ACTE PREMIER
HENRIETTE, commô stupéfaite, le regarde, à part.
Tiens, je Tavais oublié celui-rlà. (Haut.) Monsieur Guéret ! C'est vrai, vous deviez venir nous prendre, et il était convenu que nous irions tous les quatre chez madame Hardouin.
JEAN
Oui, est-ce que c'est décommandé?
HENRIETTE
Décommandé, oui, mon ami.
JEAN
Oh I pourquoi ça ?
HENRIETTE
Ma belle-mère a persuadé à mon père qu'il était malade, et il est allé se coucher, et elle avec lui, du moins, je le suppose.
JEAN
Oh ! comme c'est ennuyeux 1 On se serait si bien amusé là-bas. Vous savez qu'il devait y avoir un cotillon.
Ne me parlez pas de ça, vous allez réveiller toute ma colère, tout mon dépit et toute ma rancune. Pensez donc, j'étrennais une toilette I
JEAN
C'est vexant I
HENRIETTE
Nous avons même eu une scène, ici.
JEAN
Ah!
HENRIETTE
Et une scène (Jui n'était pas piquée des vers, avec papa et la seconde madame Godot.
JEAN
La seconde madame Godot, le mot est drôle. Alors, le torchon brûle ?
,< HENRIETTE
Le torchon brûle. J'ai la conscience ^ue je suis allée un peu loin, j'ai dit des choses que je n'aurais pas dû dire, mais que voulez-vous, je suis vive, emportée, comme était ma pauvre mère, et je vais, je vais, puis après l'amour-propre s'en mêle et je ne veux plus revenir. Mais il ne faut pas que je vous retienne à vous conter mes histoires, monsieur Jean, allez vous amuser chez madame Hardouin. Moi, je vais faire comme tout le monde ici, je vais aller me coucher.
JEAN
Oh I mais ce ne sera pas drôle, si vous ne venez pas.
HENRIETTE
' Une jeune fille de plus ou de moins dans Un bal, avouez que cela ne fait pas grand chose.
JEAN
Mais si, cela fait beaucoup, quand cette jeune fille est sympathique, et que celles qu'on doit aller retrouver sont indiff'érentes.