‹ La rançon: comédie en trois actesChapitre 35 sur 63 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

HENRIETTE, seule.

Bientôt on ne po'îrra plus avoir de domestiques. Depuis qu'on instruit ces gens -là, c'est intolérable.

Voyons, revenons à mes idées. Il est bien certain que, dans le mariage, au point de vue naturel, la balance penche en faveur de l'homme. 11 est le plus fort, il tient les clefs de la caisse, et il n'a en aucune façon l'ennui des enfants. En admettant un ménage idéal où l'on s'aimerait autant l'un que l'autre, c'est la femme, la plus faible, qui porte la charge la plus lourde. C'est injuste, môme dans le cas où l'on éprouve unégal plaisir à se trouver ensemble. Mais, dans mon cas, c'est encore plus injuste, car mon mari m'aime beaucoup plus que je ne l'aime. Cer- ^ tes, j'apprécie ses qualités, c'est un bon garçon qui ne ferait pas de mal à une mouche, mais cela ne l'empêche pas d'être médiocre et commun. Il aime beaucoup être en ma société, et moi je souffre dans ;\ la sienne. Je le satisfais pleinement et il ne me sa- : tisfait pas. ,11 est donc parfaitement légitime qu'il V paie un peu la rançon du bonheur qu'il éprouve avec moi, et qu'ir^sàtîsfasse "à un désir aussi innocent que €e voyage, par exemple. Toute réflexion faite, cela me paraît très juste.

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