‹ La Rébellion de 1837 à Saint-Eustache avec un exposé préliminaire de la situation politique du Bas-Canada, depuis la cessionChapitre 17 sur 90 · DÉCLARATION DE PAUL BOILEAU · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE PAUL BOILEAU

Je, soussigné, déclare qu'en 1837 j'étais partisan de Girod, du Dr. Chénier et autres chefs qui conseillaient au peuple de prendre les armes pour revendiquer ses droits. Quoique ne possédant pas d'instruction, j'avais néan* moins assez d'intelligence pour me faire le raisonnement que puisque nos chefs étaient instruits, ils devaient avoir autant de sentiments patriotiques que j'en nourrissais moi-même et qu'ils n'oseraient jamais nous donner un mauvais avis. Aussi je fus dans le temps un des admirateurs de Girod, du Dr. Chénier, des autres chefs et je me laissai enrôler dans le camp de l'insurrection dont le siège principal se trouvait au village de St-Eustache.

J'ai assisté à presque toutes les assemblées, particulièrement à celle qui eut lieu un mois à peu près avant la bataille de St-Eustache, assemblée o\i M. Eugène Globensky nous conseilla : " de mettre bas les armes, d'ar dopter des moyens constitutionnels et pacifiques pour obtenir le redressement des torts que nos chefs nous signalaient ; que ceux qui nous avisaient de recourir aux armes pour avoir un gouvernement responsable ou des réformes, étaient aveuglés par l'esprit de parti et qu'ils seraient la cause de bien des malheurs ; qu'enfin, nous n'étions nullement préparés à combattre les autorités niî-

et que si nous persistions dans cette voie, nous ns les tristes Tictimes de cette rébellion plus que ^"^fenaturéc."

En retour des sages conseils qui nous furent donna

M. Eug^e Globensky dans cette circonstance, M.

H. Scott intervint et dans un discours violent il

ta la populace contre M. Globensky, qui faillit être

Hélas ! si en 1837, nous n'avions pas prêté Toreille discours de nos chefs, nous n'aurions pas, aujourd'hui, à déplorer le sort de tant de pauvres victimes im- 'moles bien inutilement

M. W. H. Scott et M. Emery Féré ayant plus tard envisagé avec plus de sang-froid le guêpier dans lequel ils nous faisaient tomber, nous conseillèrent de mettre bas les armes et de nous retirer paisiblement dans nos demeures. Ces conseils prudents, quoique donnés un peu tard, impressionnèrent fortement les personnes qui composaient notre camp, et ils auraient été suivis si Girod et le Dr. Chénier n'étaient pas intervenus pour taxer ces messieurs de lâches^ de traîtres et qu'ils méritaient d'être pendus. Preuve que ces menaces n'étaient pas feintes, c'est que M. Scott fut obligé de se cacher et de se sauver à Ste -Thérèse, chez son frère Neil ; quant à M. Féré et quoiqu'il se cachât, il fut trouvé et incarcéré par les patriotes. (*) J'aurais bien voulu moi-même m'éloigner du parti de la

(■>) On doooait alors le oom dt patriotes à ceux qui s'étaient révoltés.

révolte, car j'entirevoyak ce qui allait nous arriver et je tentai à plusieurs reprises de m'évader ; mais des piqueta (sentinelles) fcMinés de j^usieurs personnes arm<5es ceinturaient le village et le gardaient pour arrêter les déserteurs et ils menaçaient de nous tuer si noos tentions de fuir et de laisser le camp.

Voyant qu'il fallait me résigner, je me rendis à la porte de l'église, oh Girod et le Dr. Chénier forçaient les gens à se mettre en défense, vu que les troupes anglaises avaient été signalées et qu'elles arrivaient sur le village de St-Eustacbe.

C'est dans ce moment qu'il y eut des scènes fort pénibles et que je ne raconterai point, particulièrement lorsque nos chefs nous contraignaient à nous retrancher et à nous barricader, tant dans Téglise que dans d'autres demeures^ Le brave Girod battait les gens à coups du plat de son sabre pour les faire entrer dans l'église et quand il vint à moi pour m'y obliger, je lui dis que j'avais résolu de combattre dehors et que je le tuerais comme un chien s'il persistait à m'y faire entrer ; aussi, voyant qu'il me menaçait du plat de son sabre, je le couchai immédiatement en joue et je lui aurais brdlé la cervelle s'il ne se fût éloigné précipitamm^it et cela pour se sauver et déserter le camp» comme il le fit quelques instants après, c'est-à-dire avant la bataille.

J'étais du côté ouest de l'église lorsque les troupes commencèrent à la bombarder, et voyant que la mitraille volait sur le portail ainsi que sur la couverture, je vis que notre défense était folle, puérile, et je me sauvai sur la

Llace iK>iir échapper au massacre qui attendait tant de vres compatriotes.

Si j'étais appelé, aujourd'hui, à donner mon opinion les troubles de 1837, je répondrais à l'instant que si de ^tek événements devaient se renouveler, je ne consentirais jamais à y prendre part

En foi de quoi, j'ai signé la présente déclaration, en iSusant ma marque, en présence du Docteur Victor Perrault, ce vingt-quatrième jour du mois de mars mil huit cent soizante-dix-sept

Paul x Boileau.

marque

Dr. V. Perrault } témoin.

La déclaration qui fait suite à celle de M. Paul Boileau, a été donnée par M. Luc Girouard, ancien marguiller et cultivateur intelligent, fortuné et qui jouit de la plus haute réputation de respectabilité parmi ses concitoyens. En x8i2, il a combattu les Américains à Lacolle, el en récompense de sa bravoure et des services qu'il a rendus au pays, le gouvernement lui paye actuellement une rente annuelle.

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