ACTE TROISIÈME
HENRIETTE
Je'ne le pense pas, tant cette amitié me semble assise sur une base solide. Il m*est impossible de prévoir un motif de désunion.
BRION
C'est assez rare, en elTet, entre femmes.
HENRIETTE
Oh I il y a beaucoup d^amitiés de femme à femme, seulement elles sont sujettes h des soubresauts, à de la mauvaise humeur, à des nerfs, à de la vanité aigrie. On s'éloigne, puis on revient pour s'éloigner de nouveau, ce n'est pas régulier. Et vous voilà revenu à Paris, Monsieur, définitivement?
BRlON.
Mon Dieu, oui. Madame.
HENRIETTE-
Vous voyagez souvent?
BRlON.
Oui, quoique Paris soit mon lieu de prédilection. Il y a, je crois bien, entre Paris et moi, cette amitié de femme à femme dont vous venez de parler ; je m'éloigne souvent et je reviens toujours. C'est qu'il n'y a qu'un Paris, comme disent les bonnes gens. Je me suis parfois demandé à quoi tenait ce besoin de chargement qui me possède. Et, je crois avoir trouvé justement sur la plage de Trouville, un jour de réflexion, après avoir vu une certaine personne...
HENRIETTE
Et à quoi cela tient-il?
BRION
Cela tient à ce que- je ne suis pas heureux.
HENRIETTE
Vous I pas heureux! Que vous manque-t-ii?
BRION
Ah! oui, je sais bien, au point de vue strictement matériel, j'ai tout ce que je puis désirer. Mais, c'est là UQ bonheur bien plat, bien misérable, et qui laisse place à beaucoup d'ennui et à beaucoup de désirs d'autre chose... Oui, quand je change ainsi de pays, je fais comme les malades qui se retournent pour souffrir autrement. Être riche et bien élevé, c'est être un terrain propice au spleen et aux maladies morales de toutes sortes, je suis trop seul. ^
Mariez-vous.
BRION
Ce n'est pas le mariage qu'il me faudrait, c'est l'amour I
HENRIETTE
Alors, aimez.
BRION
C'est encore toute une affaire cela, m'aimerait- . on!
HENRIETTE
Pourquoi ne vous aimerait-on pas? Vous avez tout ce qu'il faut pour plaire.
BRION
Vous vous moquez de moi.