‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 77 sur 98 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

J2.TPVES deux espèces d'enfantement spirituel JLJdont il est question dans les saintes Écritures, l'une est celle donc parle David en ces termes : « Voilà qu'en consommant l'injustice, l'homme a conçu la douleur et enfanté l'iniquité : Ecce parturiit injustitianij concepit dolorem, et peperit ùùquitatem (Ps. vu, 15). » C'est l'enfantement du mal. L'autre est celle dont Isaïe a dit : « Comme une femme qui enfante crie dans ses douleurs, de

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môme nous avons gémi en marchant en la présence du Seigneur, jusqu'à ce que nous soyons accouchés des œuvres du salut que nous avions conçues : Sicut rjuœ appropinquat ad partum , clamât in doloribus suis, sic jacti sumus a facie tua , Domine : coricepimus et quasi oarturivimus spiritum salutis(lsa., xxvi, 18).» C'est l'enfantement du bien.

Mais quelle différence, mes Frères, danscesdeux espèces d'enfantement ! Les méchants se glorifient, se réjouissent lorsqu'ils commettent le mal : Gloriantur cum maie fecerint , exultant in rébus pessimis (Prov., n, 14). Mais, la courte ivresse du plaisir passée, ils tombent dans la tristesse, dans le chagrin, et ils ne connaissent pas même la voie de la paix et du bonheur qu'ils se flattaient d'atteindre : Contritio et in félicitas in viis eorum , et viam pacis non cognoverunt (Psal. xui, 3). C'est que le désordre dans les croyances est le doute, et le désordre dans les mœurs est le remords; tout comme le désordre dans la politique est l'anarchie. C'est que le doute est le déchirement de l'intelligence, et le remords le déchirement du cœur, tout comme l'anarchie est le déchirement de la société ; et tout être tiraillé, déchiré en lui-même est, dit saint Augustin, le bourreau et le supplice de lui-même : Pœna sua sibi est omnis animas inordin a tus ( Confess.) .

Il en est bien autrement dans la pratique du bien ! On souffre à captiver l'entendement sous le

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joug de la foi, à renoncer à soi-même, à s'imposer le poids des commandements de Dieu. Mais dès que l'esprit s'est soumis, que la vertu a été pratiquée, le devoir accompli; le joug de la foi devient suave, le poids de la loi devient léger ; on retrouve le repos de l'esprit et la joie du cœur. Et c'est là ce que Jésus-Christ a voulu persuader à ses disciples, en finissant par ces mots la similitude de la femme qui enfante : « Il en est de même de vous : à présent, vous êtes dans la tristesse et la souffrance. Mais je vous reverrai, et alors vous serez dans la joie, et nul ne pourra arracher cette joie de votre cœur : Et vosigitur nunc tristitianihabetis ;iterum autem videbo vos, et gaudebit corvestrum, et gaudium vestrum nenio tollet a vobis(Joan., xvi,22). Ainsi, la joie que se promettent, qu'éprouvent, pendant quelques instants, les méchants en faisant le mal, se change en douleur; Ecce parturiit injastitiam, et peperit dolorem ; au lieu que la répugnance, la peine qu'éprouvent les bons à faire Je bien, semblable, dit saint Isidore, aux douleurs de l'enfantement, se change en joie : Sunt dolores partwientis fruclum gaudii afférentes. C'est parce moyen pénible dans le temps que se fait le salut dans l'éternité ; Concepimus et parturivimus spiritum salutis.

13. C'est ce qui arrive particulièrement par rapport à la foi dans le mystère dont je vous ai entre-

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tenus aujourd'hui. Tout d'abord elle n'est pas aisée , elle n'est pas sans gène pour la raison , cette foi sainte.

Pour moi, je vous avoue que, lorsque je m'arrête à considérer en Jésus-Christ le Dieu homme, c'est-à-dire l'Infini dans le fini, la Grandeur dans la petitesse, la Majesté dans la misère, l'Être dans le néant; le Dieu vivant dans l'homme sans en être dégradé, l'homme vivant en Dieu sans en être détruit; le Dieu restant toujours Dieu dans l'humanité qui l'enveloppe, l'homme restant homme dans la divinité qui l'a saisi ; le Dieu qui souffre, qui meurt, en tant qu'il est aussi homme ; l'homme qui est tout-puissant, qui ressuscite, qui monte au ciel en tant qu'il est aussi Dieu ; ces extrêmes si disparates, ces distances si éloignées, ces termes si contradictoires, ces deux natures, ces deux volontés si diverses dans la même personne : lorsque je considère tout cela, ma raison, éblouie, froissée, humiliée, abattue, voudrait reculer devant des énigmes si augustes mais si compliquées, devant des incompréhensibiiités si inaccessibles!

Mais la grâce de la foi venant à mon aide, je n'ai pas encore fini de dire, «Je crois, » que mon intelligence éprouve un calme inexprimable, mon cœur une véritable j'oie ; et, délivré des déchirements du doute, je me sens parfaitement à mon aise, je me livre avec bonheur aux charmes ineffables de cette foi du Dieu-homme et de l 'homme-Dieu, le

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