‹ La Rébellion de 1837 à Saint-Eustache avec un exposé préliminaire de la situation politique du Bas-Canada, depuis la cessionChapitre 47 sur 90 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

La paroisse de St. Eustache est mémorable par son uicieoneté.

Elle fait partie de la premfere concession de la seigneurie des Mille-Iles, octroyée en mars 17 14, par le ^narquis de Vaudreuil, alors gouverneur de la Nouvelle- France.

La plus ancienne concession men'.ronnée dan» le terrier de cette premicTe partie de la seigneurie des Mille-Iles, fut faite par le seigiKrur d'alors, Eustache Lambert Sieur Du Mont, en faveur de Toussaint Parent, le 3 avril 1739. Cette ferme appartient maintenant aux Dames Religieuses de la Congrégation, héritières de feu Messire Jacques Pa(iuin, ancien et regretté curé de St. Eustache.

La paroisse de St. Eustache est sise sur \e bord de Tune des branches de la rivière Outtaouais, connue souî? la dénomination de rivière Jésus ou des Mille-Iles.

Iais livres î)ublics ou les registres de mariages, de baptêmes et de sépultures remontent à 1768.

Ce fut Monseigneur Jean Olivier lîriand, évêque de Québec, qui, en 1773, lit la première visite pastorale.

Le premier presb>tère fut construit sous le Père Berey, en l'année T774, et il servit de chai)eHe ou d'église.

I^e cor|)s de l'église (jue l'on voyait en 1837, datait de 1783. Ce sont les mêmes fondations et les mêmes murailles qui restaurées existent encore aujourd'hui.

I-A bénédiction première de ce ten>ple eut lieu le 10 de septembre 1783. •

M. Paquin dont le zèle était admirable et infatigable, fit faire un ajouté de vingt-<:inq pieds à cet édifice et le fit orner d'un magnifuiue portail en pierre de taille et de deux b aux clochers.

C'est durant les amiées de 1831 et 1832 que ce temple fut agrandi, embelli, et c'est en 1833 que le service divin

fut chanté et célébré. Mal^ureusenieiit, ttSfe'tflHAl nprcs, la révolution (]ui s*était audacicu sèment empalé de cette demeure du Très-Haut, la fit détruire de fond en comble.

Après le désastre de 1837, celte église fut rebâtie par les habitants au prix des plus grands sacrifices, et ce ne fut qu'en 1841 ({u'elle fut ouverte au culte public

En 1S45, la bénédiction de deux belles cloches données généreusement par M. Tabbé Paquin, fut célébrée par Monseigneur Bourgeu Les parrains et marraines de la plus grosse cloche sont classés comme ^it dans les registres de la fabri(]ue : M. Eugène Globensky, M. Pierre I/iviolette et M» Wilfred Masson, fils de THon. Joseph Masson ; Madame Pierre I^violette, Madame Antoine Lefebvre de Bellefeuille et Mlle Angélique Lefebvre de Hellefeuille.

Comme M. Tabbé Paquin a fait une esquisse ou une peinture assez fra])])ante, tant de la position que de la beauté du village de St-Eustache ; et comme il a aussi donné un compte-rendu très fidèle du jour et du lendemain du désastre arrivé le i4 de décembre 1837, je nV'Ssaierai donc pas à en développer ou à en faire ressortir davantage le tableau.

Je me contenterai de dire que le village St-Eustachc et SCS environs offrent il Tccil du contemplateur, à celui riui est avide du beau et de grands panoramas, un site des ])lus pittoresjjues et une jjosition exceptionnelle et charmante.

Le voyageur, l'étranger qui de Ste-Rose se dirige sur St-Kusta( he à bord du bateau à vaj^eur ** 1^ Touriste *' et «jui ]>ar une belle soirée d'été franchit tout-à-coup les < henaux et les nombreux et coquets îlots de la JJaronnie : Ilots ( harmants groupés ensemble, d'oii Ton ne < roi rai t pas ])OUvoir sortir et qui cachent rasjKîct du villaire de St-Hlustache, (et étranger, ce voyageur, dis-je, ot étonné et cnchanié du tableau ou de l'ensemble des

objets brillants qui frappent sa vue, lorsque ce rideau de Verdure est levé ou franchi.

Naviguant alors dans un immense bassin qui a à peu

près deux milles de longueur, le voyageur aperçoit dans

le lointain le pont Léprohon, l'église, le presbytère, le

couvent et toute la partie sud-est du village, qui sont

les premiers édifices que Tceil commence à a)ntempler.

Les beaux clochers du temple de Dieu qui brillent avec

éclat sous les rayons du soleil couchant, donnent un

aspect des plus riants; car l'ombre gigantesque qui se

fait à cette heure avancée de la journée et qui se marie

avec le mirage de l'astre solaire, provoque des reflets

indescriptibles qui font croire que les fondations de tous

les édifices mouillent dans la belle rivière qui borde et

baigne les pieds de cette partie du village.

A peine rendu au milieu bu bassin ou de cette belle nappe d'eau, si le voyageur lève la vue vers l'est ou l'ouest, il est émer\ei!lé du spectacle féerique qui se déroule ou éclate partout. Aussi, aucun artiste ne peut reproduire ou définir par la peinture ou la plume, la beauté imposante de notre grande et ravissante rivière avec tous ses décors, ses charmants îlots, ainsi que les points de vue enchanteurs qui jaillissent de toute part. Un écrivain aussi distingué que fort influent en politique, étant fatigué de ses labeurs et voulant prendre le frais, écrivait dans son journal, en août 1880, ce qui suit : ** Les avantages naturels de St-Eustache ont depuis quelque temps attiré l'attention du public et je désire joindre mon témoignage à ceux (jui ont déjà été publiés sur les avantages que possède cette charmante localité. Attiré par l'annonce je me suis payé le luxe d'aller faire une excursion dans " Le Touriste " et j'en suis revenu émerveillé.

** Quel panorama entre Ste-Rose et St-Eustache ! Le coquet petit yacht semble voltiger d'île en île. Je n'ai amais rien vu de plus frais et de plus poétique. L'onde

trace les contours les plus gracieux autour de ces cbartnants bouquets verdoyants, spécialement à U Baironnie oii ils sont fort nombreux ; véritable dMale oti l'on s'égarerait avec plaisir. C'est un continuel changement de décors, tantôt grave, plein d'ombre et de soleil,"

Enfin, l'étranger ou le touriste qui pour la premi^ fois arrive et pénètre dans St-Eustache, ne peut faire autrement que de s'extasier ou d'exprimer son admiration vive sur la beauté poétique de l'endroit

S'il se rend ensuite à un mille du village, c'est-à-dire an Grand-Moulin, pour de là passer dans l'Ile élégante qui lui fait face, il tombe dans le ravissement ; cor à cet endroit délicieux, il entend le grondement répété du rapide à ses | ieds, et il contemple les vagues frémissantes qui viennent se briser sur la chaussée, puis sur la berge de l'île ou sur le roc qui lui fait ceinture. S'il tourne la vue vers l'ouest, il aperçoit et embrasse sur un parcours de dix-huit milles, le beau lac des Deux- Montagnes et dans k lo'ntaîn à l'horizon la tnontagnedu I^c, puis les maisons de St-Joseph, de Ste-Annc et mcmL- de Vaudreuil. S'il se retourne, s'il contemple les eaux aux nuances noires et argentées de noire rivière avec ses élégants attributs, cest-à-dire les lies qui semblent dans le lointain autant de faisceaux de fleurs ou de bouquets verdoyants, et s'il embrasse en même temps le groupe rlurmanl de notre village et le temple du Très- Haut qui trônent et se perdent au milieu des saules et des ormes séculaires, cet étranger tombe dans l'étonné* ment et l'admiration.

C'est au milieu d'un tel panorama bien faiblement rendu que des événements pénibles et douloureux sont arrive's à St-Eustache, en 1837.

Ce 1837 a été fatal au village. 11 lui a ravi une partie de ses attributs, de sa beauté et il n'est plus ce qu'il était autrefois. Outre les nombreuses victimes qui sont tombées sur le champ de bataille îl reste des ruines et des

débris du feu ou de l'incendie qui portent encore le deuil des événements funestes et douloureux de la journée néfaste du 14 de décembre 1837. Le portail de Féglise encore tout mutilé et criblé par les balles, par les boulets, porte et portera toujours le sceau et les cicatrices des jours de 37, de la date sanglante et terrible d*un combat inégal et meurtrier qu'eurent à essuyer, malgré eux, nos malheureux compatriotes.

Nonobstant les erreurs qui ont été commises par les chefs de la rébellion de 1837 ^sans oublier Téchauffourée, la folie de 1838), je dois rendre hommage à ceux d'entre eux, qui, par pur patriotisme ou la force des circonstances, ont été obligés de verser leur sang pour conquérir des libertés que, cependant, nous aurions pu obtenir avec des moyens constitutionnels, avec des moyens pacifiques, sans recourir aux armes ou aux horreurs d'une guerre civile, car la métropole ne pouvait faire autrement que d'octroyer à notre colonie toutes les libertés, toutes les franchises ou immunités que tout sujet anglais a droit d'avoir, et qui font aujourd'hui la puissance comme la gloire du gouvernement de la Grande-Bretagne.

Page 1