constat; Christus. ex perjeetis et absolutis [Petav. Incar.). Car le parfait est ce à quoi il ne manque rien de ce qui doit s'y trouver. Or les deux natures de Jésus-Christ sont parfaites , parce qu'il ne manque rien à leur essence respective ; mais les deuxsubstances qui constituent l'homme, prises séparément, ne sont pas parfaites de leur nature, parce que ce ne sont que les parties d'un tout qui seul est parfait; Perfection est illud eut nihit deest eorum qux debent inesse. Naturœ Ckristiambse perfectx sunt, quia nihit ad earum essentiam deest. At illse, quibus homo constituitur natura sua, minime sunt perfectse, quia non nisi partes sunt totius et perfectx Idem . C'est pour cela que saint Athanase appelle Jésus-Christ les deux pabfaits ; Duo perfecta.

Il suit de là qu'en Jésus-Christ il n'y a pas de composition telle qu'elle est dans l'homme. Une nature se dit composée de différentes natures, disait saint Jean de Damas, lorsque de leur union se forme une tro;sième chose différente des deux natures qui s'y sont unies, et que cette troisième n'est ni l'une ni l'autre des deux parties ; Natura una composita ex differentibus naturis tune dicitur, quando coputatis inter se katuris aliud quidquam prœter eas qux copulatx sunt effteitur, ac quod est effectum neque hoc est neque illud, sed diversutn [Jpud Petav.,. C'est ce qui arrive dans l'homme. De l'àme et du corps se forme l'homme, de manière que l'àme séparée n'est

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pas l'homme, ui le corps séparé n'est pas l'homme non plus. Mais en Jésus-Christ les deux natures parfaites, qui s'y trouvent, ne constituent pas une troisième nature composée. Et les SS. Pères sont tous d'accord à éloigner de Jésus-Christ toute idée de composition. Saint Athanase en particulier , ce grand théologien du mystère de l'Incarnation , répète bien souvent qu'en Jésus-Christ ni la chair n'est la partie du Verbe, ni le Verbe n'est la partie de la chair, comme l'Ame et le corps sont les véritables parties de l'homme; et que la divinité et l'humanité se sont unies en une seule personne, non par une composition quelconque de deux parties, mais par Yunition de deux natures parfaites, qui ne fait nullement de ces deux natures une seule nature ni une seule essence; Hic neque caro est pars f'erbij neque Verbum pars curais, al que. illic quidem partes hominis sunt anima et corpus... Ambo in una persona junguntur , non compositione aliqua ex partibus , secl unitione perfectarum naturarum, qux unam essentiam illa duo non facit {De Incarn.). L'homme est donc un composé; car tout ce qui se forme de parties imparfaites, dit saint Jean de Damas, est un vrai composé ; Quidquid coalescit ex imperfectis est omnino composition. Mais en Jésus-Christ les deux natures étant parfaites, il n'y a de composé d'aucune manière. C'est pour cela que dans la théologie catholique Jésus-Christ se dit un, mais non pas une chose ( unus, sed non union ) , parcequ'il est un individu, mais non pas un composé ; au lieu que l'homme se dit non-seulement toi, mais aussi une chose (unus et unum), parce que, tout en étant un individu , il est aussi un véritable composé.

Mais voici une autre différence. L'homme est une personne; mais la personnalité humaine n'est ni de l'âme ni du corps : de sorte que ni l'âme seule n'est une personne , ni le corps seul non plus. La personnalité humaine résulte de l'union des deuxsubstances. La raison de cela est que les deux substances qui forment l'homme , considérées séparément l'une de l'autre, étant toutes les deux imparfaites, ne sauraient être une personne : la personne étant une substance individuelle parfaite de la nature rationnelle. Mais ces deux substances, séparément imparfaites, se perfectionnant l'une par l'autre par leur union, et formant un individu parfait de la nature ra~

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t tonnelle , par cela même constituent une personne. Mais en Jesus-Christ l'unique personne qui s'y trouve ne résulte pas de l'union de la divinité avec l'humanité ; car la personne du Verbe existait et était parfaite avant de s'unir à l'humanité, ou, selon la belle expression de saint Épiphane, avant de s'être formée en elle-même, la nature de l'homme ; Xaturam homU nis in se ipsajormaclt.

Enfin, voici encore une troisième" différence qui sort de la précédente. En Jésus-Christ la personne préexistante du Verbe ayant assumé la nature humaine, et se l'étant intimement unie en soi-même, la même personne de Dieu e-t aussi la même personne de l'homme. De là ce que la théologie appelle la communication des idiomes — qui scandalise si mal a propos les ignorants d< cette science divine— c'est-a-dire les expressions : Le Fils de Dieu est mort; l'homme est tout-p tissant , etc., qui cependant sont d'une rigoureuse vérité en tant qu'en Jésus- Christ, a cause de l'unité de 1:, personne, le Dieu est véritablement homme, et l'homme est véritablement Dieu. Mais dans l'homme, en qui la personne résulte de l'union de deux substances et n'est le propre ni de Tune ni de l'autre; quoique l'âme et le corps forment un homme, on ne peut pas dire sans tomber dans l'absurde, comme l'a remarqué saint Bernard, et l'on ne dit pas, que Pâme est corps ou que le corps est âme, comme on dit de Jésus-Christ que le Dieu est homme et l'homme est Dieu; Si duo illa de se invicemprœdices non erraveris : Deum, ridelicet, homineu; et hbminem Deum pronuntians. Non autem similiter vel CAEmvKde anima, <: I iNiMAMrfe carne absurdissime prsedices : etsi similiter anima et caro unus est Homo Ipud Pet av.).

Concluons donc, avec Petau, que les Pères et les théolosiens catholiques, en insistant tous, avec un grand accord, sur l'exemple de l'homme, pour expliquer le mystère de Jésus-Christ, n'ont eu d'autre pensée que celle de constater que dans l'homme, composé d'âme et de corps, se trouvent des rapports de ressemblance avec Jésus-Christ formé de Dieu et de l'homme; tout en remarquant que ces mêmes rapp uvent réalisés

en Jésus-Christ d'une manière bien autrement élevée et parfaite: et que la similitude qu'on trouve entre l'homme et Jésus- Christ cadre exactement en cela seulement : que. comme

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l'homme, est l'union de deux substances , Jésus-Christ est l'union de deux natures; et que comme l'âme et le corps conservent dans leur union leur différence, de même en Jésus-Christ la divinité et l'humanité sont unies sans se confondre, mais conservent aussi leurs différences et leurs propriétés; Theologiineo conspirant, ut sint quxdam in kominis structura ex anima et corpore, quœ longe secus se habent in Christo, ex Deo et homine constituto. Adid vero accommodatam esse hanc similitudinem : quod utrobique cernitur : quemadmodum unus homo ex diversis naturis componitur quœ propriam servant in unitione differentiam ; sic etiam unus Christus Deique Filius ex naturis ambabus existit, quœ proprietates suas sine ulla confusione retinent{De Incarn.).

Cependant il n'en est pas moins vrai, dit saint Augustin, que comme notre verbe se fait voix sans se changer en voix ; de même le Verbe de Dieu s'est fait chair sans se changer en chair; Sicut verbum nostrum vox fit, nec mutatur in vocem ; sic Dei Verbum caro factum est, nec mutatur in carnem {De Trinit., lib.xv, c. 2); et que, sous ce rapport, l'incarnation du verbe humain nous offre une belle image de l'Incarnation du Verbe divin.

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