‹ La Réaction de Type Méningitique du Benjoin Colloidal dans Certaines Maladies Mentales et Plus Spécialement dans les Psychoses Hallucinatoires ChroniquesChapitre 34 sur 35 · POS · texte numérisé non relu

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chroniques. Ce malade est entré à l’Asile de Villejuif en 1932 avec le diagnostic de : « psychose hallucinatoire chronique ». Dans le certificat immédiat, le médecin traitant (D' Guiraud) n’ayant pas encore pratiqué l'examen du liquide céphalo-rachidien et n'osant sans doute pas affirmer d'emblée la paralysie générale fait le diagnostic de : « Syndrome hallucinatoire chronique probablement par syphilis encéphalique. » A la quinzaine il précise la méningo-encéphalite diffuse, car l'examen du liquide céphalo-rachidien a donné les résultats suivants :

Réaction de Bordet-Wassermann : positive.

Réaction du benjoin colloïdal : 12221, 929999, 10000. |

Les réactions humorales étaient également positives dans le sang. Ce malade a été impaludé et soumis à un traitement chimique. Aujourd’hui dans les lettres qu’il écrit, apparemment très sensées et cohérentes, bien calligraphiées, il se présente comme un délirant halluciné typique. A la date du 6 février 1934 son benjoin est devenu : 00000, 02522, 10000.

Dans l’observation suivante (n° 22) on constate que l’état mental de B... s’est modifié en même temps que le syndrome humoral. Ce malade est entré il y a 4 ans à l’Asile de Villejuif avec le syndrome mental et humoral classique de la paralysie générale. Après impaludation et chimiothérapie, il est devenu halluciné, manifeste des idées de transformation corpo— relle, devient maniéré, hostile. L'absence de signes neurologiques fait qu’il serait aujourd’hui très difficile

J. Royer 7

de faire le diagnostic de paralysie générale sans connaître les commémoratifs. Un examen récent du liquide céphalo-rachidien a donné la formule suivante pour la réaction du benjoin : 00000, 02222, 10000 (la réaction de Bordet-Wassermann est négative).

Mme J.... est entrée à Maison-Blanche en 1930. Le traitement (impaludation et chimiothérapie) est resté sans succès. Pendant longtemps la malade a présenté des troubles psycho-sensoriels qu’il n’est actuellement plus possible de retrouver par suite de limportance de l’affaiblissement intellectuel. En 1930, dans le liquide céphalo rachidien de la malade, la réaction du benjoin avait la formule suivante : 02210, 22229, 22000 (Réactions de Bordet-Wassermann et de Meinicke positives). Le 18 janvier 1933, on ne trouvait plus qu'une réaction de type méningitique : 00000, 12222, 21000. Enfin, le 9 août 1933, un nouvel examen affirmait la persistance de la réaction méningée : 00000, 22222, 20000 (Réactions de Bordet-Wassermann et Meinicke négatives).

Nous avons jugé intéressant de relever l’analogie qui existe entre le syndrome humoral de certaines psychoses hallucinatoires et celui que l'on rencontre parfois dans les paralysies générales prolongées. Dans ces cas de paralysie générale particulière, la précipitation du benjoin dans la zone syphilitique ayant complètement disparu, elle est remplacée par une réaction de type méningitique. Celle-ci paraît être le témoin des

lésions méningées définitives que laisse, même après

LRO

son extinction, l'infection syphilitique du névraxe. Mais elle est dépourvue de spécificité ; elle décèle de la même façon les lésions produites par une atteinte toxi-infectieuse quelconque du système nerveux.

Le type méningitique de la réaction du benjoin n’est en effet nullement spécifique. On l’observe dans de nombreuses maladies mentales et dans les syndromes toxi-infectieux qui ont lésé plus ou moins profondément le névraxe. Elle semble être le témoin fidèle et sensible d’une réaction méningée parfois inappréciable à l’examen clinique. Elle n’est donc pas dépourvue d'utilité ; et, en particulier dans les maladies mentales, elle permet souvent de mettre en évidence une réaction méningée et même peut-être cérébroméningée qui, sans l'examen du liquide céphalorachidien, passerait inaperçue. Nous avons montré que, dans la psychose hallucinatoire chronique, cette réaction méningée existait dans plus d’un tiers des cas. Beaucoup d’auteurs font encore de ce syndrome une maladie constituticnnelle. Pourtant, nombreux sont les cas de psychoses de ce type, où la base organique n’est pas douteuse : les psychoses hallucinatoires consécutives à l’encéphalite épidémique, à des méningites infectieuses, sont bien connues. A. Courtois avec P. Schiff, et Trelles en ont publié plusieurs cas. Le rôle de l’alcool est, pour beaucoup d’auteurs, d’une importance primordiale dans la genèse des délires hallucinatoires chroniques. La syphilis torpide est peut-être capable aussi de produire des psychoses de type voisin. C’est ainsi que, pour Mlle C. Pascal,

pour Hamel, un grand nombre de délires hallucinatoires relèvent d’une étiologie syphilitique. D'autre part, certaines paralysies générales peuvent être modifiées par la malaria et la chimiothérapie, au point de ressembler à des formes de psychose hallu-— cinatoire. Leroy et Médakovitch, Vermeylen en citent de nombreux exemples. Dans tous ces cas, l’origine organique est indiscutable. Il serait bien tentant d'admettre dans les autres cas, où l’on cherche vainement une étiologie, l’existence d’un facteur organique indéterminé, toxique ou infectieux. La précipitation du benjoin dans la zone méningitique en l’absence de tout signe méningé clinique ,vient apporter un argument en faveur de cette hypothèse, sans cependant fournir aucun indice sur la nature de la réaction dont elle est le témoin.

Notre but n’était pas de préciser l’étiologie exacte ou la plus fréquente de la psychose hallucinatoire chronique. Nos résultats ne nous le permettent pas, mais ils nous autorisent à constater la proportion importante des cas où une réaction méningée particulière accompagne les symptômes psychiques.

Notre jeune expérience psychiâtrique nous interdit toute conclusion trop affirmative.

Mais nous serions satisfait si ce modeste travail apportait une contribution utile à l'étude de l’étiologie organique des psychoses hallucinatoires chroniques.

Conclusions

De cette discussion et de notre étude bibliographique nous avons dégagé les conclusions suivantes :

1° L'extension de la précipitation du benjoin colloïdal dans les tubes situés à droite de la zone médiane, précipitation dite de type méningitique, constitue un € symptôme humoral » que l’on rencontre souvent dans les maladies mentales. Mais les modalités de cette formule particulière de la réaction du benjoin sont variables suivant l'affection consi-

dérée.

2° Cette réaction de type méningitique est fréquente dans les syndromes mentaux relevant d’une étiologie organique certaine et au début de certaines affections psychiques d’origine toxi-infectieuse. Elle est habi-

tuellement dans ces cas précoce et fugace.

3° Nous l’avons retrouvée également dans le liquide céphalo-rachidien des malades atteints de psychose hallucinatoire chronique dans un peu plus d’un tiers

des cas. Elle se montre au contraire chez ces malades

tardive et tenace,

4° Dans les mêmes conditions, on observe parfois aussi la précipitation méningitique du benjoin dans certaines formes de paralysie générale (formes transformées par le traitement, délirantes, hallucinatoires, paranoïdes ou anormalement prolongées).

L’analogie nous paraît intéressante à signaler.

5° Ce symptôme humoral est l'indice d’une réaction méningée qui ne se manifeste parfois par aucun signe clinique.

Sa fréquence dans les psychoses hallucinatoires nous incline à envisager l'origine organique de cette maladie mentale. Elle montre l’existence, dans de nombreux cas de ces psychoses, d’une réaction méningée particulière, sans cependant nous autoriser

à en préciser la nature.

Vu : le Président de la thèse,

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