ACTE PREMIER
HENRIETTE
C'est très bien ce que vous venez de dire là, très bien, très bien.
JEAN
Ne vous moquez pas de moL
Je ne me moque pas, je réponds de môme style.
JEAN
Vous vous êtes trompée si vous avez cru que je le disais ironiquement, j'aime beaucoup votre société, et j'allais au bal de madame Hardouin, certainement pour le plaisir de la danse, mais bien plus pour celui de vous y retrouver.
HENRIETTE
Vraiment?
JEAN
Mais qu'y aurait-il d'extraordinaire à cela? Il est tout naturel qu'une jeune fille plaise à un jeune homme.
HENRIETTE
Il est évident que cela n'est pas étonnant, et de votre côté vous m'êtes tout à fait sympathique, mais là, vous savez, tout à fait. Vous avez bien le temps d'aller chez madame Hardouin ?
JEAN
Je ne tiens pas du tout à y aller.
HENRIETTE
Eh bien I Alors, restez là un peu avec moi, nous causerons.
JEAN
Je veux bien.
HENRIETTE
Si vous retiriez votre pardessus, cela vaudrait mieux, ici il fait chaud, et en sortant vous pourriez être saisi par le froid.
JEAN
" Oui, c'est une idée.
HENRIETTE
Elles sont singulières, n'est-ce pas, ces sympathies qu'on éprouve parfois les uns pour les autres, et qu'on ne saurait expliquer.
JEAN
Oui, il serait parfois bien difficile, sinon impossible, de dire comment elles naissent et pourquoi elles durent. Mais il n'y a pas besoin de chercher, Tinstinct qui nous réunit sait mieux que nous.
HENRIETTE
Vous croyez que c'est d'instinct qu'on ^va l'un vers l'autre?
JEAN
Gomment s'expliquer cela autrement ? Ce n'est certainement pas de propos délibéré. Qui saurait dire pourquoi on se plaît ? Personne, je crois bien. Cependant nous voyons les plus simples et les plus bêtes faire de bons choix, deviner, sentir, apprécier confusément qu'ils se conviennent ; ils sont attirés les uns vers les autres par des forces, et cela est naturel comme l'attraction de la terre par le soleil.