‹ La Réaction de Type Méningitique du Benjoin Colloidal dans Certaines Maladies Mentales et Plus Spécialement dans les Psychoses Hallucinatoires ChroniquesChapitre 18 sur 35 · DEN NUS · texte numérisé non relu

DEN NUS

écrit lettres sur lettres aux autorités, à la Société des Nations, au Président de la République...

L'examen du liquide céphalo-rachidien a donné les résultats suivants (juin 1934) :

Albumine : 0,40.

Bordet-Wassermann et Meinicke : négatifs.

Réaction du benjoin colloïdal : 00000, 02222, 22000.

M. F..., 44 ans, manœuvre, entre à Villejuif le 23 mai 1930 avec le certificat suivant de l'hôpital Henri-Rousselle (Dr Courtois) :

« Délire hallucinatoire de persécution. Un homme dont il ignore le nom le poursuit et l’insulte depuis des mois ; il lui dit que sa femme est trop belle pour lui, qu'il la possèdera. Cet homme est au courant de tout ce qui se passe chez lui. Il a sans doute un appareil. Plaintes réitérées aux autorités ; réclame violemment sa sortie pour continuer à se défendre. Excitation psychique. Violences probables à craindre ; désignation de ses persécuteurs (adresse). »

Quelques jours après, à Villejuif, certificat immédiat : « Psychose hallucinatoire chronique sur fond de débilité mentale. Inquiétude, jalousie, hallucinations auditives et cénésthésiques depuis une dizaine de mois. Systématisalion du délire de persécution, désignation nominale des persécuteurs. Fièvre légère, agitation violente au début. »

Les troubles hallucinatoires sont {rès riches et variés chez ce malade : les persécuteurs n’arrêtent pas de causer, ici même on le traite de voleur, de menteur. Ils sont là-haut ; parfois il les entend très fort, parfois ils parlent à voix basse. Ils parlent par sa bouche. Ils ont des appa-

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reils qui enregistrent leur voix. Ils viennent avec ces appareils « causer dans sa voix ». On lui envoie des odeurs de cabinets, des goûts de crachats dans la bouche. La nuit ils lui montrent des visions. Ce sont des projections en noir sur les draps blancs. Maintenant, des voix protectrices sont apparues qui commencent à « le connaître et à le soutenir ».

Depuis quelque temps, idées de grandeur : ils ont dit qu’il devait monter très haut: « diplomate, général ou commandant pour arriver à se débarrasser de lui, pour avoir son nom qui, paraît-il, est noble ».

Dans le service le malade est calme. Mais il ne rectifie pas son délire. Il veut bien oublier les griefs qu'il a contre ses persécuteurs, mais proteste de leur exactitude.

Pas de signes neurologiques.

Examen du liquide céphalo-rachidien (23 novembre 1934) :

Albumine : 0,50.

{ Pandy : Æ.

| Weichbrodt : 0.

Leuco : 0,2.

B.-W. et Meinicke : négatifs.

Benjoin colloïdal : 00000, 02222, 21000.

Globulines

M. C:.., 43 ans, employé de banque, est entré à l’Asile de Villejuif, le 29 décembre 1934. Le début des troubles psychiques remonte au mois de juin 1934. Une nuit il est éveillé par des voix qui parlent et lui adressent des reproches et des insultes. Il a été très surpris : « cela m'a figé », dit-il. On l’a transporté à la Pitié, puis à Cochin. Là les voix n'ont pas arrêté pendant lrois jours. Ce sont ses collègues de bureau qui lui parlaient,

Sa AU

mais mieux qu'au naturel. On aurait dit que leur voix était enregistrée sur un disque. Après quelques jours, tout se calme et il part en vacances.

A son retour, les hallucinations reprennent, nombreuses et variées, réalisant toutes les manifestations de l’automatisme mental. Les voix l’injurient, l’insultent. Il entend crier sa sœur enlevée par un bandit. On lui fait revivre des épisodes de sa vie passée (« déroulement de la pensée », dit-il lui-même). Vol et écho de la pensée. « On lui arrache sa pensée, tout ce qu’il pense est connu et répété ». Des troubles cénesthésiques apparaissent qui lui rendent la vie pénible : on lui envoie des « décharges électriques sur le crâne », « des coups de fly-tox » ; « on le désarticule s. Hallucinations visuelles même : « Coups de lumière, projections d'images »... Le malade désigne ses persécuteurs : c’est une véritable cabale qui est montée contre lui par ses camarades de bureau. Les voisins, sa concierge se mettent de la partie. On veut même le mêler à des affaires d’espionnage. Il a porté plainte à ce sujet au gouvernement militaire de Paris et au Procureur de la République. Le malade attribue les phénomènes dont il est victime à des « systèmes d'ondes » mis en œuvre par ses persécuteurs. On essaie sur lui des appareils médicaux. La police y participe peut-être. Il est d’ailleurs « très réceptif car très nerveux ».

Interné à Saint-Maurice en octobre 1934, il parvient à s’en évader au bout de quelques semaines. Mais il ne reste pas longtemps au dehors. Les troubles délirants et hallucinatoires étant toujours aussi actifs, il est bientôt envoyé à l’Infirmerie spéciale de la Préfecture de Police, puis à Sainte-Anne et de là à Villejuif. A son entrée le Dr P. Abely rédige le certificat suivant :

« Psychose hallucinatoire chronique évoluant depuis

plusieurs années. Idées très actives de persécution. Syn-

TEE

drome de Clérambault. Echo et vol de la pensée. Sentiment d'influence. Essai d'interprétation de ces phénomènes. Otite adhésive gauche avec sclérose du tympan. »

À l'asile, il écrit de nombreuses lettres dans lesquelles il se complait à exposer en un style recherché, mais un peu prétentieux, les machinations et les procédés occultes dont il est victime. En voici un exemple : lettre à son frère, datée du 5 janvier 1938 :

« Depuis 7 mois, et surtout depuis que je suis ici, ma volonté est constamment paralysée par des appareils infects, lesquels travaillent avec des personnes dont le cerveau sert d'appareil récepteur en émettant, ou différemment comme il est fait usage dans les grands cirques, qui parlent constamment et font apparaître même des images. [l est vrai qu'il faut une préparation spéciale et des préparatifs de longue date — droguage intensif, tant en dehors qu’à l’intérieur des asiles. J’ai passé.

J'ai l'impression qu'il s’agit d'appareils genre T, S. K. à ondes courtes dirigées.

La plupart de ces conversations ont trait au comptoir national d’escompte...

Il est également question de l’activité d’un parti politi-

que avancé, et de l’activité également d’un groupe s’occu-

pant plus particulièrement d'espionnage, véritable Maffia travaillant sans contact apparent, mais dont les comparses sont généralement des hommes que l’on fait ensuite admettre dans les asiles où ils sont l’objet d’un point de repère pour les dits appareils, à l'insu, je présume, des dits asiles.

L'armée et la préfecture de police paraissent bien souvent s’y intéresser en se mêlant à ces conversations de médiums ou magie noire... »

Dans ses antécédents à noter une otite adhésive gauche avec sclérose du tympan.

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