‹ La Rébellion de 1837 à Saint-Eustache avec un exposé préliminaire de la situation politique du Bas-Canada, depuis la cessionChapitre 42 sur 90 · AUX ÉLECTEURS DU COMTÉ DES DEUX-MONTAGNES · texte numérisé non relu

AUX ÉLECTEURS DU COMTÉ DES DEUX-MONTAGNES

Messieurs,

Une élection pour la Chambre des Communes vn avoir lieu prochainement dans ce comté. Vous m'avez offert la candidature, et j'ai toujours refusé de l'accepter, mais j'avoue (jue la persistance de vos sollicitations m'a jeté dans la confusion et (^ue mon dernier refus, dont vous connaissez les motifs intimes, m'a été vraiment pénible. Vous êtes venus, en déj)il de ma décision, me presser encore plus vivement, et vous m'avez fait en cela un honneur dont je me déclare indigne.

J'accepte aujourd'hui la candidature, je me décide à faire ce sacrifice — je sais (jue vous croirez ?i la sincérité de ce mot — surtout parce que je vois que mon nom rallie des hommes de tous les i)..rtis politiiiues, désireux comme mf)i d'amener, dans le but de défendre nos intérêts les plus chers, une union étroite entre tous les habi-

tants de la province de Québec Dès l'année 1864, j*ai ^rit dans le journal de notre comté des articles demandant cette union féconde, et toujours vous m'avez vu au mileu de vous défendre cette même idée ; l'année dernière encore j'écrivais dans un journal de Montréal pour soutenir la même thèse, pour démontrer que l'union entre nous était, ])lus que jamais, utile, nécessaire. Il me semble donc que ma candidature réalise partiellement cette pensée, c'est i:n puissant motif pour moi de céder aux vœux (lue vous voulez bien m'exprimer.

Je vous dois, et je me dois à moi-même de formuler par écrit les prim ipes qui me guideront dans la vie publi(iue. 11 est vrai, Messieurs, que pour certains hommes politi«iucs les déclarations, même écrites, ne coûtent I>as [)lus à f.ire (ju'à renier; maïs si vous avez été trom- ])és ik'jà vous-mêmes, je suppose que vous me faites apj)cl aujourd'hui ])arce que vous avez la ferme conviction qik', moi, je ne vous tromperai pas, en un mot parce (\\\(j vous avez confi.mce en ma loyauté. Voici donc mon programme, et je l'imprime afin qu'il n'y ait aucuîie équivoque entre nous.

I'' Je suis et je resterai indéj^endant des hommes et (les i)artis, n'étant jkis île ceux <|ui croient qu'un député indci)cn(lant soit un dé[)uté sus])ect. Je n'irais en chambre ni ]«ar ambition, ni par spéculation, mais dans le seul but d'a< comjjbr, exem|)t de tout fanatisme politique, le <levoir (jue vous m'imposez. Les promesses pOMîpeuses des cliefs de j)artî (rouge ou bleu) ne m'en-

traîneiont jamais à m'attacher à la remorque d'une faction. Je n'ai qu'un seul désir : travailler, dans la mesure de mes capacités, pour ce que je jugerai être le bien du comté et du pays en général. Jamais je ne me jetterai dans une opposition factieuse dans le but de faire arriver un parti au pouvoir.

20 Fier de mon titre de cultivateur et du travail que j'ai accompli dans les intérêts de l'agriculture, je favoriserai de toutes mes forces toute mesure (jui tendrait à la protéger.

3® Je respcterai toutes les nationalités et toutes les croyances religieuses. Tous mes efforts tendront h. établir l'harmonie entre les diverses races qui- habitent le pays. Avec des traditions et un culte différents, les divers groupes réunis dans notre Confédénuion i)euvent facilement s'unir sur un terrain commun, celui du bien général et d'une ambition nat.:relle à chacun de préparer l'avenir de la patrie. Les. guerres de religions et de nationalités sont des luttes fratricides, car nous appartenons à la même grande famille, la famille Canadienne.

40 Décidé à respecter tous les droits, je suis non moins résolu à réclamer et défendre ceux (jui nous appartiennent.

50 Ënfm qu'il me soit permis de rappeler que ma devise est : /usU €t firme ubique, ** Juste et ferme partout." Elle sera celle de ma conduite en parlement.

Voilà en résumé ma profession de foi polititjue, et si les signataires des nombreuses " réquisitions " (jui m'ont

été présentées, pensent qu'elle soit celle d'un honnête homme, j'ose dire qu'ils peuvent compter que j'y restexai fidèle. Je le promets sur l'honneur.

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