MADEMOISELLE AURORE
En recevant cette louangeuse poésie, la comédienne considéra la petite Aurore comme une prosélyte. Elle la promena de sociétés en sociétés et ne s'en sépara qu'à l'instant où, ayant réclamé le prix de ses services, elle se vit repoussée avec indignation. La pauvre chanteuse dirigea alors ses vues sur Sophie Arnould, — c'était tomber de Gharybde en Scylla ! — mais Aurore rebutée, méchamment traitée par îles pamphlétaires fielleux toujours à l'affût du scandale, renonça aux protections.
On disait que mademoiselle Aurore repoussée par Rauoourt et bien accueillie par Arnould : — avertit qu'elle n'est pas chez elle passé midi, on la trouve les jours d'Opéra au Foyer, les autres jours grande allée des Tuileries ; et ceux de mauvais temps à l'entrepôt des dames Audinot et Ghateauvieux — (1).
Le plus acharné des journalistes après la vertu des pauvres filles d'Opéra est ce fameux D&sœuvré du boulevard (2). Mayeur de Saint-Paul, acteur et auteur d'occasion, connaissait assez bien les dessous du théâtre, de là à observer ceux des dames qui fréquentaient les planches, il n'y avait qu'un pas ! Il faut le voir étriller Audinot et sa troupe ; personne ne trouve grâce devant sa verve cinglante : après l'Opéra, c'est le théâtre de la foire, tout le monde reçoit les étrivières.
— La demoiselle Rosalie de l'Opéra, (chœur de
(1) Corr. de Grimm, ouv. cit., t. XIII, p. 95.
(2) Mayeur de Saint- Paul. Le Vol plus haut, ouv. cit., p. 126. Les Tuileries étaient le rendex-vous des filles galantes et des gens
de mœurs équivoques. Cf. le livre si documenté de MM. Funck- Brkntano et Paul d'EsTRÉis. Les Nouvellistes .
chant) élève de Sophie Arnould, Sourques et Raucourt vient d'ouvrir chez elle un cours de B....
Toutes les femmes seront admises à spéculer, les hommes n'entreront qu'en payant.
On voit que Raucourt a fait des élèves et que ces dames des tréteaux et de la parade foraine ne le cèdent point à leurs grandes sœurs. Les tribades sont nombreuses au boulevard du Temple ; Mayeur de Saint-Paul épingle au passage les plus notoires, il ne s'indigne jamais, il constate. Dans son livre, il énumère les plus fameuses et les plus humbles et nous apprend que le rendezvous des lesbiennes du commun et de celles qui donnent dans ce travers est au café d'Alexandre. L'endroit est également le lieu de rencontre des invertis mâles. Jolie société (1) !
Il) Mayeur de Sunt-Paul. Le Vol plus haut, ouv. cit., p. 125
LA VERNEUILLE
Le Boulevard. — Epître a une jolie Lesbienne.
« Celle-ci plus jolie que la Prieure, a trouvé un sot qui lui donne beaucoup d'argent qu'elle partage avec la Prieure pour qu'elle se prête à tous ses désirs. On dit que ces deux tribades ne peuvent plus se quitter. J'ai chez moi des lettres de la Prieure à Verneuille que j'avais envie de publier si je n'eusse craint d'ennuyer le lecteur. Les termes dont elle se sert pour peindre son amour à son amante, sont curieux. Jamais Saint- Preux écrivant à Julie, ne se servit d'expressions plus énergiques et plus brûlantes. Cette fille est d'un tempérament si violent, qu'au défaut de la Prieure la main de Lebain son coiffeur supplée ; il m'a dit qu'en reconnaissance, cette belle lui avait permis de coucher deux fois avec elle. Pendant qu'on imprimait la première édition de cette brochure, j'ai appris que cet Adonis Toupet, plus fortuné, était devenu son amant. » (1)
(1) Mayeurde Saint-Paul. L'Espion du boulevard, ouv. cit. p. 132.
Dans le Désœuvré mis en œuvre de l'acteur Dumont, livre qai est
la réfutation de l'ouvrage de Mayeur, les mœurs de Mlle Verneuille
Le vice des lesbiennes inspira cette pièce de vers dédiée à Raucourt.