PREMIÈRE PARTIE
2/ l Toutes les exceptions, dans la création des I choses, ont eu lieu en faveur de l'humanité.
Nous avons vu la manière toute particulière avec laquelle a été créé le premier homme. Eh bien î la première femme, elle aussi, a été créée d'une manière toute particulière.
La femelle de tous les animaux n'a été produite que par la même parole, en même temps et du même élément, que le mâle. Mais la première femme de l'espèce humaine n'a pas été créée ainsi ;
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Eve n'a été formée que du côté d'Adam, endormi dans un sommeil mystérieux.
Or, quelle a pu être la raison d'une création si singulière? Saint Thomas, ce grand génie qu'on est sûr de rencontrer toujours sur son chemin lorsqu'on cherche la raison d'un des mystères du christianisme , a dit que Dieu a ainsi créé la première femme, d'abord par égard pour la dignité de 1 homme, afin que l'homme fût lui seul le principe de toute son espèce, comme Dieu est le seul principe de tout l'univers : Ut diqnitas hominis servaretur, ut esset principium suce speciei\ sieut Deus est principium totius unwersi. En second lieu, la femme n'a pas été créée de la têle de l'homme, afin que l'on sache qu'elle ne doit pas dominer l'homme et être la maîtresse de l'homme : Won de capitt ?, ut non domine tur viro. En troisième lieu , elle n'a pas été créée des pieds de l'homme, afin que Ton sache qu'elle ne doit pas être méprisée par l'homme, comme la servante et l'esclave de l'homme : Nondepediùus, ne despecta sii a viro. Mais elle a été créée du côté de l'homme, du cœur même de l'homme, afin que l'on sache que la femme doit être aimée par l'homme, comme la moitié de l'homme, l'égale de l'homme : Ut inagis vir dlligeret uxorem suant I, p. q. 91, a. I).
Mais, indépendamment de ces raisons de l'ordre historique, de l'ordre naturel, la femme, dit toujours saint Thomas, d'après saint Augustin , a
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été ainsi créée par une raison mystérieuse, prophétique et sacramentale : Poslrema ratio est sa* (ramentalis. C'est-à-dire que par Eve et avec Eve, naissant du cœur ouvert d'Adam , endormi au pied d'un arbre, Dieu a voulu figurer d'avance et présenter en action le grand et délicieux mystère de l'Église, qui devait naître un jour du cœur transpercé de Jésus-Christ, endormi dans le sommeil de la mort sur l'arbre de la croix : Ut figura returquod Ecclesia a Chris to sumit principium . Ainsi, Adam, le seul principe de toute vie naturelle, même par rapport à sa femme, de laquelle devaient naître tous les hommes, a figuré Jésus- Christ, qui devait être le principe de toute vie surnaturelle, même par rapport à l'Église de laquelle devaient naître tous les fidèles.
C'est vous dire assez, mes chers Frères, que le mystère de la restauration universelle, dans l'ordre de la grâce, par l'incarnation du Verbe, a aussi dû être représenté, figuré d'avance dans le mystère de la restauration partielle, dans l'ordre de la nature, par la création de l'homme.
Etudions donc dans cette image animée, dans cette prophétie vivante, le grand original, lagrande réalité du mystère magnifique, immense, de la restauration du monde par Jésus-Christ, pour nous convaincre toujours davantage que la philosophie de l'Église vaut bien le vain bavardage de la philosophie de l'école, û'a^prenanf a l'homme au-
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cune vérité, lors même qu'elle ne lui enseigne aucune erreur.
3. En créant le ciel et la terre, Dieu avait crée deux mondes dans un seul monde : le monde invisible, céleste, la cité des esprits, et le monde terrestre et visible, la patrie de la matière et des corps. Mais que la condition de ces deux mondes était différente ! L'homme n'ayant pas encore paru sur la terre, il y avait la vie sensitive, la vie végétative ; mais il n'y avait pas la vie intelligente! Tandis donc que Dieu était connu, adoré, aimé par des millions de millions de substances angéliques dans le ciel; sur la terre, tout ce qui n'était pas inerte était muet, était stupide : rien n'y comprenait rieu, rien ne rendait hommage à Celui qui l'avait créé.
Mais est-ce qu'il devait, est-ce qu'il pouvait en être ainsi pour toujours? Le culte de Dieu, réservé à la création spirituelle, pouvait-il être banni pour toujours de la création corporelle? Pendant que la substance intelligente bénissait et adorait dans les cieux, la substance matérielle auraitt-elle pu rester toujours muette et méconnaissante sur la terre? et l'Artisan suprême devait-il à jamais être étranger à cette partie des œuvres de ses mains ?
Mais le moyen de faire cesser cet inconvénient? le moyen d'associer la matière au culte de Dieu, de la faire entrer dans le grand chœur des intelli-
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gences, afin qu'elle aussi vînt mêler, confondre sa voix à la leur dans un hymne commun de reconnaissance et d'amour?
Tranquillisons-nous. Ce moyen, Dieu Ta trouvé, l'a mis en œuvre en créant l'homme. Par cette admirable création, qui a étonné les anges lorsqu'ils la virent paraître pour la première fois sur la terre, Dieu a uni, dans l'homme, l'esprit au corps, dans une unité d'être ; de sorte que le même et unique être de l'àme est aussi l'être du corps; et par conséquent, dans cette œuvre merveilleuse, comme l'esprit a commencé à avoir un être corporel, une vie corporelle, le corps a aussi commencé à avoir, en quelque manière, un être spirituel, une vie spirituelle; comme l'intelligence a commencé à avoir une espèce de personnalité matérielle, la matière a été élevée à une espèce de personnalité intelligente : voilà donc la matière, le corps, parlant, agissant dans l'homme comme l'esprit, auquel ils sont unis substantiellement sans y être confondus : voilà la matière, le corps, associés clans l'homme au culte de Dieu, à la religion.
Car souvenez-vous bien, nous dit Tertullien, que dans l'homme c'est le corps, c'est la chair, c'est l'argile qui élève le regard au ciel dans la prière, se prosterne dans l'adoration, dénoue la langue à la louange, ouvre les yeux aux larmes du repentir, arme le bras des instruments de la pénitence, offre les mains aux œuvres de la charité. C'est le corps,