‹ La raucourt & ses amiesChapitre 17 sur 52 · LA PREMIÈRE PRÉSIDENTE · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE PRÉSIDENTE

gneur Mgr Omer-Louis-François Joly de Pleury, ancien avocat général au Parlement de Paris, y demeurant, rue de Valois, et Guy Verbeck, rue du Chantre ».

La belle dame donne 4.000 livres et le commissaire remet les bijoux en ses mains. L'histoire ne dit pas si c'est pour les offrir à nouveau que Mme de Fleury se fait rendre bagues et girandoles ? — ce serait un procédé très galant et Raucourt, disaiton, méritait de pareils sacrifices !

(1) Encore un ménage qui ne paraît pas 1res uni, les époux étaient du reste séparés de biens. (Il ne faut pas confondre Mm0 de Fleury demeurant rue Verte St-Honoré, avec l'autre Mwe Fleury qui demeurait rue Verte-Pont-aux-Choux.)

Mme DE FURIEL ET LA JEUNE SAPHO

La petite maison de Mme de Furiel. — Mme Gourdan. — La jeune Sapho. — Les colombes. — Incubes et succubes. — L'initiation voluptueuse.

Dans la licencieuse histoire de la jeune Sapho, native de Villiers-le-Bel, publiée en 1784, dans « Y Espion Anglais », on trouve un passage relatif à Mme de Fleury désignée dans l'opuscule sous l'anagramme de Mme de Furiel.

Une jeune paysanne décrassée est tombée dans les mains expertes de la fameuse Gourdan qui a trouvé un diamant dans cette gangue.

L'habile proxénète avant de livrer aux hommes cette rare denrée, juge à propos de prévenir la plus généreuse de ses clientes ordinaires. Elle avise donc Mme de Fleury, femme séparée d'un magistrat célèbre, qui dans ulne petite maison préparée, à cet effet, reçoit les envois de la matrone (1). C'est la jeune nymphe qui raconte :

(1) On a vu dans le chapitre précédent, l'intervention réelle de Mmc de Fleury dans les affaires de M"e Raucourt, son amie; elle rachète elle-même les plus heaux de ses bijoux au prêteur sur gages Verbeck.

<c Cependant j'étais restée entre les mains de la gouvernante qui m'avait choyée de son mieaix, m'avait fait manger et coucher avec elle, et m'avait auparavant si bien visitée pendant mon sommeil, qu'au moment où Mme Gourdan parut, j'entendis qu'elle lui dit à l'oreille : « Vous avez trouvé un Pérou dans cette enfant, elle est pucelle sur mon honneur si elle n'est pas vierge ; mais elle a un clitoris diabolique ; elle sera plus propre aux femmes qu'aux hommes ; nos tribades renommées doivent vous payer cette acquisition au poids de l'or » (1). Mme Gourdan ayant vérifié le fait sur le champ écrivit à Mme de Furiel (Fleury) que vous connaissez tous, sinon de réputation, pour la prévenir de sa découverte. Celle-ci m'envoya chercher avec la même diligence (2). »

La nymphe est conduite dans la petite maison de Mme de Fleury ; elle est surprise de se voir dans une espèce de chaumière, mais cette façade rustique masque un superbe jardin ovale, entouré de peupliers fort hauts qui en dérobaient la vue à tous les voisins. Au milieu, était un pavillon

(1) « Mme Gourdan est à toutes mains. Elle fournit des filles aux hommes et des hommes aux femmes ; il paroît par là qu'elle produit aussi aux tribades des Surcubes. On appelle ainsi les patientes dans les combats amoureux de femme à femme ». (Note de YEsp. Angl.)

(2) M"e Sapho avoit conservé copie de ce billet : Madame « J'ai découvert pour vous un morceau de roi ou plutôt de reine, s'il s'en trouvoit quelqu'une qui eut votre goût dépravé; car je ne puis qualifier autrement une passion si contraire à mes intérêts ; mais je connois votre générosité qui me fait passer par-dessus la rigueur que je devrais vous tenir Je vous avertis que j'ai à votre service le plus beau clitoris de France, en outre une franche pucelle de quinze ans; essayez-en. Je m'en rapporte à vous et suis persuadée que vous ne croirez trop pouvoir m'en remercier. » — (Note de l'Espion Angl.)

ovale, aussi surmonté de la fameuse statue de Vesta et d'autres figures de naïades qui fournissent de leurs mamelles de il'eau à volonté ; billard ; salle de bain ; voilà tout d'abord le spectacle qui s'offre aux yeux étonnés de la jeune Sapho.

Soigneusement baignée, parfumée, épilée, elle est remise aux mains expertes des masseuses : « Ensuite on me passa la chemise ordinaire des tribades : c'est-à-dire, ouverte par devant et par derrière depuis la ceinture jusqu'en bas ; mais se croisant et s'arrêtant avec des cordons ; on me ceignit la gorge d'un corset souple et léger ; mon intime (1) et le jupon de ma robe pratiqués comme la chemise prêtaient la même facilité.

« Quand Mme de Furiel fut arrivée on me conduisit à elle par un couloir qui communiquait du quartier où j'étais à un boudoir, où je la trouvais nonchalamment étendue sur un large sofa. Je vis une femme de trente à trente-deux ans, brune de peau, haute en couleur, ayant de beaux yeux, les sourcils très noirs, la gorge superbe, en embonpoint, et offrant quelque chose d'hommasse dans toute sa personne. Dès qu'on m'annonça, elle lança sur moi des regards passionnés, et s'écria : — Mais on ne m'en a pas encore assez dit, elle est céleste ; puis radoucissant sa voix, approchez-vous, mon enfant, venez vous asseoir à côté de moi. Eh bien, comment vous trouvez-vous ici? Vous y plaisez-vous? Cette maison, ce jardin, ces meubles sont à vous ; ces femmes seront vos servantes ; et moi je veux être votre maman. En

(1) Jupon fait de deux mousselines, appelé intime, parce qu'il colle exactement sur le corps (Note de l'Espion Anql,, x, p. 235).

échange de tant de choses, je ne vous demande que de m'aimer un peu. Allons dites-moi, vous sentez-vous disposée ? Venez me baiser... Sans proférer une parole et pénétrée de reconnaissance, je me jette à son cou et je l'embrasse. — Oh ! mais, petite sotte, ce n'est pas comme cela qu'on s'y prend, voyez ces colombes qui se bocquetent amoureusement. Elle me fait en même temps lever les yeux vers le centre de la niche où nous étions, garni d'une guirlande de fleurs en sculpture, où étaient en effet suspendu ce couple lascif, symbole de la tribaderie. — Suivons un si charmant exemple. Et en même temps elle me darde sa langue dans la bouche. J'éprouve une sensation inconnue qui me porte à lui en faire autant ; bientôt elle porte la main dans mon sein et s'écrie de nouveau : — Ah ! les jolis têtins ! comme ils sont durs, c'est du marbre ! on voit bien qu'aucun homme ne les a souillés de ses vilains attouchements. En même temps, elle me chatouille légèrement le bout et veut que je lui rende le plaisir que je reçois ; puis de la main gauche, déliant mes rubans, mes cordons de derrière : — Et ce petit cul, a-t-il eu souvent le fouet? Je parie qu'on ne le lui a pas donné comme moi. Puis elle m'applique de légères claques au bas des fesses, près le centre du plaisir, qui servent à exciter ma lubricité ; alors elle me renverse sur le dos, et s'ouvrant un passage en avant, elle entre en admiration pour la première fois. Ce ne fut plus qu'une fureur convulsive des deux parts. Après une heure de combats, elle sonna, deux femmes de chambre vinrent nous laver, nous parfumer et nous soupâmes délicieusement. Pendant le repas,

Mmc de Furiel m'apprit que cette maison lui appartenait, était en quelque sorte; devenue sacrée par son usage ; qu'on l'avait convertie en un temple de Vesta, regardée comme la fondatrice de la secte Anandryne ou des tribades, comme on les appelle vulgairement.

« Une tribade, me dit-elle, est une jeune pucelle qui, n'ayant eu aucun commerce avec l'homme, et convaincue de l'excellence de son sexe, trouve dans lui la vraie volupté, la volupté pure, s'y voue toute entière et renonce à l'autre sexe aussi perfide que séduisant. C'est encore une femme de tout âge qui, pour la propagation du genre humain, ayant rempli le vœu de la nature et de l'Etat, revient de son erreur, abjure des plaisirs grossiers et se livre à former des élèves à la déesse.

« Au reste, n'est pas admis qui veut dans notre société. Il y a, comme dans toutes, des épreuves pour îles postulantes (1). Vous m'avez paru digne d'être initiée à nos mystères ; j'espère que cette nuit me confirmera dans la bonne opinion que

(1) « On enferme la postulante dans un boudoir où est une statue de Priape dans toute son énergie. Il y a des groupes d'accouplements d'hommes et de femmes offrant les attitudes les plus variées et les plus luxurieuses. Les murs peints à fresque ne présentent que des images du même genre; que des membres virils de toutes parts : des livres, des portefeuilles, des estampes analogues se trouvent sur la table. Au pied de la statue est un réchaud dont le feu et la flamme ne sont entretenus que de matières si légères et si combustibles que pour peu que la postulante ait un instant de distraction, elle court risque de laisser s'éteindre le feu, sans pouvoir le rallumer ; en sorte que quand on vient la chercher, on voit si elle n'a point reçu d'émotion forte qui indique encore en elle du penchant à la fornication à laquelle elle doit renoncer. Ces épreuves durent trois jours de suite pendant plusieurs heures, — (Note de VEspion Angl.)

j'ai conçue de vous, et que nous mènerons ensemble une vie innocente et voluptueuse.

« Rien ne vous manquera ; je m'en vais vous faire faire des robes, des ajustements, des chapeaux ; vous acheter des diamants, des bijoux, vous n'aurez ici qu'une seule privation, c'est qu'on ne voit point d'hommes ; ils n'y peuvent entrer, je ne m'en sers en rien. »

Madame de Furiel fait à la jeune Sapho les promesses les plus séduisantes ; elles s'ocupera de son éducation et de ses plaisirs, mais en récompense de tant de soins, l'élève se montrera docile et complaisante (1).

La nuit fut laborieuse, quoique ravissante, et la novice avoue ingénument sa joie. La disciple est formée, le jour prochain verra son initiation définitive.

(1) Cf. La confession de Sapho dans l'Espion AngL, t. x, ouv. cit.

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