DÉCLARATION DE MESSIRE L. J. GUVON
Je, soussigné, certifie que ayant eu beaucoup de rapports avec M. Joseph Robillard, ancien citoyen de ma paroisse et qui jouissait à juste titre de la ]^lus haute considération dans ma paroisse, j'ai eu loccasion de parler avec lui et très souvent des malheureux événements de 1837 ; puis de la bataille de St Ëustache à lacjuelle il a pris part et de sa fuite de Tégli-e.
Après avoir lu bien attentivement la déclaration donnée en ma i)résence par P'rançoîs Cabana, en date du 30 mars 1877, je dois certifier qu'elle concorde absolument avec le récit qui m'a été fait par feu Joseph Robillard sur sa fuite de l'église avec le Dr Chénier, c'est-à-dire
c:|ue la narration faite par le dit François Cabana touchant
paroles^ la peur et la fuite du Dr Chénier, est d'une
titude scrupuleuse. Mais je dois faire remarquer
<|ue conintie M. Robillard avait pris une autre direction
pour s'enfuir, il n'a pu être témoin de la mort du Dr
Chénier.
Je dois ajouter de plus que le dit Joseph Robillard, en me donnant des détails émouvants de sa fuite sur la glace, m'a formellement dit : ** Mon passage sur la glace " vis-à-TO l'église a été miraculeux ou plutôt dû à la " bonté du capitaine Globensky. Il me sembla alors " que ce dernier avait donné l'ordre à ses volontaires de " tirer au-dessus de ma tête, afin de me presser de fuir ** avec plus de ce ériié, ce que je fis \ car sans cela et '* comme je pissais à vingt pas de sa compagnie, elle " aurait pu facilement me fusiller si elle l'eût voulu.' Enfin il aimait à me dire (jue sa persuasion avait toujours été que M. Globensky avait voulu l'épargner et que si ces ordres n'eussent pas été donnés,, il eut été certainement tué.
Je déclare aus^i que pas un citoyen de ma i>aroisse ou de m )n village n'a [larlé en mal du capitaine Glc- Uensky pour la part qu'il a prise aux troubles de 1837 ; au contraire, et moi comme mes paroi-siens, nous n'avons toujours eu à décerner (jue des louanges à ce vieux militaire, à ce vieux type de gentilhommerie pour les services qu'il a rendus aux malheureux insurgés du 14 décembre 1837, et pour avoir toujours été fidèle à son
roi et à sa religion.
Je déclare en sus que le souvenir dei événement arrivés à St-Eustache en 1837, n'est pas en très haut estime parmi les révoltés de cette époque ; car je n' connais i)as un seul qui ne déplore point la rébellion ne condamne point ceux qui ont proroqué les désastres» navrants dont le village de St-Eustache a été le théâtre.
En foi de quoi, j'ai signé la présente déclaration, au presbytère de St-Eu> tache, ce deuxième jour du mois de décembre mil huit cent soixante-et-dix-sept.
L, I. GuYON, Ptre.
CONCLUSION
Faudrait-il, après toutes les déclarations que Ton vient de lire et qui prouvent on ne peut plus en faveur de mon i)ère, signaler la querelle ou l'altercation fort vive qui s'engagea entre lui et le colonel *. N'est-ce pas ce même colonel (lui, à la vue des vaincus qui se jetaient aux pieds de mon père pour lui demander protection» s'écria devant les soldats anglais que le capitaine (îlobensky était un damned rebel 1 mais ce colonel aidant été blessé prescpi'au moment nrème où il piononçait ces paroles, mon père lui répandit qu'il avait reçu ce qu'il méritait.
Faudrait-il relater de nouveau Taltercation fort vive que mon père eut avec "^ï reiired officcr of ihe regt4Ïar force ", c'est-à-dire le capitaine Buchanan, dont parle M, W. Inglis dans sa déclaration à propos de la fusillade (^ue ce capitaine Buchanan voulut diriger
contre quelques malheureux fuyards? Si le lecteur se le rapi)elle bien, la compagnie de mon père s'était arrêtée sur la rive sud opposée au village de St. Eustache, c'est-ànlire en face d'un hôtel tenu par M. où elle devait faire étape et d*oii elle ne devait bouger. M. W. Inglis, dans sa déclaration, raconte <iue tels étaient les ordres de Sir John Colbome, et que mon père eut dans ce lieu une dispute très vive avec ce capitaine Buchanan, parce qu'il voulait enfreindre les ordres du commandant, pour aller chasser quelques pauvres rebelles qui, au lieu de vouloir combattre, s'enfuyaient à toutes jambes.
Faudrait-il aiisLi mentionner la dispute animée qu'eut encore mon père avec les soldats et (juelques volontaires étrangers à St. Eustache, pour les empêcher de faire brûler tout le village ?... Non, parce qu'il ne faut pas oublier (lue, à part la compagnie de mon père, re» crutée dans St. Eustache, il y avait plu.sicurs autres compagnies de volontaires ; entre autres, colles de Montréal, de St André, du Gore et d'autres lieux, (jui prirejit part à la bataille de St. Eustache, le 14 de décembre 1837, et il ne faut pas les confondre avec celle de mon père, quoique je ne désire point les accuser ; mais assez sur ces faits particuliers et bien d'autres que je pou rais citer, et passons à quelques considérations avec lesquelles je terminerai mon ouvrage.
Comme déduction des déclarations de M. J. L. de Bellefeuille, de M. Inglis et de celles des autres citoyens
que j'ai citées dans mon essai historique, je dois (aire le raisonnement suivant :
Nous différons en politique, c'est malheureusement vrai ; mais si parce que nous différons en politique, il
faut absolument (d'après les hommes de parti) se faire la guerre, que Ton n'aille donc pas au moins fouiller dans les cendres éteintes de 1837 afin d'y trouver des armes contre un adversaire. Personne n'y gagnera, on peut en être assuré ; car les descendants des deux partis opposés de l'époque y trouveront des sujets d'attaque et de défense, qui ne produiront rien de bon. Enfin, par convenance et pour la tranquillité publiiiue, ne vaut-il pas mieux ensevelir pour toujours dans l'oubli ce malheureux passé, d'autant plus qu'il a dcjà plus de 40 ans d'existence et que les adversaires d'autrefois sont aujourd'hui devenus (au moins pour la plupart) des amis ?
Celui qui veut combattre honorablement ne doit pas aller demander des armes à nos pères, à nos devanciers ou à une époque qui remonte à un demi siècle ; mais il doit attacjucr ou se défendre avec les armes de notre temps, et il ne doit discuter le affaires publiques (ju'avec les jicrsonnes qui les régissent ; enfin, il ne doit discourir ou faire de la propagande électorale que sur Tétat actuel de notre monde politique.
Puisque (généralement) l'union existe aujourd'hui entre ceux qui étaient divisés ou adversaires en 1837, serait-il prudent d'essayer à interrompre la bonne har-
monie qui existe actuellement entre eux, même sur les questions politiques ?... Et parce que nos pères, jadis ennemis, ont eu plus tard la sagesse et la magnanimité de vouloir march r à l'unisson et d'ensevelir le passé dans l'oubli, afin de nous donner une leçon d'éducation domestique et politique, faut-il que nous permettions à certains écrivains exaltés, à certains hommes de coterie ou de spéculation politique, de prêcher à leurs descendants ou parmi nous une guerre qui
n'a plus sa raison d'être ? Celui qui, avec maladresse,
avec malice ou pour des motifs particuliers et cachés, soufflerait ainsi le feu de la discorde parmi des hommes d'une même race et ensuite parmi les diverses races qui forment la Puissance du Canada, cet homme, dis-je, serait bien coupable et il devrait être honni indistinctement par tous ses concitoyens.
Si certains écrivains animés d'un zèle exagéré ou trop vif pour leur parti, ont cru devoir m'attaquer injustement durant mon élection en invoquant les jours de 1837, je dois leur répéter qu'ils ont eu tort de me faire cette guerre de mauvais nloi, et pour prouver leur écart je poserai quelques questions auxquelles je répondrai aussi brièvement que possible.
Les Canadiens français, moralement parlant, sont-ils royalistes ou républicains ?
Avec l'histoire en mains, je dirai que la très grande majorité de \i population canadienne-française a touiours été fidèle et attachée au royalisme ; et pour le
prouver, je ne remonterai pas plus haut qu'aux premiers jours de la colonie £ous la domination anglaise.
Comme on le sait, les Canadiens-françnis prêtèrent le serment d'alk'geance à l'Angleterre en Tannée 1763. Cependant, onze années à peine après, et quoique à cette époque ils fussent assujétis, parfois, à un pouvoir arbitraire et oppressif, ils ne voulurent pas prêter l'oreille aux appels et aux promesses séduisantes des anciennes colonies anglaises en Amérique, qui, en 1774 ci 1775, voulaient les entraîner avec elles à secouer (disaient-elles) le joug de la métropole.
L'histoire est là pour nous dire ce que le congrès des Ktats-Unis essaya, tant en 1774 qu'en 1775, pour soulever la ]»opulation française et lui prouver quelle devait ronqucrir sa liberté. Mais le clergé avec les seigneurs et la bourgeoisie repousslrent les offres pressantes et réitérées des anglo-américains rebelles, et ils se mirent h la tOte de leurs nationaux pour combattre et repousser les forces des provinces révoltées <jui avaient enyahi le Canada.
Washington. Montgomery, le comte d'Estaing, ainsi que T.afayette. nouèrent aussi des intrigues secrètes et même ouvertes en ce ï)ays et firent tous leurs efforts pour s'attirer la sympathie des Canadien s-fran^^ais et les poussLT à la révolte, mais ils échouèrent. 1-es Canadiens i)référèrent rester fidèles à leur nouveau roi plutôt (jue (k" se joindre à des colonies rebelles qui nourrissaient (les sentiments de républicanisme.
Pourtant, si les Canadiens l'eussent voulu, particuliè-
remeïit dans tm temps où ils venaient de tomber sous la puissance de la Grande-Bretagne et dans un tem|)s ou la population anglaise était dans une infime minorité dans ce pays, il eut été facile pour eux de faire cause commune avec les Anglais rebelles de l'Amérique et de se débarrasser de la couronne britannique. Mais les Canadiens étaient trop royalistes pour abjurer leurs principes politiques et ils préférèrent prouver et conserver leur ancien attachement pour le royalisme, en ne se rebellant point contre le parti du roi., quoicjue à cette première époque de la domination anglaise au Canada, les représentants du pouvoir fussent étrangers et parfis injustes pour la race canadienne-française.
Dans la suite, cette nation dite canadienne-française conserva les mêmes sentiments de fidélité et d'attachement pour le roi. La guerre c!e i8 12-18 15, comme la glorieuse bataille de Chateauguay, l'attestent hautement. Il devait en être ainsi en 1837, malgré les maux que certains tribuns reprochaient avec raison au pouvoir exécutf, mais qu'ils exagérèrent et envenimèrent au lieu d'essayer à les faire disi)araître.
Puisque 'a très grande majorité de la population française a touj )urs été royaliste, pourquoi fiiire un crime à mon père d'avoir nourri les mêmes sentiments ? .Et d'ailleurs, quelle a été de tout temj»> la politique de mes ancêtres comme celle de leurs djscendants au Canada ?
En principe, ma f:imille a toujours préféré des institutions constitutionnelles rJgies par une tête couronnée ou gouvernées par un monar(|ue honoré du respect et de
Tamour de ses sujets. En 1S12, 1815 et 1837 elle a toujours été loyale, amie de l'ordre, de rautorité et attachée à son souverain, contrairement à Tancien parti de M. Papineau et à un très grand nombre de libéraux, partisans du républicanisme, qui ont toujours essayé à secouer )a domination anglaise pour devenir amencains.
Quelle est actuellement la politique de la tris grande majorité de ceux qui, en 1837, se sont rebellés contre le gouvernent colonial et celui de la métropole ?
Dans le comté des Deux-Montagnes, comme dans presque tout le pays, les révoltés de 1837 sont revenus à la politique de ma famille, c'est-à-dire des loyaux, des amis de Tordre, de l'autorité, du gouvernement de la Grande-Bretagne et actuellenient fort opposés à l'annexion américaine» A l'appui de cette vérité et afin de Ivi donner plus de consistance et d'éclat, je n'ai qu'à citer les noms des Lafontaine^ des Morin, des Cartier, des Taché, des Dumouchel, des Girouard, des Scott et de ta-.t d'autres qui, de rebelles qu'ils étaient en 1837, sont devenus les fermes et fidèles sujets de Sa Majesté ; et il ne faut pas oublier non plus que plusieurs d'entre eux portent aujourd'hui et ont porté avec orgueil des titres honorifiques qui leur furent octroyés par la couronne d'Angleterre. Alors de tels faits prouvent donc à Tévidenre cjue ma famille et les loyaux ont eu raison de ne pas vouloir marcher avec les meneurs de la révolte de 1^37» q"i »^ cette époque tendaient les bras vers la républiiiue voisine ?
Mais comme ce souvenir de 1837 m'a mis en cause ou en évidence plus que qui que ce soit, et comme j'ai été on ne peut plus injustement attaqué sur le terrain politique, je veux une fois pour toutes exposer mes principes politiques et afin d'y mieux arriver, je reproduirai ici textuellement, le programme que j'ai publié durant mon élection, manifeste qui est Texpression fidèle de ma profession de foi politique :