‹ La raucourt & ses amiesChapitre 8 sur 52 · THÉRÈSE FLEURY · texte numérisé non relu

THÉRÈSE FLEURY

après avoir glané sa moisson journalière. Lefebvre de Beauvray apprendra aux curieux que plusieurs « honnestes dames » sont devenues ses voisines dans la rue qu'il habite : l'ancienne maîtresse du prince de Conti, madame de Brimont qui vit presque cloîtrée au coin de la rue Saint- Sébastien et madame Le Duc de Tourvoie, exmaîtresse du prince de Clermont, ayant pignon sur rue en face le couvent des Dames de Pincourt. Il sait aussi que Mme Fleury demeure non loin de sa maison, et cela excite sa verve au pauvre aveugle dont la gaîté est intarissable ; c'est lui qui possède la vraie philosophie. (1)

La veille de sa fuite, Raucourt a reçu madame Fleury à Vaugirard. Le déjeuner fini, Saint- Amand vient annoncer que le vieux domestique de la Comédie est en bas, porteur d'un ordre du maréchal pour la représentation du soir. Les deux femmes se regardent mystérieuses et souriantes, immédiatement, la conspiration s'élabore avec la complicité des serviteurs.

C'est d'abord Rougeau que Saint-Amand a lesté d'un grand verre de vin et qui revient à Paris avec un billet dans lequel on raconte une histoire d'entorse.

L'entorse bienheureuse n'empêche pas qu'aussitôt après le départ du domestique, on donne

(1) Mémoires d'un bourgeois de Popincourt : Lefebvre de Beauvray, publiés par H. VtAL et G. Capon, Gougy, édit, 1902, p. 38.

Thérèse Fleury, devint aveugle vers la quarante-cinquième année de son âge; dans la période qui s'étend de 1776 à 1786, elle eut encore des aventures galantes avec le sieur Pyron de Chaboulon et un officier des gardes françaises : De Blessac. La chronique veut que ces deux passions lui coûtèrent bsaucoup.

l'ordre d'atteler, puis, la comédie commence. On ramène madame Pleury à Popincourt et c'est une occasion pour laisser chez elle chevaux et voiture. Mlle Raucourt après avoir pris congé de Thérèse, revient dans une voiture de place au faubourg Saint-Denis.

Quelques jours plus tard, Raucourt père accourt chez madame Fleury pour reprendre le carrosse et le cheval laissés par sa fille. Tout ce mondelà, (s'entend, intrigue sournoisement ; chacun s'évertue à sauver quelque chose. Les plus habiles sauront subtiliser devant le nez des magistrats, la part plus ou moins grosse du butin convoité, et parmi ceux-là le père Saucerotte, qui s'y entend, s'emploiera activement et sans vergogne.

Chez madame Fleury on a déjà apporté le grand tableau crui représente Raucourt en pied et l'autre portrait peint sur une toile ovale où elle est vue en négligé du matin. Personne ne verra plus ces deux magnifiques peintures, isou(venir précieux de l'amie momentanément absente, Fleury rendra les cassolettes d'or moulu qui appartenaient au fondeur Besnard, mais elle se gardera bien de parler des deux toiles et peut-être, seulement quand l'orage sera calmé, elle restituera à la tendre chérie ces intimes et superbes témoignages d'admiration.

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