‹ La raucourt & ses amiesChapitre 9 sur 52 · SAGES PRECAUTIONS · texte numérisé non relu

SAGES PRECAUTIONS

Les expédients. — Le coiffeur Léonard. — Le

CHEVAL EN PENSION. — Le TAPISSIER DRUENNE.

— Projets de déménagement.

Voyant son amie réduite aux expédients et dans l'impossibilité de faire face aux créanciers, madame Sourques qui était une femme de ressource résolut de prendre en mains la direction des affaires.

Devant le danger immédiat de la banqueroute, il ne fallait songer qu'à gagner du temps ou à sauver du naufrage, ce qu'il était possible de soustraire à la vigilance judiciaire. Elle savait par expérience qu'une fois la justice dans la place rien n'échapperait à l'insatiable avidité des gens de robe.

Parmi les familiers de la maison, figurait un personnage qui plus tard devait acquérir une certaine notoriété : le fameux Léonard Autié, coiffeur de dames, venait tous les jours à domicile édifier le précieux échafaudage qui constituait alors la coiffure féminine. Chaque matin, le perruquier apportait les nouvelles les plus récentes, colpor-

tait les médisances et, entre deux boucles, recevait bien des confidences.

On ne se gênait pas devant Léonard ; c'était du reste l'ami de ces dames ; le coquin se vantait même de certaines bonnes fortunes... l'heure du perruquier sonnait parfois !... c'est possible.

C'est ainsi qu'un joli garçon se faisait une clientèle. Son talent sera vanté en haut lieu et il aura l'insigne honneur d'accommoder l'auguste tête qui gouverne Trianon. Certain matin, pendant la toilette de Mlle Raucourt, on pria Léonard de bien vouloir se charger d'un joli cheval alezan à tous crins pour le vendre, s'il trouvait acquéreur. Le coiffeur accepta et, quand tout Paris apprit l'éclipsé de Melpomène, il avait toujours chez lui rue Neuve- Saint-Etienne, le coursier favori de l'actrice. Les bonnes langues se chargèrent de renseigner les juges, Léonard fut interrogé et invité à rendre la jolie bête.

Voilà vraiment la précaution inutile ; on dirait que les événements conspirent contre les imaginations de Mme Sourqu.es et de Mlle Raucourt î

Résolue à sauver au moins le mobilier de Vaugirard ou plutôt à en tirer la forte1 somme, la rusée Sourques, partit un soir à la recherche d'un industriel sans scrupules, qui consentirait à enlever rapidement tout ce qui garnissait la maison de campagne.

Elle crut trouver l'homme qu'il fallait dans la personne de Philippe Druenne, tapissier, rue de la Poterie (1) ; sans préambules, Sourques lui demanda s'il serait dans l'intention d'acheter des

(1) La rue de la Poterie est devenue la rue du Renard.

Page 1