ÈME EXTRAIT, TIRÉ DU CHAP. V
Le 13 décembre 183 7, plus de 2,000 hommes de troupes ayant un attirail de guerre comme pour combattre une armée régulière, s'assemblèrent à St-Martin^ se dirigeant
sur St-Eustache de la Rivière du Chêne, sous les ordres du général en chef Colbome. Le lendemain, il attaque le village, d'où il déloge les patriotes après quatre heures de combat. Il n'y avait pas plus de 200 insurgés au commencement de la bataille. Girod, les boutefeux de Montréal, les Lorimier, Lacroix, Hubert, Pelletier, Brien, le curé Chartier et ses braves de St-Benoît, ayant pris la fuite à l'arrivée des troupes, ils entraînèrent le gros de l'armée patriote. Chénier, l'entêté et fou Chénier, resta seul avec une poignée de pauvres misérables qui ne prenaient connaissance de rien de ce qui se passait autour d'eux, et qui croyaient n'avoir affaire qu'à la cavalerie qui avait débouché devant eux et ne voyant pas l'infanterie qui venait par une autre direction, se renfermèrent dans l'église et tirèrent sur des ennemis qui étaient hors de leur portée. Ceux qui furent tués parmi les patriotes ne se trouvèrent point en ordre de bataille ou en face des troupes, mais soit en fuyant sur la glace, soit en sortant de l'église, du couvent ou de la maison de M^ Dumont oii ils s'étaient logés pendant les quinze jours de camp qu'ils avaient tenu avant l'arrivée des troupes. Chénier lui-même, sortant de l'église en disant : C'est fini, sauvons-nous, fut percé d'une balle. On compte 67 morts parmi les patriotes, tant ceux qui sont morts sur le champ que de la suite de leurs blessures, et 3 soldats d'après le témoignage de Sir John Colbome. Il est vrai que n'ayant point combattu face à face, les soldats ont eu beau à se mettre à couvert du feu des insurgés. Il y eut 112 prisonniers dont plusieurs avaient été pris chez eux.
Si l'on compte donc le nombre des morts que nous mettons au plus haut et des prisonniers dont nous avons pris la liste, il n'y avait pas 200 hommes présents au ler coup de canon que le géne'ral Colborne a fait lancer sur le village, à deux milles de distance avant d'y arriver. Il y avait le matin du jour du combat 800 insurgés dans le camp, suivant un rôle trouvé dans la poche de l'habit de Chénier ; mais à 9 heures, près de la moitié était allée dans les côtes, suivant leur coutume, fourrager et piller les loyalistes ; conséquemment il ne restait donc plus que 350. Or, Girod et les autres chefs ayant pris la fuite au moment du combat, ils entraînèrent une grande partie des rebelles avec eux ; ce qui prouve qu'il n'y avait pas 200 combattants. Il n'y en avait que 23 de la grande paroisse de St-Eiistache.
L'action de St-Eustache a été le coup de grâce des patriotes.
Voilà les fruits amères de la discorde civile à laquelle nons avait précipité le parti patriote de la Chambre d'Assemblée.
Je n'entrerai point dans le détail des injures et des calomnies que les journaux de ce parti vomissaient contre le clergé, surtout contre le Séminaire de Montréal, pour en faire connaître le sens et l'opportunité, je rapporte ici ce que dit la Quotidierme, petit journal à 2 sous : " On dit que c'est le Séminaire de Montréal qui a vêtu les troupes qui sont venues à St-Eustache "
Voyez maintenant comme quelques organes de ce parti démoralisaient le peuple : ab uno disce omnes. On disait
à l'oreille des partisans que c'était l'Evêque qui avait fait passer la loi martiale en 1837 et fait organiser le tribunal qui a condamné tant de malheureuses victimes de l'entraînement révolutionnaire de cette époque. Les gens instruits ne croyaient pas de semblables calomnies, sans doute, mais les ignorants, préjugés depuis quelques années, croyaient tout et ne voulaient plus entendre à rien en faveur de l'ordre publique ....
Quoique maltraité par les agitateurs, le clergé a montré un zèle vraiment exemplaire à sauver nos malheureux compatriotes jetés par milliers dans les donjons. Que de réclamations par écrit et de vive voix auprès des autorités, tant à Montréal que dans les campagnes oîi des officiers du gouvernement tenaient des offices ouverts à tous les délateurs contre leurs compatriotes. Rien de plus touchant que la conduite des prêtres à cet égard ; après avoir été tympanisés, vilipendés, désignés comme des victimes par les patriotes, aussitôt qu'ils les voient dans les chaînes, ils oublient leurs torts et avec des entrailles de pères, ils volent à leur secours.
MM. Magloire Blanchet, curé de St-Charles, et Turcot, curé de Ste-Rose, furent logés avec les patriotes dans ce même temps ; mais ils furent relâchés quelques mois après. "
Ici se terminent les mémoires intéressants de M. l'abbé Paquin sur les événements arrivé dans la province de Québec en l'année 1837. Ensuite il parle de la rébellion qui, dans le Haut-Canada, levait sa tête menaçante et il raconte les tentatives d'une invasion améri-
caine soulevée par les patriotes canadiens réfugiés aux Etats-Unis ; enfin il déroule tout ce qui s'y est passé depuis le mois de décembre 1837 jusqu'en 1838, où ce mouvement révolutionnaire fut complètement étouffé et oli tout rentra dans l'ordre.
N'ayant pas le loisir et la place d'insérer dans mon ouvrage maintes appréciations et commentaires justes et parfois mordants, que M. l'abbé Faquin consigne dans ces mémoires, j'en détacherai cependant une partie que j'analyserai, afin de prouver que ce digne prêtre était aussi patriote qu'il était indépendant des hommes et des choses.
Les quelques extraits que je vais citer feront apprécier davantage ses écrits. Premièrement je dois dire que les mémoires autographes de M. Paquin sur 1837 furent écrits avant l'ouvrage qu'il a publié en 1838 sur les troubles arrivés à St-Eustache en 1837, ouvrage que le lecteur a déjà lu. Quand on compare ses mémoires inédits avec l'ouvrage publié en 1838, on y trouve quelque dissemblance dans l'apréciation des hommes et des événements, quoique l'enchaînement soit cependant le même. Depuis 1837 jusqu'en 1838, M. Paquin avait-il eu le temps de modifier ses idées comme ses appréciations ? Je suis naturellement porté à le croire ; mais encore une fois, je le répète, s'il condamnait absolument et sans restriction la rébellion, il admettait jusqu'à un certain point et avec raison l'existence des abus vexatoires auxquels étaient soumis les Canadiens-Français durant cette époque de triste mémoire, c-à-d. avant 1837.
M. Paquin prouve qu'il était libre de toute dépendance :
1° Lorsque en défendant le clergé, il blâme l'autorité épiscopale, parce qu'elle est intervenue trop tard pour réprimer la révolte.
2° M. Paquin devait être d'un caractère bien indépendant et ouvert, puisqu'en parlant du curé Chartier, l'un des chefs de la rébellion, il dit : " M. Etienne Chartier, curé de St-Benoît, après avoir prêché la rébellion dans le comté du Lac des Deux-Montagnes, fut assez heureux pour se mettre à l'abri de la vindicte des lois en se sauvant dans les Etats-Unis. Il revint en 1842 chanter la palinodie, prêchant l'obéissance passive, après avoir proclamé le droit de rébellion et compromettant sans raison ses anciens amis. Il fut repoussé avec dédain et regagna sa retraite des Etats-Unis où il exerça le ministère dans le diocèse de Vincennes."
30 Enfin, pour donner une preuve absolument incontestable de l'indépendance politique et individuelle de M. l'abbé Paquin, je vais tirer maints extraits des chapitres VI, VIII, IX et X, dans lesquels il fait des commentaires divers sur les événements qui sont arrivés en 1838. Dans ces chapitres, l'auteur accentue et dénote davantage toute l'excellence des sentiments élevés, francs et patriotiques qu'il nourrissait pour ses compatriotes ; compatriotes auxquels il ne ménage point cependant ses vertes mercuriales, particulièrement à ceux qui fomentèrent la révolte de 1837.
Au chap. VI il dit : *' L'Evêque de Montréal qui
avait ordonné des prières, des jours de jeûnes par ses mandements du 24 octobre, du 20 novembre 1837 et du 8 janvier 1838, donna la circulaire suivante que je donne Verbatim :
" Montréal, 6 février 1838.
" Monsieur,
" Après nous être efforcés d'apaiser la divine justice " par un office expiatoire, par des jeûnes, des prières " publiques, pour tous les crimes commis en ce Diocèse, " pendant l'odieuse rébellion de l'an passé contre le " gouvernement établi dans cette Province Britannique, " il convient aussi que nous rendions à la Providence " du Seigneur de très humbles actions de grâces pour la " prompte répression d'une révolte si menaçante, par les " armes puissantes de Sa Majesté, ainsi que par l'énergie " de ses fidèles sujets qui, heureusement, surpassent " immensément en nombre les hommes déloyaux ou '* égarés, et pour la paix interne qui règne maintenant '* dans tout le Bas-Canada.
" C'est pourquoi vous annoncerez le dimanche de la " Quinquagésime que le lendemain, 26 du présent mois, " sera observé dans ce Diocèse comme jour d'actions ** de grâces publiques pour la paix intérieure rendue à " cette Province, et qu'il sera chanté pour cet objet au *' jour susdit, dans l'église de votre paroisse, une messe " solennelle pro re gravi, suivie du Te Deum avec son ** oraison et celle pour la Reine. Nous vous prescri- " vons à cette occasion d'instruire vos peuples sur leurs
" devoirs consciencieux envers la puissance civile con- " fermement à la doctrine apostolique."
M. Paquin ajoute : " Si la dernière injonction de cette circulaire fût venue un an plus tôt, c'est-à-dire avant que l'orage commençât à se former, et que le clergé eût été soutenu dans le développement de la doctrine catholique sur les devoirs du gouvernement et des peuples comme sur l'intérêt de cette Province à rester tranquille en développant ses ressources, son industrie, &c., nous aurions certainement détourné le mouvement, comme on l'a déjà observé.
" Monseigneur Signay, Evêque de Québec, donna aussi un mandement pour la même fin et il est aussi du 6 de février.
" A cette époque, quelques semaines avant le départ de Son Excellence Lord Gosford pour l'Europe, on vit les journaux loyalistes remplis d'adresses de loyauté, venant de la part d'une quantité de paroisses et des trois villes du Bas-Canada. Le clergé qui avait pétitionné avant la rébellion le Parlement Britannique en faveur de ce pays, ne manqua pas d'intervenir dans la crise actuelle pour tâcher d'éloigner les malheurs qui devaient en être la suite. Pour qu'on puisse enfin lui rendre justice, je vais donner cette adresse signée par tous les prêtres du Diocèse de Montréal, foyer de la guerre civile. La voici, mot à mot, telle que signée et portée aux pieds du trône par Lord Gosford qui l'approuvait très fort et qui la recommanda à Sa Majesté.
" A la Très Excellente Majesté de la Reine
" La très humble Requête du Coadjuteur, des Vicaires *' Généraux, Curés et autres membres du Clergé catho- ** lique du Diocèse de Montréal, dans la Province du " Bas-Canada.
" Qu'il plaise a Votre Majesté
" Nous, les soussignés, Evêques, Vicaires Généraux, ** Curés et autres membres du Clergé catholique de la " ville et du District de Montréal, dans la Province du " Bas-Canada, supplions qu'il nous soit permis de déposer " aux pieds du trône, des sentiments de notre vénération " profonde aussi bien que de notre attachement invio- " lable envers votre personne sacrée et de lui repré- " senter :
" Que ce clergé a vu avec une extrême affliction l'état " de division, d'agitation, même d'insubordination poli- " tique dans lequel s'est trouvée plongée une partie de " cette Province, et particulièrement le District de Mont- " rëal où malgré les efforts des pasteurs catholiques et *' les autres loyaux sujets de Votre Majesté, on a eu à " déplorer l'insurrection d'une portion de six ou sept " comtés sur le nombre de vingt-et-un renfermés dans ce " district ; mais que la rébellion ayant été promptement "réprimée, chacun est rentré au plus tôt dans le devoir ; " et les paroisses même les plus entachées dans les six " ou sept comtés susdits, ont certifié leur plus vif regret " de ces attentats criminels et leur persévérance future
" dans une loyauté inébranlable, par plusieurs adresses à " notre gouverneur en chef, pour être transmises à Votre " Majesté.
" Que vu l'impéritie de la plupart de ceux qui ont " oublié leur devoir, qui sont d'ailleurs en très grande " minorité dans cette Province et qui ont été pernicieu " sèment trompés et déçus par quelques sujets Britan- " niques de diverses origines, qu'ils ont eu le tort de " croire, pendant un temps, zélés pour le bien de leur " patrie, vos Pétitionnaires osent espérer et en même " temps supplier très humblement Votre Majesté, que les " heureux habitants de cette colonie ne soient pas privés, " pour le crime de quelques-uns, des avantages et privi- " léges dont ils ont joui jusqu'à présent sous l'empire " Britannique, auquel il est à souhaiter qu'ils soient unis " pour toujours ; et que dans leur humble opinion cet " acte de clémence de Votre Majesté sera le moyen le " plus efficace pour apaiser les troubles qui menacent de " ruiner le Bas-Canada si paisible jusqu'à cette fatale " époque, et si distingué par la loyauté de sa popula- " tion.
" Vos Pétitionnaires concluent en priant humblement " Votre Majesté de prêter une oreille favorable à leur " intervention respectueuse en faveur de leur troupeau : " protestant qu'après une telle grâce, le gouvernement " Britannique sera plus que jamais béni dans une Pro- " vince à laquelle il aura rendu la paix et qu'il aura de '* plus en plus affectionnée à la Mère-Patrie.
" Et vos Pétitionnaires ne cesseront de prier pour la " prospérité du règne de Votre Majesté.
" District de Montréal, 25 décembre 1837."
" Précédemment à cette démarche du clergé, une association de loyaux dont nous avons déjà cité une requête en faveur du pays, en mit une autre en marche contre la réunion des deux Provinces, contre laquelle union les citoyens de Québec, à la tête desquels était l'hon. Neilson, en dressèrent aussi une de leur part en faveur de la constitution de 1791 et contre la dite union. L'hon. M. de Rocheblave, membre du Conseil, était le président du comité ad hoc, et MM. Hyppolite Guy et Baron en étaient les secrétaires. Cette démarche fut appuyée de tous les citoyens intelligents de la Province, à l'exception de quelques patriotes encore entichés de leurs vaines préventions qui gâtèrent la chose dans le district de Montréal.
" On s'éleva avec fermeté, mais avec respect, contre cette union qui donnait le pas à la minorité du Haut- Canada contre la majorité du Bas-Canada ; qui obligeait la basse Province riche et sans dette à une communauté de biens avec une Province neuve, pauvre et grevée de dettes énormes ; sans compter qu'il fallait pour les communications inter-provinciales dix fois plus de dépenses pour le Haut que pour le Bas-Canada, qui cependant serait tenu de payer sur le pied de cette infâme communauté de biens,
" Le clergé de Montréal envoya sa pétition contre
l'union aux Communes, oU elle fut présentée le 25 de juin."
M. Paquin s'élève, avec raison et avec indignation, contre cette union qui avait été projetée pour noyer et ruiner la population française ; mais comme ses commentaires sont trop longs, je les passerai sous silence et j'arriverai aux considérations suivantes qu'il développe avec franchise et véhémence.
Dans un endroit de ses mémoires il dit : " Les Bretons Tories ne manquèrent pas après que l'impéritie eut mis les canadiens sous leurs pieds, de les stigmatiser du nom de Rebelles, tandis qu'il n'y en avait eu qu'un faible nombre dans toute la province .... Eh ! la preuve qt^îl y avait peu de Rebelles da?ts le Bas-Cajiada, c'est que vous êtes encore vivants !
l " Mais de plus, les chefs de la révolte étaient des Bre- I tons, l'imbécile Chénier excepté ; Wolfred Nelson, de \St-Denis, T. S. Brown, de Montréal, furent les généraux du côté Sud ; et Girod, Suisse d'extraction, Breton de religion, fut le commandant du Nord.
" La rébellion d'ailleurs fut plus meurtrière dans le Haut-Canada que dans le Bas ; cependant les révoltés de cette province n'étaient-ils pas des enfants de la famille britannique . . ? Il ne fallait donc point tant crier à la loyauté anglaise ! Mais rien n'est plus insolent que des faux braves après la victoire : aussi vit-on le Herald^ plus énergumène encore que les autres journaux, demander la mort ou du moins la proscription en masse des Canadiens-français ! "
M. Faquin, après avoir flétri comme il le méritait un tel projet, ajoute : " Le docteur Nelson qui avait été relâché de la prison de Montréal, s'étant rendu dans les Etats-Unis, parvint à supplanter Papineau comme chef de la rébellion et d'une république en herbe ; puis il émana, en mars de cette année, une proclamation dans laquelle il se qualifia de commandant en chef et promit au peuple des Deux Canadas :
" 1° L'abolition de la tenure Seigneuriale ; 2° L'abolition du douaire coutumier ; 30 L'abolition de l'emprisonnement pour dettes, si ce n'est en cas de fraude ; 4° L'abolition de la peine de mort, si ce n'est pour meurtre ; 50 L'établissement de bureaux d'enregistrement ; 6" L'élection par ballotte : 7° Un acte d'éducation
** Voilà la loyauté Bretonne que l'on vante tant, et de l'ambition qui va comme on voit jusqu'à la sottise ! Certes Sancho Pança ne fut jamais plus fou en visant au gouvernement de Baratoria. ... !
** Mais le nouvel Ecuyer, plus infortuné que celui de Don Quichotte, fut écroué avec son aide de camp, le capt. H. G. Côte, dans la prison de St-Albans. Ils furent ensuite admis à caution à raison de ;;^i 200.00 ou ($4,800.00) et purent aller rêver en plein air sur leur gouvernement canadien, en vivant toutefois aux dépens de la sympathie de la canaille américaine !
" Le 9 février, avait été sanctionné le statut impérial qui suspendait la constitution du Bas-Canada et donnait au gouverneur et à un Conseil spécial par lui nommé, les pouvoirs nécessaires pour l'administration et la légis^
lation de cette Province. Sir John Colborne organisa, en mars, son Conseil spécial comme suit : Peter McGill, de Rocheblave, John Molson, James Stuart, Jules Auger, M. Quesnel, Joliette, Dionne, Gérard, Faribeault, Marchand, John Neilson, de Québec, Penn, Potier, Christin, Casgrain, de La Terrière, Knowlton, Cuthbert. M. Lindzay fut clerc du Conseil, G. B. Faribeault assistant, Chs. DeLery député assistant. MM. A. Delisle et Morough furent nommés commissaires pour faire prêter serment d'office aux Conseillers spéciaux.
" Le couronnement de la Reine Victoria eut lieu à Londres, le 28 juin 1838, avec une pompe qui réunit dans cette cité toutes les illustrations des quatre parties du monde. Il y eut dans les villes du Canada de brillantes illuminations à cette occasion.
" Cependant on attendait de jour en jour l'arrivée de Lord Durham, vers lequel se retournaient toutes les espérances de la patrie et qui, revêtu d'immenses pouvoirs, devait accommoder tous les différends. Les patriotes ayant entendu vanter le radicalisme du noble lord, croyaient qu'il allait les rétablir dans leurs prétentions difficiles.
" Mais enfin, dit la Gazette de Québec, le vaisseau de Sa Majesté est arrivé le 29 de mai, ayant à bord le comte de Durham, gouverneur général de l'Amérique du Nord, la comtesse, leur famille et leur suite. Une foule immense et tout ce qu'il y avait de notabilités dans la capitale accueillirent avec enthousiasme l'homme que désiraient tous les partis.
" Le Lord Durham donna immédiatement une proclamation dans laquelle il promit beaucoup, et ne tint rien. Sa proclamation plut à tout le monde, mais sa conduite excita l'indignation de tous.
** Le seul bien qu'il ait fait dans le Bas-Canada ne devait contribuer qu'à faire reconnaître les biens du Séminaire de Montréal, ainsi que l'amortissement et les lettres patentes de Sa Majesté en faveur des biens de l'Evêché et du Séminaire qui eurent lieu le i8 avril 1839, sous l'administration de Sir John Colborne, par une ordonnance du Conseil spécial.
" Ainsi cet homme qui avait rempli dans son ambassade en Russie et dans plusieurs autres situations dans son pays natal, des offices brillants avec autant de succès que de gloire, n'a fait ici que des hors-d'œuvres. Il avait le pouvoir d'accorder une amnistie générale à tous les malheureux détenus dans les prisons des deux Provinces ; tout le monde attendait cette mesure de justice pour plusieurs qui n'étaient point coupables, et de grâce pour les autres plus ou moins inculpés dans la rébellion. Que fait-il ? il les engage par des affidés pervers d'avouer leur culpabilité et de s'en remettre à la justice de son gouvernement. Huit de ces malheureux trop confiants se soumettent à cette insinuation, et aussitôt une proclamation d'exil aux Bermudes est lancée contre eux sans autre forme de procès ! Ceux qui n'avaient pas voulu, avec raison, se fier à ce coup d'état furent relâchés aussitôt, et les pauvres coupables qui confessent leurs fautes sont embarqués dans des vaisseaux qui les conduisent sur la
terre pénale avec les scélérats ! Tels furent les trop francs Wolfred Nelson, Robert Bouchette, Bonaventure Viger,- Siméon Marchesseault, Alphonse Gauvin, Toussaint Goddu, Rodolphe Desrivières et Luc Masson.
*' Les prisonniers suivants furent proscrits du pays, savoir : M. Louis-Joseph Papineau, le curé Chartier de St-Benoît qui, après une enquête en forme faite publi* quement à St-Benoît dans le cours du mois de janvier précédent par Mgr Bourget, alors Evêque de Telmessej fut interdit par l'Evêque de Montréal ; six membres dé l'ancienne Chambre, en comptant M. Papineau, sont parmi ces proscrits aux Etats-Unis, savoir : O'Callaghan, Robert Nelson, Ludger Duvernay, C. H. O. Côte et E. C. Rodier. Les dix autres y compris M. Chartier, étaient MM. John Rian père, J.-B. Rian fils, Lucien Gagnon, Doct. Davignon, P. P. Demaray, Louis Perrault, T. S. Brown, G. E. Cartier et Louis Gauthier. La proclamation leur donnait permission de revenir en Canada avec le consentement du gouverneur. Quelques-uns en -ont profité.
" Aussitôt que cette ordonnance monstre ou plutôt cet injuste auto-da-fé fut connu en Angleterre, Lord Durham fut entièrement désavoué par la Reine : ce qui fut le sujet d'une boutade pour le noble lord et qui lui fit prendre la route de l'Angleterre-"
Je franchirai le chap. VII qui ne traite que des matières de religion, et j'arriverai au chap. VIII où je tirerai quelques extraits.
Le premier extrait dit : '* Cependant les exilés de la
Bermude devenus libres par le désaveu de la Proclamatian de Durham, arrivèrent à New- York le 14 octobre 1838, par une singulière incidence, le jour même que Dodge et Theller, les prisonniers échappés de la citadelle de Québec, y arrivèrent aussi eux-mêmes, et où ih essayèrent de provoquer un second soulèvement. Au bruit de cette nouvelle conspiration, des assemblées de sympathistes américains se firent dans la plupart des grandes villes des Etats; à New- York, Philadelphie, Baltimore, Washington, &c, La loi martiale fut de .nouveau proclamée à Montréal; et pendant que des soulèvements nombreux remuent les frontières du Canada, 700 Canadiens sont écroués de nouveau dans les prisons sur soupçon de connivence. Du 3 au 4 novembre, un rassemblement d'insurgés canadiens-américains eut lieu sous les ordres du Docteur Nelson, Hindelang et Touvrey, français (Hindelang était français, mais d'origine suisse et protestante ; Touvrey était un officier français qui s'était laissé séduire par les patriotes). Voici ce qu'en écrit par ordre John Eden, D. A. G. du camp de Napierville, samedi, 9 h. A. M., au colonel "VVetheral, C. B., commandant à Montréal.
" Monsieur,
" J'ai reçu ordre du commandant des forces de vous " laisser savoir que les troupes sous ses ordres viennent ** d'arriver ici. Les rebelles, au nombre de deux mille, " avaient évacué la ville il y a deux heures environ, et "environ le même nombre s'était sauvé auparavant,
" beaucoup d'entre eux après avoir jeté leurs armes. La *' cavalerie poursuit maintenant les premiers sur la route ** de Chateauguay. La colonne du colonel Gore est " arrivée à Napierville de St-Valentin en même temps " que la division principale."
" Une autre dépêche arriva en même temps à Montréal; elle est adressée au lieutenant Griffin, A. G., et datée d'Odeltown du même jour que la précédente :
" Monsieur,
J'ai l'honneur et la satisfaction de vous rapporter pour ** l'information de Son Excellence le commandant des " forces, l'heureux résultat d'une affaire contre les rebel- " les qui a eu lieu ce matin. Les insurgés étaient assem» " blés au nombre de looo et commandés par le Dr *' Nelson lui-même. Ils attaquèrent mon poste avancé " chez le cap. Welldon à environ 1 1 h. du matin, sur " quoi j'ordonnai immédiatement que la petite force de " 200 hommes que je commandais, se concentrât sur « Odeltown.
'• L'ennemi s'étendit autour de nous et ouvrit un feu " vif qui fut aussi vivement rendu. Après une action " d'environ 2^ heures pendant lesquelles les volontaires " firent plusieurs sorties brillantes, les insurgés se retirè- " rent laissant 50 morts et emmenèrent beaucoup de " blessés.
" Je regrette d'avoir à dire que le capitaine McAlister " et 4 hommes sont morts et que le Lt. Odell et 9 hom-
" mes sont blessés. Aucun de ces derniers n'est blessé " dangereusement.
" Lorsque j'arrivai à Caldwall Manoir au point du ** jour, j'appris combien nos forces étaient faibles sur ce " point et j'appris aussi que les Loyaux étaient harassés " par des gardes continuelles et les devoirs du service. " J'écrivis en conséquence au capt. Gratton, à l'Ile aux " Noix, lui demandant s'il pouvait, sans exposer la " sûreté du Fort, me donner quelques renforts. Cet " officier répondit promptement en venant en personne " à la tête d'un détachement, mais malheureusement il " arriva à Odeltown trop tard pour prendre part à l'ac- " tion.
" Un renfort d'Emmingford arriva aussi après l'action, " sous les ordres du Major Schriver.
" J'ai l'intention d'avancer et de prendre une nouvelle " position à LaColle, tlemain matin.
" Après le simple récit qui précède ces événements, " il est inutile que je vous dise que j'ai toutes les raisons " de parler dans les termes les plus élevés d'approbation *' du courage et de la conduite des volontaires sous mes " ordres.
" Chs. Cyrille Taylor.
Lt-CoV
" Les patriotes ne furent pas plus heureux que ceux de Napierville et d'Odeltown d'après la dépêche suivante que je rapporte mot à mot comme les autres, afin qu'on ne m'accuse pas de raconter infidèlement ces désastres.
" Beauharnois, lo nov. 1838, 10 h. du soir. " Monsieur,
" J'ai l'honneur de vous écrire pour l'information de " Son Excellence le commandant des forces que, de " concert avec le colonel Philpath, un détachement d'un " officier de génie, 22 sapeurs mineurs, un capitaine, trois " subalternes, 4 sergents, 2 trompettes et 120 hommes "du 71e Régiment, avec plus de 1,000 hommes de " Glengary qui sont débarqués ce matin à la Baie Hun- " gry, nous avons marché et pris Beauharnois et délivré " tous les prisonniers, à l'exception de MM. EUiçe, " Brown, Norman, Ross, Norval, Bruysson, Hendlow et " Survigner qu'on pense être à Chateauguay, avec la " perte d'un homme et de trois blessés du 71e Régiment.
" Les hommes sont très fatigués et attendent ici des *' ordres.
" J'ai l'honneur, &c., &c.,
" L. Carmichael, Col. P. S., " Major Hall et First Quartier Maître."
" Les prisonniers cités dans cette dépêche furent relâchés à Chateauguay lorsque les patriotes eurent appris la défaite d'Odeltown et de Napierville, le 13 de novembre, ainsi que John McDonald et Joseph Grant. Les rebelles prièrent ces prisonniers en les relâchant d'intercéder pour eux.
" Nelson et Côte regagnèrent les lignes avec Touvrey et eurent le bonheur de les passer heureusement. Tout rentra dans le calme après ces échauffourées de fous."
A la suite d2 ce qui pre'cède, M. Paquin s'élève avec vigueur et colère contre les repre'sailles qui furent com mises en 1838 par les troupes.
" On dira, ajoute-t-il, mais ces gens étaient coupables ! Oui, mais ce sont des dupes, les vrais coupables sont échappés et on fait triple punition aujc malheureuses dupes qui sont restées .... C'est trop ! "Tout cela prouve combien le clergé canadien et ses amis en Angleterre, Gosford, O'Connell, avaient eu raison de s'opposer à la politique violente et inconsidérée des patriotes depuis 1831a cette époque.
" Dans ce même temps, 300 sauvages brûlèrent les maisons des chefs rebelles de Chateauguay et amenèrent des prisonniers à Montréal.
" Bouc, à la tête d'une centaine de patriotes, veut faire soulever les gens de Terrebonne et de Ste-Rose ; mais l'Hon, Joseph Masson, seigneur de l'endroit, et John McKenzie les apaisèrent. Il y eut des prisonniers plus tard.
" Les habitants loyaux de Nicolet ont eu l'honneur et le mérite de prendre le premier étendard aux rebelles avec la personne de John McDonnell. Sur l'étendard étaient inscrits les mots : " Liberté ! Patrie ! Indépendance et Ami du Peuple."
" St-Charles, St-Denis, St-Benoît sont restés paisibles cette année ; ils avaient eu leur part de malheurs et de folies l'année d'auparavant.
" Les patriotes de Longueuil et de Boucherville, qui
étaient restés fort paisibles jusqu'à présent, donnèrent
dans le même temps leur part de remuement : une bande de rebelles commandés par le jeune Malhiot qui se décorait du nom de colonel, se cantonnèrent sur la montagne de Boucherville. S'étant eiQparé du manoir et du moulin de M. Bruneau, ils s'y retranchèrent au nombre de 400 hommes assez bien armés, ayant trois pièces de canon. Qîi'allaie?it faire ces insensés dans cette galère 1 Ils en furent délogés bientôt après par les troupes du 66e Régiment sans coup férir : car le commandant Malhiot qui teniiit toujours son cheval sellé en cas d'accident, ayant été averti par ses éclaireurs que les troupes venaient, sauta dessus fort lestement en criant à ses braves : Sauvez-vous, braves, sauvez-vous. Il en donna lui-même le plus bel exemple .... On a conservé les ordres qu'il donnait aux recruteurs qu'il envoyait dans les campagnes, avec les fautes qu'ils contiennent ; en voici un :
" République du Bas- Canada "
" A Louis Monceau,
" Nous vous ordonnons de commander les gens de " votre paroisse de se rendre de suite au camp de la " montagne de Boucherville sans quoi nous seront obliger " d'en agir de rigeur.
" F. M. Decoigne,
" E. E. Malhiot, Commandant."
*' Alex. Drolet, de St-Marc, C. Beausoleil et A. Lacrochetière, de Montréal, ainsi que Decoigne, étaient les officiers du colonel Malhiot.
" Certains comités secrets de chasseurs continuaient leurs efforts pour soulever les sympathistes des Etats- Unis contre le gouvernement anglais.
" Deux schooners américains et un steamer pris sur les anglais, ayant 500 hommes à bord et une bonne artillerie, établirent des retranchements au moulin à vent à un mille et demi de Prescott. L'artillerie de Prescott battit le poste, et les vainqueurs prirent deux pièces de canon, &c., 102 américains furent tués dans cette bataille, et 162 furent faits prisonniers. Ce fut le colonel Young, à la tête des Glengarry, qui remporta cette victoire. Le général polonais Von Schoultz, qui était parmi les prisonniers de Prescott, fut traduit devant la cour martiale de Kingston, puis exécuté le 8 décembre 1838.
" Le 14 décembre une bande de pirates américains de 150 débarqua du bateau à vapeur américain le " Champlain " à la traverse de Windsor, c-à-d. à 3 milles au dessus de Sandwich. Ils brûlèrent en arrivant les maisons qui servaient de casernes aux miliciens, puis le steamer le " Thamis. " Le Col. Prince et le capt. Sporke avec quelques miliciens sortirent immédiatement de Sandwich et donnèrent la chasse aux brigands qui se cachèrent dans les bois. Un détachement du 34 Régt. commandé par le capt. Roderick, se joignit au Col. Prince pour aller à la poursuite des brigands ; 25 furent tués et 24 faits prisonniers."
Afin de résumer autant que possible les mémoires de M. l'abbé Paquin, je franchirai comme j'ai déjà franchi et avec regret et sans les signaler, quelques alinéas cer-
tainement fort intéressants ; mais le cadre de mon ouvrage m'y oblige.
Je reprends et donne la parole à l'auteur :
" Nous voyons avec un singulier plaisir par les rapports de tous les journaux du Haut-Canada, que les Canadiens-français en grand nombre dans cette province se sont tous comporte's avec bravoure et loyauté dans les deux rébellions de 1837 et 1838. Ceux de Toronto ont offert leurs services comme miliciens à Sir Georges Arthur.
" Dans ce même temps l'infortuné Chartrand, un des volontaires de St-Jean, fut tué dans la Grande Ligne de l'Acadie par des patriotes qui l'assommèrent en plein Jour. Les nommés Frs. Nicolas, Amable Daunais, Joseph et Gédéon Pinsonnault, furent accusés de ce meurtre abominable et non provoqué. Ils furent tous acquittés par le Petit Juré, le 6 sept. 1838, quoique les preuves fussent assez claires pourtant, mais elles furent embrouillées de manière à ne pas gêner la conscience patriote de plusieurs jurés. Nous allons voir quelquesuns de ces criminels monter sur l'échafaud pour une autre affaire qui en dérivait cependant de quelque manière.
" Les habitants de St-Martin, à la tête desquels étaient MM. Filiatreault, notaire, les Capt : Bélanger, Pariseau, etc. etc., ainsi que le colonel David, de Chambly, ont offert aussi leurs services comme volontaires.
'•' A Québec, Montréal, LaPrairie, Longueuil sous les ordres du Major Guy, on a vu plusieurs compagnies de
volontaires, parmi lesquels étaient grand nombre de Canadiens-français.
" La cour martiale fut établie à Montréal le 20 novembre 1838 par Sir John Colborne.
" Les infortunés Joseph Narcisse Cardinal, notaire de Chateauguay et son clerc Joseph Duquel furent condamnés à mort et exécutés en conséquence, le 2 1 décembre
" Voilà les fruits amers que commence à produire la politique violente et mal calculée des chefs qui avaient lâchement abandonné leurs malheureuses dupes.
" Les malheureux Joseph l'Ecuyer, Jean Louis Thibert, Jean Morin Thibert, Léandre Ducharme, Joseph Guimond, LeBlanc Dusseault, Antoine Côté et François Marie Lepailleur furent aussi condamnés à mort, mais recommandés à la grâce du gouverneur, et en conséquence destinés à l'exil de la Bermude.
"Comme on voit, l'année 1838 va s'éteindre dans le sang de nos infortunés compatriotes. Le Haut-Canada avait depuis deux ans dressé des échafauds sur lesquels périt un grand nombre d'infortunés tant de cette province que des Etats-Unis ; la cour martiale avait marché à grand pas dans la voie des condamnations; celle de Montréal allait plus doucement et semblait ne condamner qu'à regret des malheureux bien moins coupables que les chefs qui les avaient traitreusement abandonnés à la vindicte des lois. Bien plus, et ceci mérite de la reconnaissance en faveur du Conseil Spécial, car il avait passé une
— noordonnance par laquelle la cour martiale ne devait prendre connaissance des crimes politiques ou de rébellion que ceux qui avaient été commis après le 4 de novembre 1838 ; ce qui mettait à l'abri une foule de prisonniers détenus dans les prisons avant cette date et d'autres qui auraient pu être compromis par leur conduite antérieure à cette date.
" Mais pour ne point revenir sur des événements qui nous font peine, puisqu'ils mènent plusieurs de nos compatriotes à l'échafaud ou à l'exil, nous allons donner de suite le récit succinct des exécutions qui eurent lieu dans l'année 1839. Les prisonniers suivants sont accusés devant la cour martiale, en janvier 1839, du meurtre commis sur la personne de A. Walker, de St-Constant, dans la nuit du 3 novembre 1838, et du crime de haute trahison du ler au 10 de ce même mois. Les accusés sont : Joseph Robert, Ambroise et Charles Sangainet, frères, François Hamelin, P. Théophile Decoigne, Pascal Pinsonneault, Jacques et Joseph Longtin et Jacques Robert de St-Constant et des environs.
" Ambroise et Charles Sanguinet, frères, Pierre Théophile Decoigne, notaire, Joseph Robert et François Hamelin furent exécutés le 15 janvier 1839. Les autres furent exilés.
"Le 15 février, Charles Hindelang, Pierre R. Narbonne, Amable Daunais, François Nicolas et Chevalier de Lorimier, prisonniers de Napierville et de Beauharnois, subissent le même sort. Sur ces malheureuses victimes de
l'entraînement politique se fermèrent les sanglantes avenues des échafauds.
" MM. Roupe, Fellon et Larreau, prêtres du Se'minaire, assistèrent ces infortunés dans le moment fatal. Tous sont morts en condamnant leur conduite publiquemçnt sur l'échafaud ou dans les papiers publics; Hindelang excepté, qui après avoir écrit contre Nelson et les chefs qui l'avaient embauché, contre lesquels il dit beaucoup de mal et poite de graves accusations, assez vraisemblables, quoique démenties par Touvrey, son compagnon aux Etats-Unis, après avoir imploré la clémence du gouvernement et s'être adressé à un ministre protestant pour essayer un dernier moyen de sauver sa vie, meurt en extravagant, n'écoutant point le pauvre ministre Bethune, anglican, qui lui parle inutilement, et prononçant en balbutiant des mots incohérents de liberté, lui qui venait d'écrire contre ceux qui la proclamait ! . . . . Il était Suisse d'extraction, mais né en France. Il ne mérite pas une plus longue mention.
" Les autres incriminés par les cours martiales, tant du Haut que du Bas-Canada, au nombre de 8i pour la haute province et 59 pour celle-ci, furent condamnés à la déportation aux Bermudes, le 27 septembre 183g. Voici les noms des déportés de cette province :
" Jean-Louis et Jean-Marie Hébert, Léandre Ducharme, Joseph Guimond, Louis Guérin alias Le Blanc Dussault, Frs. et Maurice Lepailleur, Charles Huot, Achille Morin et Pierre- Hector Morin, Jos.-Jacques Hébert, Hubert Drouin Leblanc, David Drouin Leblanc,
Joseph Paré, Pascal Pinsonnault, Théophile Robert, Jacques Longtin, Ignace Gabriel Chèvrefils, Joseph Dumouchelle, Jacques Goyette, Louis Dumouchelle, Toussaint Rochon, F.-X. Prince, Jean Laberge, F.-X. Touchette, Pierre Lavoie, Ant. Coupai dit Lareine, Théodore Béchard, Frs. Bigonesse dit Beaucaire, Jos. Marceau dit Petit Jacques, Louis Turcot, Désiré Bourbonnais, Chs. Roy dit La Pensée père, Frs. Provost, André Papineau dit Montigny, David Gagnon, Louis Bourdon, J.-Bte. Bousquet, Frs. Guertin, Chs.-Guill. Bône, Ed.- Pas. Rochon, Ls. Defaillette, David Hébert, Hyppolite Lanctot, Ls. Pinsonnault, René Pinsonnault, Et. Languedoc, Et. Langlois, Moyse Longtin fils de Jacques, Michel Alarie, Jos. Goyette, Bas. Roy dit La Pensée fils de Louis, Constant Buisson, Chs. Bergevin dit Langevin, J.-Bte. Trudelle, Sam. Newcomb, Jér. Rochon et Benj. Mott.
" Quant à ceux qui furent assez heureux pour obtenir une grâce entière, ils sont au nombre de 29, dont suivent ci les noms :
" Ant. Côté, de Chateauguay ; Frs. Trépanier, fils de Cyprien ; Mich. Longtin, de Beauharnois ; Léon Leclair, de Terrebonne ; Paul Gravelle, de l'Ile Jésus ; Th. Surprenant Lafontaine, de St-Philippe ; Bén. Verdon, de St-Edouard ; Chs. Mandat, de St-Philippe ; Jos. Roy, de Beauharnois ; Ant. Charbonneau, d'e St- Thimothée ; Moses Dalton, de Chateauguay ; Jos. Watier dit Lacroix, des Cèdres; Chs. Rapin, de St-
Thimothée ; Jos. Cousineau, Frs. Dion, Ls. Julien, de St-Thimothée ; Daniel Demers, de St-Cyprien ; Frs. Valle'e et Henri Brière, de St-Martin ; Ls. Hénault et Ed. Tremblay, de St-Clément; Frs. Camiré et Louis Patenaude, de St-Constant ; Jos. L'Ecuyer, de Chateauguay; Phil. Tremblay, de Beauharnois, et Guillaume Lévesque, de Montréal. Brien trahit lâchement comme Hindelang ses amis politiques.
" Philippe Tremblay, de Beauharnois, et Guillaume Le'vesque, de Montréal, sont exilés à un endroit quelconque qui ne sera pas à moindre distance du 45 e degré que 600 milles. Brien est mort dans son exil aux Etats- Unis, en 1841. Le jeune Lévesque est en Europe.
" Les prisonniers aux Bermudes embarquèrent sur le Buffalo, le 27 septembre 1839, pour le lieu de leur destination.
" Je n'entreprendrai pas de décrire ici la scène douloureuse des adieux que ces malheureux adressèrent à leurs parents et amis qui eurent la liberté de les voir, plusieurs pour la dernière fois dans cette vie, et de recevoir leurs derniers embrassements lorsqu'ils s'embarquèrent sur le British America pour rejoindre le Buffalo à Québec, accompagnés des grenadiers gardes. Ceux du Haut-Canada arrivèrent deux heures après le départ de ceux-ci et furent embarqués sur le steamer St. George, qui arriva peu après le British à Québec. Le transbordement des 140 infortunés se fit loin de la rade sur le Buffalo, qui partit immédiatement pour Sydney de la
Nouvelle Galles du Sud, le samedi, 28 septembre 1839. Ils y arrivèrent le 11 février 1840."
Après avoir parcouru les principaux événements qui sont consignés par M. l'abbé Paquin dans le chap. VIII, j'arriverai au chap. IX où j'omettrai de signaler les nouvelles et longues appréciations que fait l'auteur sur l'Union ; puis sur la guerre sourde qu'une partie de la population protestante fit au catholicisme. En parlant contre l'Union, il cite le discours suivant :
" M. Urquart dit dans un décret public qu'on donna à Sir Allan McNab, député du Haut-Canada à Londres, commandant les milices contre les rebelles en 1837 :
" Je regarde ce bill de 1791 de M. Pitt comme un des " monuments glorieux de son habileté. Ce que M. Pitt " avait en vue par cet acte, c'était de placer la popula- " tion française entre le St-Laurent et les frontières des " Etats-Unis, de manière à couvrir toute cette portion " de territoire et devenir, par son esprit militaire et son " amour du pays, une bannière et une protection pour " l'Angleterre dont elle maintiendrait la puissance sans " dépenses. Son but était de les faire non pas Anglais " de nom mais d'affection ; cela en leur conservant leur " Hberté, leurs lois, leur religion, leur jurisprudence, *' leur langue et toutes leurs coutumes."
" M. Urquart se souvenait alors que le Bas-Canada avait été le boulevard de la puissance anglaise dans l'Amérique du Nord, lorsque ses propres enfants se révoltaient en 1775 et déchiraient le sein de leur mère, et
que si elle a aujourd'hui une place pour mettre pied à terre dans le continent de l'Amérique, elle le doit aux Canadiens-français, tant en 1775 qu''en 181 2 et même dans la rébellion de 1837 et 1838 ; car si la désaffection eût été plus générale, c'en était fait des Bretons dans les Canadas, à raison du nombre et du manque de forces pour maintenir l'ordre.
*' Il fallait une administration déhontée comme celle de Sir Paulett Thomson, pour commettre une action qui détruisait d'un seul coup les droits les plus sacrés d'une province entière. La réunion des deux provinces est cousue d'injustice et d'impolitique."
Après avoir stigmatisé toutes les conséquences malheureuses que devait produire l'Union, M. Paquin ajoute : " Peut-on croire qu'un semblable état de choses soit durable sous l'empire Britannique travaillé chez lui et ailleurs ? Peut-on croire que les droits de l'homme ainsi violés soient propres à faire de la loyauté ? On le croit si peu que vingt mille baïonnettes scintillent au milieu de nous ! Mais ne vaudrait-il pas mieux régner par l'amour qui coûte moins cher que par là crainte qui épui-e un Etat qui ne peut plus nourrir ses habitants 1
*' A qui la faute, nous dit-on ? Oui, sans doute la faute en est à quelques brouillons bouffis d'orgueil spéculant sur une insurrection ; mais les rebelles étaient-ils en si grand nombre ? Pas plus de 80 à St-Denis, 300 à St. Charles . . Encore qui y commandaient ? deux Anglais, Brown et Nelson ! A St-Eustache, Girod avanturier Suisse, et Chénier, Canadien sans influence ni éducation,
dont le premier prend la fuite au premier coup de canon, &c, &c,
" Tout le clergé était loyal à deux exceptions près, c'est-à-dire MM. Chartier et Blanchet. Tous les districts du Bas-Canada, à l'exception de quelques misérables que nous venons de citer, étaient loyaux ; alors ce n'était donc pas la peine de faire tant de bruits, tant d'injustices mêlées aux injures continuelles des ])resses anglaises. Encore une fois, ce n'est pas ainsi qu'on fait de la loyauté et de bonnes affaires ; qu'on se rappelle de la pensée de Bonaparte qui valait pour le moins Melbourne : '' Le plus faible ennemi que l'on vient de dé- " truire, s'il sait prendre son temps, encore il pourra " nuire. . . "
" Mes principes de loyauté bien connus, bien indépendants des acteurs politiques, car on sait ce que j'ai dit et fait contre les rebelles, me permettent bien sans doute de parler comme je fais à ceux qui nous écrasent ; si le gouvernement a des droits, le peuple en a aussi ; si le peuple a des devoirs à remplir, le gouvernement en a aussi."
M. Paquin après avoir parlé des événements religieux, dit :
" Avant de terminer les fastes pénibles de 1839, nous allons donner des nouvelles de notre malheureux compatriote qui, bien que coupable envers son pays dont il fut la perte par son ambition mal dirigée, doit intéresser encore ses compatriotes par son infortune. Rendu à Paris, il logea avec sa famille dans l'Hôtel garni
" Glasgow. " Il vit d'abord M. Lafitte chez lequel venaient, à l'e'poque de sa richesse, les fashionables de Paris, mais la situation d'un chef malheureux cessa d'intéresser, quand on fut au fait de sa politique si mal com- -y' binée et du manque total de sa coopération dans la conduite de la sédition ; ou finit, comme c'est toujours le cas, par accueillir froidement le Washington malencontreux du Canada. Ses amis, même Hume et Roebuck, ne daignèrent plus s'intéresser à son sort. Bien plus le fameux O^Connell, dans la Chambre des Communes, dans ce même temps, traita de folie et de crime la conduite des chefs rebelles qui ruinaient leur pays par leur violence inopportune. Les éditeurs qui pensaient exploiter la capacité littéraire de M. Papineau, par l'histoire des derniers troubles du Canada, furent si désappointés de la lère partie de son histoire qu'ils ne tentèrent pas le 2ème. Thémistocle, Annibal, Marius, Coriolan et tant d'autres intéressèrent les étrangers, parcequ'ils avaient des précédents grandioses ; mais pour le malheureux Papineau je ne chercherai pas des Catilina pour termes de comparaison ; mais je citerai l'adage ancien qui convient à tous les hommes qui s'élèvent trop haut sans sonder les échelons : tant que vous serez heureux, vaus compterez beaucoup d'amis, triais si vous tombez dans Vinfortune vous derneurerez sait. On lui avait bien prédit tout cela sans être prophète ou sorcier ; mais la troupe qui le flattait et beuglait autour de lui dans cette multitude d'assemblées qu'il présida dans tous les districts, lui avait fait tourner la tête .... Tout en le plaignant.
nous ne pouvons penser à lui sans frissonner sur les malheurs qui écrasent maintenant notre pays et dont il est la cause immédiate. Le Bas-Canada était une belle province de la Frauce, mais plus heureuse ; car nous avions une branche principale dans la représentation du pays dont nous étions parfaitement maîtres. Les élections se faisaient sous la dictée des Canadiens ; notre religion nos usages, notre langue, nos droits étaient respectés ; point de taxes ; les caisses publiques étaient remplies ; le rapport des Communes avait fait justice à nos plaintes en 1828, par un monument impérissable, comme disait Papineau lui-même. Pourquoi tenter de faire table rase pour tout perdre ! Ne valait-il pas mieux grandir, développer l'industrie, le commerce, les ressources du pays ; étendre l'horizon canadien, malgré quelques entraves qu'on pouvait surmonter par un peu de complaisance sans honte, que de commettre une faute aussi niaise que la rébellion de 1837 et 1838 ? Avec de la modération, de la prudence et de l'industrie, nous aurions encore notre Chambre, nos droits d'hommes. Troie subsisterait encore avec le château de Priant
*' Mais enfin, celui qui est l'arbitre des choses humaines élève et humilie comme il veut ; il faut se soumettre et réparer des imprudences payées trop cher par leurs auteurs, et beaucoup trop malheureuses pour ceux qui marchèrent constamment dans la voie constitutionnelle, sans flatter les patriotes ni les administrateurs."
Dans l'annuaire écrit et publié par M. Ed. Lef. de Bellefeuille, en l'année 1871, ouvrage oti il fait l'histoire
de la paroisse de St-Eustache, ainsi que la biographie de M. l'abbé Faquin, on lit à la page 162 : " M. Faquin a de plus e'crit un journal Historique des événements arrivés à Saint-Eustache pendant la rébellion du comté du Lac des Deux-Montagnes, qui a été imprimé en 1838 et auqiifel nous avons fait plusieurs emprunts dans le cours de cette notice.
" Le combat de St-Eustache eut lieu pendant qu'il était curé de cette paroisse et presque sous ses yeux. Les rebelles ayant établi leur camp à St-Eustache. tinrent en quelque sorte M. Faquin prisonnier dans le village et ne voulurent pas lui permettre de sortir de la paroisse. On comprend facilement qu'un homme d'un caractère aussi vif et aussi impétueux ne pouvait souffrir patiemment cet emprisonnement arbitraire. Il eut, à plusieurs reprises, avec les chefs des patriotes, Girod et le Docteur Chénier, des scènes désagréables dont quelques-unes sont racontées dans sa brochure."
Le même historien dit plus loin, à la page 166 : " Le combat de St-Eustache ayant eu lieu pendant que M, Paquin était curé de cette paroisse, c'est ici le lieu d'en parler.
" Le village de St-Eustache doit une triste célébrité à cet événement funeste qui l'a si cruellement dévasté. Bien des personnes peut-être n'ont entendu parler de cette localité que comme du théâtre de ce combat. Une histoire de la paroisse de St-Eustache serait nécessairement incomplète si elle ne contenait quelques détails sur
cette lutte regrettable, dont l'issue a été si fatale aux patriotes.
" Dans l'automne de 1837, les insurgés des paroisses de St-Benoît, de Ste-Scholastique, de St-Jérôme, &c., établirent leur camp dans le village de St-Eustache, au grand déplaisir du curé qui ne sympathisait pas avec eux. A leur arrivée, la plupart des familles furent obligées de fuir pour échapper aux mauvais traitements.
" M. Paquin assure dans sa brochure que les habitants loyaux de certaines concessions eurent à essuyer beaucoup de persécutions et d'avanies de la part des patriotes.
" On se porta même jusqu'à tirer plusieurs coups de fusil dans les maisons de deux habitants respectables, Joseph et Eustache Cheval dit St-Jacques, en haine de leur politique ; on brisa des granges et des clôtures ; on faisait presque continuellement des processions nocturnes pour inquiéter les loyaux, on mutilait leurs animaux, enfin on les persécuta tellement que plusieurs furent assez intimidés par les menaces et les exemples qu'ils avaient sous les yeux, qu'à la fin ils se rangèrent du côté des rebelles.
" Ces coureurs de nuit poussèrent leur fureur politique jusqu'à démolir la grange de M. Paquin, située au Petit Brûlé.
" Les patriotes s'installèrent à St-Eustache dans les édifices publics et dans les résidences particulières les plus considérables, mirent des sentinelles tout autour du village, et placèrent un poste avancé dans la maison de
M. Louis M. Seers, à l'endroit où le chemin de Ste-Rose croise celui de St-Eustache. Le Dr. Che'nier et Girod commandaient."
Après avoir reproduit la description faite par M. l'abbé Faquin sur la journée terrible du 14 de décembre, le même auteur dit à h page 181 : "Voici les noms des habitants de St-Eustache qui périrent dans le combat du quatorze décembre, tels qu'on les trouve dans les registres de baptêmes, mariages et sépultures pour l'année 1837. Ces noms sont publiés pour la première fois :
" Jean-Olivier Chénier, médecin ; Joseph Paquette, Jean-Baptiste Lauzé, Nazaire Filion, Séraphin Doré, François Dubé, Joseph Guitard, Pierre Dubeau, Joseph Bouvrette, Jean-Baptiste Toupin, Alexis Lachance.
" Onze en tout ; or M. Paquin nous dit qu'il y eut du côté des patriotes 70 tués. Ceci démontre clairement que la majorité des rebelles présents au combat n'appartenait pas à la paroisse St-Eustache.
" C'est ce que prouvent,du reste, péremptoirement deux certificats publiés dans la brochure de M. Paquin."
En citant l'affirmation de M. Paquin que le corps du Dr Chénier a été traité avec la plus grande dé cence, l'auteur ajoute : *' Nous tenons à appuyer sur '* ce fait ; car nous avons souvent entendu accuser les " volontaires et les troupes anglaises d'indignités " odieuses commises sur le corps du Dr Chénier. Le " témoignage honnête et désintéressé de M. Paquin " de\Ta faire repousser comme une calomnie atroce
" une accusation aussi injurieuse, qui, si elle eût été " vraie, aurait rappelé les temps les plus mauvais de la " révolution française. Nous ne sommes pas chargé " de défendre l'armée royale, mais nous sommes partisan " de la vérité historique en tout et partout,
" Les opinions qu'émet M. Paquin dans sa bro- *' chure sur les événements arrivés à St-Eustache, sont " toutes en faveur du parti qu'on appelait alors bureati- " crate, le parti du gouvernement. Quelques personnes *' ont cru voir là un changement radical dans les opinions " de M. Paquin qui, dans les commencements de " l'agitation, avait paru pencher du côté des patriotes, " Mais M, Paquin en s'éloignant du parti qui avait *' d'abord eu ses sympathies dès que celui-ci s'était " abandonné aux violences et à l'émeute, n'avait fait " qu'obéir à ses supérieurs ecclésiastiques. Il voulait " sans doute des réformes dans l'administration politique " de son pays, mais il voulait obtenir ces réformes léga- *' lement et par les moyens fournis par la constitution- " Du moment que son parti s'était éloigné de la consti. " tution, M. Paquin s'était éloigné de son parti."
Je me permettrai de conseiller au lecteur de lire un ouvrage intéressant publié en 1877 par L. N. Carrier, fils de l'un des partisans de la rébellion de 1837. Son apj.'réciation sur les événements de cette époque ne peut être accuse 'de partialité. Cet ouvrage remarquable est intitulé : " Les événements de 1837-38, &c, &c," et j'en recommande tout spécialement la lecture à ceux qui désirent connaître certains détails vrais sur les hommes
et les choses de notre rébellion. Je me contenterai de reproduire ce qu'il dit de M, Faquin : " Le réve'rend M. Faquin est autenr du journal historique des événements arrivés à St-Eustache pendant la rébellion. On doit d'autant plus ajouter foi aux récits de M, Faquin qu'ils sont confirmés par la presse impartiale du temps •et que M. Faquin ne cachait pas ses sympathies en faveur de l'insuirection."