I. — Psychoses hallucinatoires chroniques
M. G.... âgé de 42 ans, employé d'assurances, entre à l’Asile de Villejuif le 18 septembre 1996 ; il a été amené à la Préfecture de police le 17 septembre 1926 et là on a rédigé le certificat suivant (D' de Clérambault): « Psychose ballucinatoire chronique. Automatisme mental très actif. Troubles du caractère peut-être antécédents. Peut-être trauma céphalique à l’origine des deux phénomènes, peutêtre aussi morosité constitutionnelle. Hallucinations psychiques, psycho-motrices et auditives. Echo de la pensée. Rayons X. Sorcellerie. Paranoïa. Jalousie, Ses camarades de. bureau l’espionnent, interceptent ses lettres, récitent le contenu de ses lettres, etc. Sa femme dirige la sorcellerie. Une autre femme (sa mère adoptive) le fait parler et lui suggère des impulsious. Elle lui a fait dire entre ses dents (sic) qu'il lui fallait tuer son enfant. Dissimulation extrème, réactions maladroites. Esprit de récrimination diffus ; a pris en mains la cause des internés de Sainte-Anne. Lettre au Préfet au sujet de leur séquestration. Blessures de guerre multiples avec exostose cranienne, semble-t-il. Début des troubles datant au moins de 1920. Sujet renfermé, à la fois morose et énergique, d’autre part tendant à l'impulsion (phénomènes psychomoteurs, voix impératives). Apte au suicide collectif, aux représailles et aux violences par jalousie. Pouls : 80. Réflexe oculo-cardiaque : 88. Oscillations vaso-motrices intenses. Déjà interné (octobre 1925-avril 1926) ».
A l’Asile de Villejuif, le D° Guiraud note après quinze jours d'observation :
« Psychose hallucinatoire chronique. Nombreuses hallu-
SU
cinations cénesthésiques et auditives. Interprétations délirantes, Thème systématisé de persécution. »
Le malade a déjà été interné à Sainte-Anne en 1925. Il y est resté 7 mois. Sorti non guéri il est parti en Suisse en avril 1926. Là il a été soigné dans une maison de santé. Rentré en France en septembre 1926, il fut interné 3 jours après : ses troubles délirants et hallucinatoires avaient repris de plus belle. Il entendait parler sa femme alors qu’elle ne disait mot, entendait ses collègues l’injurier. Il prétendait qu'on avait installé chez lui un appareil de T. S. K., permettant de savoir à son bureau tout ce qui se passait chez lui... Le délire s'accompagnait d'un tel état d’agitation qu’il fut absolument impossible à sa femme de le garder chez elle et qu'elle dut demander l'internement.
Actuellement, l'aspect du malade s’est peu modifié. Son délire est toujours très actif. Il demande sa sortie avec insistance.
L'examen du liquide céphalo-rachidien pratiqué le 23 novembre 1934 a donné les résultats suivants :
Albumine : 0,30.
Leuco : 2,8.
Bordet-Wassermann et Meinicke : négatifs.
Elixir parégorique : 00.
Benjoin colloïdal : 00000, 02222, 21000.
( Pandy : Æ.
Globulines FER | Weichbrodt : 0.
M. Ch...,49 ans, horloger, entre à l'asile de Villejuif le 12 novembre 1934. Soigné d'abord à l'hôpital Henri-Rousselle le médecin traitant a écrit à son arrivée le certificat suivant : « Etat dépressif avec anxiélé et hallacinations
HSE NU
probables. Depuis quelques semaines, tristesse, craintes multiples après une perte d'argent. On le suit, on va l'arrêler. Croit qu'on l’accuse d’être « de l’Intelligence Service ». On connaît ses pensées. Répond mentalement aux voix qui viennent en échos dans le cerveau, croit qu’il sera tué ce soir. Anxiété. Raptus suicide à craindre. À pensé au cyanure de potassium (qu’il emploie dans son métier). Excès alcooliques avoués (1 à 2 litres de vin) ».
Quelques mois après, à son entrée à Villejuif, le certificat immédiat (D' P. Abély) porte les indications suivantes : « Psychose hallucinatoire chronique. Echo et vol de la pensée. Idées diffuses de persécution. Disparition des phénomênes anxieux du début. Evolution actuelle vers les idées mégalomaniaques et l’affaiblissement intellectuel ».
Le début de la maladie semble avoir été très bref et l'évolution paraît rapide. Les troubles hallucinatoires sont apparus à la suite d’un ictus. L'aspect du malade n'est plus le même qu'à son entrée à l'hôpital Henri- Rousselle. L’anxiété de la période de début, si fréquente dans les psychoses hallucinatoires, a déjà disparu, pour faire place à des idées de grandeur ; il proclame que tout lui appartient (il en profite d’ailleurs pour s’approprier les provisions de ses voisins). Il est « le directeur de l’Intelligence Service international, le Directeur de la Police judiciaire, le.Dictateur mondial universel ».. Le délire s’amplifie et s'organise. Une bande de malfaiteurs le poursuit. Il les entend parler de lui, mais il ne les craint pas. Il est surveillé par la police. Sa femme est hypnotisée par les membres de la police et ne peut réagir. On a abusé d’elle ainsi que de ses fils.
Depuis son entrée dans le service, ne cesse de protester contre son internement et de réclamer sa sortie. Il