ACTE DEUXIÈME
HENRIETTE
De quoi ouf?
JEAN
Comment de quoi ? d'en avoir fini avec le bureau, les paperasses, les garçons de recettes, les vieilles rentières, tout le monde interlope qui a pignon sur rue, avec les amis, les potins, le chef, le sous-chef, le garçon de salle, est-ce que je sais moi.
• HENRIETTE
Tu entres à dix heures, tu sors à quatre, te voilà bien malheureux.
JEAN
Je ne sais si je suis malheureux, mais je suis bien fatigué. Compter pendant plusieurs heures de suite, répondre à des gens qui ne vous comprennent pas, en écouter qui ne savent ce qu'ils disent, être mêlé à toutes sortes d'intrigues, faire sa cour à des gens qu'on ne peut souffrir parce que votre avancement dépend d'eux, se recueillir au milieu d'un brouhaha pareil à celui de la Bourse, c'est horrible, simplement horrible; enfin être séparé, pendant tout ce temps-là, de sa petite femme qu'on adore et à laquelle on songe toujours, s'il n*y a pas là de quoi faire ouf, je ne sais plus ce que je dis.
HENRIETTE
. Ceï'tainement, mon ami, je comprends très bien cela. Mais tout le monde a ses ennuis. Moi-même, aujourd'hui, j'ai eu la visite de madame Leblanc qu'il a fallu que j'écoute pendant deux heures. Ce n'eât pas drôle non plus.
JEAN
Le fait est qu'elle est bien ennuyeuse, madame Leblanc.
'Vîf-Î^"^''
HENRIETTE
Hélas I Dis donc?
Quoi.
HENRIETTE
JEAN
Est-ce que je t'ai embrassée en entrftnt ?
HENRIETTE
Oui.
JEAN
Mais non.
HENRIETTE
Mais si.
JEAN
Enfin, en admettant que ce soit oui, on peut toujours redoubler.
HENRIETTE
Tu ne penses qu'à ça.
JEAN
A quoi veux-tu que je pense? Quand on s'aime, il faut se le dire, et la manière la plus expressive et la plus courte est toujours la meilleure. Allons, venez que votre mari vous embrasse.
Elle lui tend la joue, il Tembrasse.
JEAN
Et toi, tu ne m'embrasses pas ?
Nous avons tout le temps, nous sommes mariés.