ACTE TROISIEME
HENRIETTE
Non, vraiment, je Tai beaucoup entendu dire.
BRION
Voilà de la terrible ironie.
Du tout, c'est la constatation pure et simple d'un fait : Topinionde beaucoup de dames...
BRION
Et la vôtre?
HENRIETTE
Ohl la mienne importe peu.
BRION
Mais si, et je tiendrais beaucoup à la connaître.
HENRIETTE
Pourquoi?
BRION
Parce que j'ai confiance en votre jugement.
HENRIETTE
La mienne : c'est qu'à juger de l'extérieur, vous êtes un joli cavalier, mais, l'extérieur, c'est peu pour asseoir une véritable^opinion. Sauriez-vous aimer une femme comme il convient, je veux dire, après l'avoir aimée pour vous, sauriez-vous l'aimer pour elle, lui passer quelques fantaisies, lui sacrifier quelques-unes de vos idées ou certaines de vos aises, être aimable, être patient, surtout n'être pas tyranniquemeat jaloux. Ce qu'une femme peut demander h un homme aujourd'hui, j'entends parler
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de Tunion d'une femme bien élevée et d*un hommiè du monde, c'est beaucoup de perspicacité et d'intelligence en amour. La première condition, à mon avis, au moins, c'est que cetamoar ne soit pas une passion, la passion excluantjustement l'intelligence en amour, absolument comme le grand appétit empêche de goûter convenablement un repas fin.
BRION
Alors, ce ne serait qu'un plaisir ?
' HENRIBTTB.
OÙ serait le mal ?
BRION
Personnellement, je n'en vois pas.
HENRIETTE
Mais, je suis folle de vous dire ces choses et aoxis nous engageons là, il "me semble, sur un singulier terrain. Voyons, monsieur Brion, vous allez^ bien accepter un verre de madère et un petit gâteau.
BRION
Volontiers, Madame. Excellent ce madère... Vous avez une vue de l'amour curieuse et bien moderne.
HENRIETTE
Il y a la femme moderne, il doit y avoir l'amour moderne. Il est impossible, qu'après avoir été affinées par réducation qu'on donne aujourd'hui aux jeunes filles, nous concevions Tuaion de l'homme et de la femme comme nos grand'mères, même comme nos mères. Maman, par exemple, avait pour mon père une vénération qui s'étendait jusqu'à ses manies. Ça se conçoit, elle était religieuse. Moi, je ne le suis pas, j'ai été bien aise de sortir du couvent pour ne plus croire, et je juge mon mari avec