ACTE PREMIER
HENRIETTE
Un bel âge. infirme?
JEAN
Oh! du tout, bon pied, bon œil, la chère vieille 1
HENRIETTE
Oui, voilà ce qu'il y a d'agréable à la campagne, on y vit très longtemps.
JEAN
Oui.
HENRIETTE
Et vott» #11» comn^ tous les jeunes gens, vous B» songez pas à vous marier ? La vie est si agréable pour vous autres hommes, vous êtes si libres, tous les plaisirs sont pour vous.
JEAN
Tout cela dépend, Mademoiselle, du caractère dont on est. Mais il y en a de certains qui ne savent que faire de cette liberté, et s'ennuient au milieu de ces plaisirs qui n'en sont pas pour eux. fis donneraient toutes ces fêtes brillantes pour être dans un petit coin de salon obscur, à côté d'une personne douce qui penserait comme eux.
HENRIETTE
Oui, vous aimeriez la vie simple, je vois ça.
JEAN
Toute simple.
HENRIETTE
Sans sorties, sans dîners en ville, sans parties de campagne et sans théâtres ?
JEAN
Oh ! il ne faut pas exagérer.
HENRIETTE
Ce serait à périr.
C'est plutôt la vie intime que j'aurais dû dire. Voulez-vous que je vous expose mes idées ?
HENRIETTE
Mais oui^
JEAN
Pourquoi se marie-tr-on ? Pour avoir une femme bien à soi, pour goûter la vie de famille, pour être en tête à tête avec elle, enfin pour mener une vie qui serait tout le contraire delà vie de garçon. Ainsi, par exemple, nous allons au théâtre, c'est encore delà vie intime. Il y a autour de nous cinq cents personnes, mais ces cinq cents personnes ne nous connaissent pas, ne nous parlent pas, nous n'échangeons nos impressions qu'entre nous, et nos idées, dans ce milieu, sont les mêmes que lorsque que nous sommes seuls. Un bal, une soirée, c'est tout durèrent, vous connaissez tout le monde, on vous parle, on vous distrait, on vous accapare, on fait danser votre femme, et, avec une jalousie que vous n'osez dire et qui est pleine d'angoisse, vous la voyez qui prend du plaisir au bras d'un autre, qui lui parle, semble Lui appartenir, comme elle vous appartient à vous.
HENRIETTE
Alors vous seriez jaloux ? •• . -^V,