‹ La Rébellion de 1837 à Saint-Eustache avec un exposé préliminaire de la situation politique du Bas-Canada, depuis la cessionChapitre 21 sur 90 · DÉCLARATION DE EUSTACHE JANVRIL DIT BELAIR · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE EUSTACHE JANVRIL DIT BELAIR

Je, soussigné, Eustache Janvril dit Belair, déclare que lorsque la rébellion a été fomentée et organisée dans St- Eustache, c'est-à-dire en 1837, j'y étais opposé et je figurais parmi les loyaux. Malgré les instances réitérées qui me furent faites par les agents des chefs révolutionnaires afin de m'y entraîner, je refusai énergiquement d'en faire partie et je refusai de la même manière de livrer mes armes que l'on avait essayé à m'enlever par la violence.

Ce double refus de me joindre à la révolte et de livrer mes armes m'attira des menaces telles que je décidai de m'aller cacher dans un bois appartenant à M. Féré et ci je passai huit jours avec d'autres loyaux : entre autres, avec mon frère Charles Janvril dit Belair, François Dumoulin, Joseph Gauthier, Jean-Baptiste Paquin, Edouard Landry et quelques autres, qui tous étaient propriétaires dans le rang du Lac et qui comme moi étaient persécutés.

Comme nous avions à endurer le froid et toutes espèces de privations, particulièrement la nuit, dans ce l)ois ob nous étions cachés, nous décidâmes de ne pas nous 7 laisser mourir et nous primes le chemin de nos demeures. Après mille et mille misères, pour ne pas être découverts par les rebelles, nous eûmes le bonheur d'y arriver, et nous nous séparâmes aussitôt de nos femmes et de nos enfants qui étaient plongés dans la consternation et l'épouvante, pour fuir de nouveau et aller nous réfugier dans la paroisse de Ste-Geneviève, où nous demeiuâmes jusqu'après le feu ou la bataille du 14 de décembre 1837.

Si j'avais pu me joindre à la compagnie des volontaires du capitaine Globensky, qui était formée dans le but de protéger la population paisible et loyale de St-Eustache, je m'y serais enrôlé, mais des circonstances incontrôla» blés m'en empêchèrent.

Je déclare de plus que je n'ai jamais entendu dire que le Dr. Chénier aurait combattu les troupes à sa sortie de l'élise.

En foi de quoi, j'ai signé la présente déclaration, en faisant ma marque, en la présence de M. le Dr. V. Perrault et de M. K A. de Beliefeuille, ce dixième jour du mois de décembre mil huit cent soixantenlix-sept.

sa

EUSTACHE X JaNVRIL DIT BeLAIIL

marque

Dr- V. Perrault 1 f^,„^:„o

E. A. DE Bellefeuille j ^^^^^^

— iso- La dëdaiation qui suit, qui conoboie Ift prëcédentf^ a été aussi donnée par un cultiTateur fort Itspectable.

DÉCLARATION DE FRANÇOIS DUllOtLIN.

Je, soussigné, après avoir écouté la lecture d'une dé» claratîon portant la date du dix décembre 1877, et donnée par Eustache Janvrii dit Belair, dans laquelhr mon nom est cité et dans laquelle il dit que je me sub réfugié et caché avec lui dans le bois de M. Féré, loM de la persécution exercée par les rebelles contre nous en 1837, déclare que la dite déclaration est fidèle et cor» recte dans toute sa forme et teneur.

En foi de quoi, j'ai certifié la présente affirmation, en faisant ma marque, en la présence de £. A. de Bellefeuille, écr., et de V. Perrault, écr., M. D., ce dixième Jour du mois de décembre mil huit cent soixante-dîx>

sept

sa

FllANÇOIS X DuilOtJLIN.

marque

E. A. DE BellEfeuille ) ^^^. .

Dr. V. Perrault } *^"^"^-

Enfin, quelle conclusion raisonnée doit-on tiier dit journal historique comme des mémoiies autographes dfr feu Messire Paquin et des déclarations qui lui font sultei que je viens de citer et d'insérer dans mon ouvrage ?

lo C'est que l'avis donné par M. W. H. Scott, M. Ei Féré, Messires Paquin, Desèves, Turcotte, et toin les loyaux prudents et paisibles, de mettre bas les arnsesi

dA ttiie respecté et suhri ; car œs saget cooseilkr»

'Xnûent tcNii que les patriotes seraient massacrés s^ils

it dans leur rébellion ;

s® C'est que les chefii entêtés et imprudents ont miii*

^^^ de tact, de savoir, de prudence et dliumanité, en

l>«oroquaiitet en encourageant les habitants à serébdler

^stk s^atmer ;

3» Ceslqoe ces mêmes chefr devaient être remués et

Qioidés par des sentioMnts inexplicables ou plutôt poussés

fêi foigueil seul de commander leurs compatriotes» ou

par Fambitioa d'arrlter à un poste important dans le cas

oh l'insurrection aurait été victorieuse, pour exposer eC

tromper leurs frkres comme ib l'ont &it De pkis,

peavent'ils être excusables d'avoir laissé vivre les insurgés

dans l'oisiveté et les plaisirs, au lieu de leur enseigner

les exercices et les évolutions militaires ?

Les Canadiens ont prouvé lors de la conquête^ pois

^ 17759 '77^ ^ d® i^A^ ^ 1^15» Que lonqu'ils étaient bien disciplinés, que quand on les avait initiés au manie* ment d«B armes ou à l'art militaire et que lorsqu'ils avaient à leur tête de bons généraux, ils étaient braves et d'excellents soldats. Personne ne peut en douter, et sî M* l'abbé Paquîn parle avec un peu de sarcasme de Fat» titode et de la iuite d'un certain nombre d'insurgés avant la bataille, ce n'est pas par mépris» mais plutôt pour fûre voir que les chefs voulaient les faire combattre malgré eux et contre leur opinion. £nin, s'il y a du ridicule dans ce que lii. Faquin a cru devoir relater, il ne doit être appliqué qu'aux chefs.

4^ Cest que la nouvelle apportée le 3 de décembre par M. Turcotte, curé de Ste-Rose : que les rebeUes avaient été massacrés et dispersés dans le sud, aurait dû anéantir pour toujours l'entêtement inexcusable du Dr. Chénier ;

50 C'est que lorsque MM. W. H. Scott, Neil Scott, Emery Féré et Messire Paquin se joignirent à IL Turcotte pour engager le Dr. Chénier de renoncer à ses desseins dangereux et de ne pas être la cause des malheurs qui allaient fondre sur St-£ustache, il aurait dû se rendre immédiatement à des sollicitations aussi prear santés qu'éclairées.

Il prétendit alors que les nouvelles apportées par M. Turcotte étaient fausses et que les patriotes étaient vainqueurs dans le sud.

Mais depuis le 3 de décembre, jour oh cette nouvelle fut transmise par M. Turcotte, jusqu'au 14 de décembre, date oh la bataille de St^Eustache eut lieu, est-il crojrable que le Dr. Chénier pouvait encore ignorer l'état et le résultat probable de Umsurrection ? Non, et s'il n'eût pas été aussi exalté, il n'eût jamais persisté dans sa cri* minelle folie.

60 Mais le Dr. Chénier qui s'était constitué le commandant d'une armée, devait être assez sage pour avoir établi des rapports ou des correspondances avec ses amis du sud, et il ne pouvait ignorer que les rebelles avaient été vaincus à St-Denis et à St-Charles ; enfin que sur toute la ligne du côté sud du St-Laurent ils avaient été dispersés ;

7^ La danîère bataille entre les troupes et les insur-

és ayant été livrée le 25 de novembre à St-Charles,

où l'insurrection avait été complètement étouffée

^lans le sud, comment se fait-il que le Dr. Chénier s'opi-

Tiiatrait encore et n'engageait pas les insurgés de St-Eus-

tache à mettre bas les armes ?

80 Le Dr. Chénier ne savait-il pas qu'après la bataille de St-Charles, le district de Montréal et le comté des Deux-Montagnes avaient été mis sous la loi martiale ? Ne savait-il pas aussi que le peuple s'assemblait alors dans les villes et les campagnes pour protester contre la rébellion ? Ne savait-il pas que les chefs, M. Papineau et le Dr. Û'Callaghan, étaient opposés à la prise des armes ? Au moins, c'est le Dr. O'Callaghan qui l'affirme dans sa lettre adressée à M. Gameau. Cependant, il ne voulait pas lâcher pied.

90 Cette folle obstination de vouloir, seul, tenir en échec avec quelques centaines d'hommes mal arm^ et mal disciplinés une armée régulière, peut-elle être excusée ? Non, et on a beau dire, le Dr. Chénier ne pouvait ignorer la déroute complète de ses partisans dans le sud ; néanmoins, il continua à maintenir son camp ou sa faible armée en effervescence et dont la plupart par la force et les menaces. Enfin vingt et-un jours après la bataille de St-Denis, et dix-neuf grands jours et dix-neuf grandes nuits après la défaite de St-Charles, et dans un temps oli le pays protestait contre la révolte, il osa faire massacrer ses malheureux compatriotes à St-Eustache !

lo^* Est-ce parce que sa tête étant mise à prix, il

croyait la sauver en se faisant entourer par quelques centaines d'hommes ? Enfin devait-il agir comme 3 Fa fiût et ne savait-41 pas qu'il conduisait inhumainement ces malheureux à la boucherie ?

Comment! les troupes anglaises se concentraient depuis quelques jours sur St-Martin, village éloigné d'im peu plus de deux lieues de St-£ustache, et les chefe des insurgés ne le saluaient point ou ne s'en occnpaî^it point, et ils laissaient les patriotes se divertir en attendant la mort ! Est<e le fait du patriotisme et de la sdenœ d^im général ou d'un ami ? Non, mille fois non.

M. Carrier, à la page 90 de son ouvrage historique de 1837, dit: •'Arrivé à quelque distance du village St- ^* Eustache, Sir John Colbome fit informer les lebelks " qu'ils auraient la vie sauve s'ils se rendaient et s'ils " livraient leurs chefs. La réponse qu'il reçut lut des " coups de fusil qui furent tirés de l'église, avant qu'au- •' cune position ne fut prise par les troupes. Alors le " général déploya ses forces pour cerner le village et •' commencer l'attaque." Cet extrait est certifié par les déclarations que le lecteur lira plus loia

Cette hostilité tenait de la démence, et le Dr. Çbénier ne devait pas croire à l'arrivée des troupe^ car il eut pu tout sauver s'il l'eût voulu et s'il eût été miens renseigné. Je dis le Dr. Chénier, parce qu'il était alois le seul commandant, le brave général Girod ayant cru prudent de prendre la fuite avant la bataille^ c'estJHlize quand il vit que l'armée anglaise approchait du village-

Wbisqae le Dr. Ghénier restait seul ttec 250 à 300 instn^

^^gés mal armés, pouvai^îl ▼éiitablement prétendre de

pouvoir résister devant «ne armée régulière composée

de 2yOoa hommes ? Mais enfiii, croyai^iI à une paîssanoë

occulte on à une puissance de l'autre monde f

L'admirateur de l'inconnu, des l^endes se recrtAè pfftioilièrement parmi une certaine classe de la jeuie gâiératioB, qui est très avide du sumatnrel ; aussi, cet «dmiraCeur du prodigieux aime parfoii à donner à cer* tains laits plus d'importance qu'ils n'en ont en réalité, et il fera d'un mythe une montagne. L'on dira : le Dn Chéaier n'a pas voalu se rendre et il est mort en brave ! Je ne contesterai point cette assertion, quoiqu'il Boit permis de croire que le Dr. Chénier ne croyait point à l'approche de l'armée ennemie; mais en donnant même le bénéfice du doute, l'on voudra bien «ae permettre d'exposer le principe, que puisqu'il n'est pas permis à un homme de s'ôCer la rie, il lui est encore iBoins permis par un attachement opiniâtre à une folle césolution, de jouer avec la vie de ses compatriotes ou d'immoler ses frères à son orgueil Les héros, les braves, sont des hommes qui se distinguent par le jugement, par la grandeur d'âme, par d'éclatantes actions ; spécialement par des exploits guerriers, par des victoires et qui marchent vaillamment devant la mort pour détruire une redoute, une embuscade, afin de sauver une armée ou ceux que l'on a sous sa garde.

Le Dr. Chénier pouvait être rangé parmi ces hommes délite s'il l'eût voulu, car son devoir était facile et il lui

était tout tracé. Lorsqu'il se vit en face d'une armée régulière à laquelle il ne pouvait r&ister, il devait à rinstant hisser un drapeau blanc et courir devant les troupes, pour se constituer prisonnier et sauver les insurgés. Cet acte eût été celui d'un brave, d'un véritable héros et sa mémoire eût passée à la postérité ; mais non, et comme on me l'a fait observer bien des fois, le Dr. Chénier savait ou supposait qu'uhe fois fait prisonnier» il serait condamné à monter sur Téchafaud, et dans un moment de doute, de veitige, il préféra sacrifier ses compatriotes et mourir au milieu d'eux.

D'autres disent que s'étant réfugié dans l'église aussitôt que l'alarme fut donnée, il y fît clouer et barricader les portes, et qu'aussitôt après, il fît monter ses compagnons d'armes, bon gré mal gré, dans les jubés dont les escaliers furent coupés, et que ce n'est qu'après cela qu'il put voir l'armée anglaise s'avançant ; mais qu'il était trop tard alors pour se rendre, puisqu'il s'était luimême emprisonné fâcheusement, et que le sort voulait qu'il périt dans cette triste position.

En s'enfermant ainsi, croyait-il réellement alors à l'arrivée de l'ennemi ? Voilà ce que je ne sais pas. Enfin, je ne puis pas non plus attester la vérité de l'opinion plus haut relatée, et je crois que la situation périlleuse oli il se trouvait confiné, lui avait fait perdre totalement la tête. Ou bien, comme le dit M. l'abbé Faquin, croyait-il, lui aussi, comme les insurgés, n'avoir à combattre que la cavalerie qui venait d'apparaître en face du village, ne voyant point l'infanterie qui venait

jpu UDC autre direction ? Voilà eocore ce que je n'ose firédser, quoique la supposition soit bien probable. Enfin, cioyait-it n'avoir ^ combattre que la compagnie de volontaires qui venait d'apparaître sur le côté opposa de la grande rivifere ? Personne ne le sait positivement ; mais il est assez iacile de le conjecturer.

Malheureusement, et quoique je ne doute point de rhoonéteté et du patriotisme particulier du Dr. Chémer, je dois dire que si sa mémoire a été proclamée bien haut par certains écrivains, elle a néanmoins beaucoup perdu dans l'opinion de ses anciens partisans de St-Eustache, et il a'y aurait qu'à consulter ceux qui survivent et qui se rappellent 1837 pour s'en donner la preuve. Les d<klarations qui précèdent et celles qui vont Suivre donneront une idée juste de l'appréciation que font aujourd'hui les anciens patriotes ou les compagnons d'armes des chefs, sur les troubles de 1837.

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