ACTE PREMIER
GODOT
Ainsi, ii n'y a pour elle aucun moyen de conquérir ton affection?
Je ne crois pas.
HENRIETTE
GODOT
C'est regrettable, mais puisqu'il n'y a rien à faire, à l'avenir nous tablerons sur cette antipathie, et je tâcherai^ pour ma part, de vous éviter des rapports désagréables.
HENRIETTE
Dis-moi, petit père, puisque nous nous confessons, est-ce vrai que tu sois indisposé?
GODOT
Oui, j'ai eu comme un étourdissement, étant à table, et en ce moment j'ai la migraine. Pourquoi me demandes-tu cela puisque ma femme t'a dit ce qui en était?
HENRIETTE
Parce que je ne Tai pas crue, j'ai pensé que c'était une invention de sa part pour me priver d'un plaisir. Tu vois comme je suis franche, je t'avoue toutes mes mauvaises pensées. Mais mets-toi un peu à ma place, je t'avais vu bien portant au dîner, pouvais-je croire que tu serais malade une heure plus tard ? Et puis, j'ai éprouvé une telle déception d'avoir à rester ici, quand je pensais tant m'amuser, qu'un peu d'emportement était bien naturel. Si seulement tu avais eu l'idée de venir me le dire toi-même...
GODOT
C'est ce qu'il faudra que je fasse à Ta venir. Je viendrai toujours te le dire moi-tnême.
HENRIETTE
Maintenant encore une question, veux-tu ?
GODOT
Laquelle?
HENRIETTE
Est-ce toi qui as dit : je suis indisposé, je n'irai pas au bal, ou bien elle qui t'a dit : puisque tu es indisposé ne va pas au bal.
GODOT
Je me suis plaint, elle m*a suggéré l'idée de rester à la maison et, ma foi, j'ai accepté à cause de ma réelle fatigue.
HENRIETTE
C'fist ellel Tu vois que j'ai raison de la détester !
GODOT
Ecoute, mon enfant, tu es dans une situation d'esprit très fâcheuse, et qui va nous rendre la vie bien intolérable.
HENRIETTE
Tu as raison, mais je n'y puis rien.
GODOT
Pourquoi as-tu refusé monsieur Paul, dernièrement? Tu serais mariée aujourd'hui, tu serais tranquille dans ton ménage et moi dans le mien. 11 est vrai que si tu as ce caractère-là, étaat mariée, ce ne