‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 63 sur 102 · AUTRES DOCUMENTS · texte numérisé non relu

AUTRES DOCUMENTS

Je dois ajouter que la crainte d'être trop long m'a fait retrancher une longue revue de toute la critique de M. David ; et un ami auquel j'ai montré mon manuscrit, m'a conseillé de ne pas aller au-delà, que j'en avais plus c[u'il n'en fallait pour tourner contre mon adversaire les arguments captieux dont il s'est servi. Cependant, à titre de renseignement^ j'ajouterai en P. S. les documents qui suivent, et qui feront partie d'autres documents que je publierai plus tard.

P. S. — Dans tous les journaux du pays, publiés en 1S38, pas une voix n"a censuré la publication du 'Joarnal Hhloriqut.

Le Canadien, feuille patriote, qui le reproduisait lui-même en entier, a-t-il censuré ce journal ? Non. Pas une voix discordante n'a été proférée ou écrite dans ce journal contre cet ouvrage, pendant, durant et après sa publication.

Je me trompe. Oui, une seule et ce fut celle d'un Constitutionnel de St Eustache. Sa lettre a été reproduite dans le Canadien, dans laquelle il accuse le témoin oculaire de vouloir atténuer, de vouloir cacher la fatde des patriotes, avec lesquels il avait

sympathisé de tout temps. Comme elle est fort longue, je ne la publierai que plus tard, me contentant pour aujourd'hui de reproduire la réponse du Tciitoin oculaire. La voici :

Correspondance reproduite dans les colonnes du " Canadien^''' journal public en 1838.

(De ï Ami du Peuple)

Monsieur le Constitutionnel,

Quel est votre but en dénigrant le Journal Historique, etc ? N est-ce pas de frapper à droite et à gauche et d'incriminer vos compatriotes, vos co-paroissiens, vos amis même ? Le journal est appuyé sur des faits dont l'authenticité est garantie par les certificats qui y sont rapportés, par le dépouillement des compagnies de milice, par les personnes mêmes de l'endroit, ainsi que des militaires de Montréal, (jui l'ont certifié à M. Neilson comme il le dit dans sa gazette du 15 courant et M. Leblanc de Marconnay aussi, dans son numéro du 16 mai ; et vous, vous prétendez détruire tout cela sans preuve, sur des rapports recueillis ex parte de fanatiques politiques ou de gens sous l'influence de la crainte ? c'est-à-dire que vous vous portez accusateur des personnes au milieu desquelles vous vivez, qui vous ont fait gagner votre fortune ! ! !

Nous disons que les habitants de St Eustaclie ne sont pas aussi coupables, ni en si grand nombre qu'on serait porté à le croire,et vous, vous vous chargez du rôle de les noircir, de grossir le nombre des rebelles, et d'envelopper dans la même condamnation vos ci-devants amis ! ! ! Quand l'auteur se serait trompé, ce qui est faux absolument, son but était beau, noble, défendre ses compatriotes, les laver d'une tache affreuse, 1;endre une main secourable à l'infortune. Votre paroisse est ruinée, sans temple, sans édifices publics, elle cherche à prouver son innocence et vous pour la refouler dans le précipice du malheur, vous dites : ces gens sont coupables, tous sont coupables, point de grâce, point de quartier ! ! ! Mais quoi ? prétendez-vous en répandant des accusations indéfinies, rester seul au milieu des ruines ? Sur des échaffauds ? Le Vjruit des chaînes des malheureux ensevelis dans les cachots ne vous fait pas mal ? La générosité anglaise, la miséricorde du général-en-chef et de l'avocat du roi qui ont adouci leurs malheurs ou qui les en ont retirés ne sont pas capable de faire impression sur vous ! Votre fanatisme i^olitique vous ôte-t il donc tout sentiment d'humanité ? Quelques coupables (|ue soient

Vos concitoyens, ne sont-ils pas vos frères .' Un jour cette réflexion pèsera sur votre affreux projet de délation publique. C'est vous qui serez la cause par vos accusations mensongères qu ils seront incapables de relever de sitôt leur église !

Mais pourquoi vous déchaîner contre vos amis ? Qu'ont-ils fait contre vous ? Rien. Ce qui échauffe votre bile, c'est parceque le journal dit que les constitutionnels se sont enfuis à Montréal et ailleurs où ils ont jeté l'épouvante, mais non pour la jeter, comme vous le faites dire malicieusement an témoin. L'auteur n'avait aucune intention de murtilîer les loyaux qu'il respecte, qu'il estime et qu'il croyait compter. parmi ses amis ; mais c'était un fait qu'il fallait rapporter.

Le journal commence au 26 novembre, vous convenez, que vous n'avez aucune connaissance de ce qui s'est passé à St. Eustache depuis cette épot[ue jusqu'au 16 décembre après-midi, que vous en avez été absent, et cependant vous venez donner un démenti accompagné de fades ironies à celui c[ui a vu de ses yeux, et à tant d'autres témoins respectables qui ont donné des informations pour le journal. Souvenez-vous cejiendanl qn'il a été présenté en manuscrit aux plus hautes autorités de la province qui en ont approuvé la publication, qu'il a été reproduit dans tous les journaux de Québec et lu avec empressement par toutes sortes déclasses.

Vous ne vous bornez pas à grossir le nombre des rel)elles de St. Eustache, vous tympanisez vos prêtres ! ! ! Vous les accusez : ro pour avoir dit la messe pour des rel)elles. La messe s'est dite comme à l'ordinaire ; parce qu'il y avait des rebelles, vous en concluez ([u'elle était pour eux. Vous vous tromjiez, elle se disait pour la paroisse ou pour ceux qui l'avaient demandée. . . . Est-ce que vous ne connaissez pas cet usage comme catholique? 20 De ce qu'ils n'ont pas sauvé tous les vases, linges, ornements de l'église, registres. . . . Mais d'abord où sauver tout cela? Dans le village? Il af été incendié ou pillé. Au domaine':' Mais comment loger toute une église et toute une .sacristie dans une mai.son rie trente pieds carrés. Ensuite qui les y autorisait ? S'il fût arrivé que le domaine eût été pillé et l'église épargnée, ce <.iui pouvait arriver aussi bien qu'à St. Deiiis et à St. Charles. Les prêtres auraient été blâmés avec raison. Votre accusation est donc injuste. D'ailleurs comment sortir un si grand nombre d'effets, tandis qu On était obligé de cacher le manger daus des ciiarges de fom. Les pertes du curé ne prouvent-elles pas l'impossibilité de tout sauver, puisque d'après l'estimation d'experts sous serment, le montant de ses pertes dépassent ^^300 ou $1200.00. Vous avez bien mauvaise grâce de venir ainsi l'insulter au lieu de le plaindre, vous qui n'avez guère perdu que vos patates et les boules de neige de votre jardin. Quant aux registres, votre envie de dénoncer et de

calomnier vous fait tomber dans Terreur ; les registres, livres de compte, archives, tous les papiers de la fabrique et des syndics ont été sauvés, il n'y a que les registres servant journellement, qui malheureusement ont été oubliés au presbytère et brûlés. Est-ce un crime ? 30 De n'avoir pas quitté la paroisse ; mais depuis quand un curé peut-il abandonner ses paroissiens au moment du danger ? Les prêtres en France sont pour cela comme pour bien d'autres choses un bel exemple.... Vous les calomniez ensuite gratuitement de s'être liés de parole avec les rebelles ! ! ! Comme vous êtes faux et injuste ! Le curé avait dit : " Je ne quitterai pas " ma paroisse, laissez-moi passer." C'est pourquoi il ne voulut pas quitter, sans un laissez-passer, il lui fut refusé, et il dit là-dessus, je ne manquerai pas à ma parole, je souffrii-ai. 40 D'avoir confessé. "Vous parlez bien légèrement là-dessus pour un catholique ! Les prêtres ont vu se jeter à leurs pieds, mais qui ? De pauvres malheureux qui venaient en pleurant à chaudes larmes et tremblant de tous leurs membres, assurant qu'ils étaient là malgré eux et promettant de se sauver dès qu'ils en auraient l'occasion, tant pis pour eux s'ils ont trompé. Ce n'est que pour l'acquit de leurs consciences, et après avoir consulté des confrères que les prêtres en ont ainsi agi, ne pouvant alors avoir aucuns rapports avec Montréal.

Nous n'avons eu aucune Connaissance de la lettre de M. F.Globensky pendant que le Constitutionnel était à Montréal. La conversation eut lieu avec le docteur Chénier telle que rapportée, témoins MM. le docteur Brien, J. B. Poirier, Desjanlins, Joseph Nadon et M. Désève, interrogez-les. Le quart d'heure et les deux milles de chemin dont vous parlez sont de votre crû, et votre badinage sur la chanson du journal à cette occasion, me rappelle ce vers :

" Rien n'est plus sot que le rire d'un sot.''

Le docteur Chénier dans l'église avec 50 à 60 hommes, le journal dit 60 à 80 ; mauvaise foi. 6 ou 800 hommes dans l'église, fausseté insigne, dont témoins Benjamin Poirier, Michel Masson, et Xavier Maisonneuve qui étaient dans l'église et dont les deux derniers se sont sauvés par les lucarnes, pour éviter de brûler, trots d'entre eux ont été faits prisonniers en sortant, nous pourrions nommer plus de témoins qui sortirent alors de l'église et tous affirment qu'il ne pouvait y avoir guère plus de 50. Les Loyanx même rient de bon cœur de votre nombre de 800, il paraît que vous non plus vous n'avez pu les compter. La vue da terrible canon de 16 pouces dans toute sa longueur, de 11 pouces de charge, avec un grain d'un bon pouce de diamètre, que vous semblez craindre autant que Damoclès craignait l'épée de Denys le

tyran, vous a fait compter dix pour un. Eh bien ! Voilà l'histoire de ce canon sur lequel vous faites une question de magistrat. Ce canon n'a pas été trouvé dans l'église comme vous le dites, mais le lendemain de la bataille deux volontaires de St. Eustache du nom de Julien Choquette et William Gilson, le tirèrent de dessous un escalier d'une maison sur la 1ère terre de la paroisse sur le lac. Il appartenait à un nommé Paquet, traversier sur le lac, et qui le tenait de son aïeul. Ce canon fut livré par les volontaires à Guillaume Brayer dit St. Pierre et Charles Guilbault (de qui nous tenons ces détails) qui eux-mêmes le livrèrent à Louis Champagne qui le laissa ensuite dans le village d'oîi il se rendit jusque chez M. Jean Bte Proulx, de la petite rivière du Chêne, et de là à Montréal. Voilà, monsieur, l'itinéraire de votre canon.

Tous ceux que l'on vient de nommer ainsi que ceux ci-dessous nommés et pris au sortir de l'église et tous ceux qui se trouvèrent au feu assurent que ce canon ne fut point tiré à la bataille ; des militaires qui 1 ont examiné disent la même chose. ... Je ne comprends pas ce qu'a voulu dire ensuite le Constitutionnel, et je crois qu'il ne se comprend pas lui-même.... Le témoin auteur de l'écrit Justice, autre supposition gratuite ; l'auteur est à plusieurs lieues de St. Eustache, témoin le Populaire. Mais ici, M. le Constitutionnel, le bout d'oreille se montre, vous vous trompez sans doute, vous laissez la majorité en faveur des Loyaux, sur 60 maisons brûlées, 20 dites-vous appartenaient à des rebelles.

J^e lieutenant J. B. Paquin a déposé devant témoins, qu'interrogé par M. Eugène Globensky, combien il connaissait déloyaux sur le I^c, il lui répondit il est vrai, qu'il en connaissait bien 16, mais qu'il ne lui avait nullement parlé de ceux qui avaient pris la fuite pour ne point prendre part à !a révolte, qu'il ne connaissait pas ceux de la grande côte, ainsi le Constitutionnel a voulu surprendre le lieutenant Paquin. M. Gentle s'est défendu de donner au lieutenant-colonel la distinction des loyaux et des rebelles, il ne les connaissait pas assez. Ce rapport a été donné par MM. J.Bte. Savard, sergent de la compagnie, Pierre Filion et Frs. Robert. Ainsi nous maintenons ces rapports, ils restent intacts, par conséquent accusation gratuite de la part de ]\L le Constitutionnel. La bonne action de M. Scott, M. P. P., est rapportée en son lieu ; nous n'avons pas anticipé sur les faits ; le journal ne parle que depuis le 2G novembre. Maintenant c'est ici le lieu de rectifier quelques erreurs qui se sont glissées soit en copiant, soit en imprimant. Il n'y eût jamais plus de 1,000 hommes (lisez 1,500) au camp. La petite chanson a été mal placée ; dans le 1er manuscrit elle était à la première alarme et doit se trouver dans le pamphlet page 32 à l'aliéna.

Il résulte de ce qui vient d'être dit M. le Constitutionnel, que

vous restez chargé de la tache de dénonciateur public de vos coparoissiens et de vos amis, et de calomniateur de ceux qui ont osé élever la voix en leur faveur ; annonçant des faussetés et dénaturant la vérité. Voilà ce que nous devions vous répondre pour la défense d'une belle cause et Ihonneur d'une paroisse malheureuse. Nous nous attendons à recevoir encore de vous de nouvelles grossièretés et de nouvelles injures sans utilité pour la vérité faits. Souvenez-vous donc bieu que des personnalités ne furent jamais des preuves suffisantes pour détruire des faits.

Un Témoin Oculaire.

St Eustache, 20 Mai 1838.

M. David peut-il nier maintenant que cette lettre n"a pas été écrite par l'abbé Paquin, puis qu'au sixième alinéa, il invoque le témoignage de M. Desève, son vicaire, dans les termes qui suivent :

'• La conversation eut lieu avec le Dr. Chénier telle que rapportée, témoins MM. le docteur Brien, J. B. Poirier, Desjardins, Joseph Nadon et M. Desivc, interrogez-les. "

Et ce témoin oculaire, est-il ce que disait M. David dans sa dernière lettre ? N'a-t-il pas été le défenseur et l'ami àts patriotes ? Cependant, M David a malicieusement et gauchement insinué qu'il avait vendu et son honneur et sa plume.

Je dois ajouter à la lettre du témoin oculaiie les quelques réflexions suivantes. En effet, il est reconnu que, même avant 1837, M. Paquin sympathisait avec les mécontents de l'époque. Lui aussi reconnaissait la nécessité de demander des réformes, mais il voulait les obtenir par des moyens constitutionnels, pacifiques, et lorsqu'il vit ses partisans se révolter contre l'autorité civile et ecclésiastique, puis se livrer à desexccès impardonnables, il leur retira, quoiqu'à regret, sa sympathie. Il tenta alors de brider la frénésie, l'ambition désordonnée de certains chefs exaltés, afin d'éviter le torrent révolutionnaire. Malheureusement il eut la douleur d échouer et de voir sa paroisse envahie par des étrangers mal intentionnés et qui devaient lui faire tant de mal.

M. David après avoir insulté M. l'abbé Paquin de la façon la plus atroce, atténue un petit peu ses expressions grossières depuis

qu'il a fait sa découverte étonnante, depuis qu'il a ses Mémoires inédits. Cependant, il ajoute dans sa dernière lettre que (es Mémoires de M. Faquin sont remplis de choses injustes pour les patriotes, mais d'un autre côté il est heureux de citer son appréciation suivante sur les volontaires :

*' Ils avaient (les vandales, les soldats de Colborne) beaucoup plus d'humanité que certains volontaires."

Et M. David s'écrie :

" Grand Dieu ! Quel nom alors donner à ces volontaires ?"

M. David veut-il par là attaquer les volontaires de mon père, dont l'attitude généreuse est prouvée dans mon livre ?

Si oui, c'est un lâche, car il sait qu'ils ne sont pas allés à St- Benoit et qu'il y avait avec les troupes anglaises d'autres compagnies de volontaires composées entièrement d'anglais, entr'autres celle de St André, tandis que la compagnie de mon père restée au village de St Eustache, pour le garder, comptait une très forte majorité de Canadiens-français.

D'ailleurs si M. Faquin, dans un lieu, peste contre les volontaires, ne les louange-t-il pas ailleurs et dans plusieurs endroits de ses mémoires? Faut-il citer et reproduire ce que M. David peut lire lui-même dans la copie des IMémoires de M. Faquin qu'il a en sa possession, si elle est une copie vraie de celle que j'ai en mains sur cette appréciation des volontaires ?

M. Faquin ne dit-il pas dans ses Mémoires :

" I^s habitants joyaux de Nicolet ont eu l'honneur et le mérite de prendre le premier étendard aux rebelles avec la personne de John McDonnell. Sur l'étendard étaient inscrits les mots : "Liberté ! Patrie! Indépendance et Ami du Peuple. "

" Nous voyons avec un singulier plaisir par les rapports de tous les journaux du Haut-Canada, que les Canadiens-français en grand noml)re dans cette jirovince se sont tous comportés avec bravoure et loyauté dans les deux rébellions de 1337 et 1838. Ceux de Toronto ont offert leurs services comme miliciens à sir George Arthur.

" Les habitants de St. Martin, à la tète desquels étaient MM. Filiatreault, notaire, les capt. Bélanger, Pariseau, etc., etc., ainsi

que le colonel David, de Chambly, ont offert aussi leurs services comme volontaires.

" A Québec, Montréal, La Prairie, Longueuil sous les ordres du major Guy, on a vu plusieurs compagnies de volontaires, parmi lesquelles étaient grand nombi'e de Canadiens-trançais."

Est-il parlé des volontaires dans le passage suivant que j'ai em" prunté aux Mémoires que possède M. David, et dans lequel M. Paquin relate les représailles qui ont été commises après la bataille de St. Eustache ?

" En vain avais-je employé avec MM, Turcotte, Féré, Scott tous nos efforts pour empêcher Chénier de tenter une résistance dont on lui démontrait le danger et les suites affreuses, rien opéra sur cet entêté qui n'avait pas assez de génie pour voir le pour et le contre dans une affaire comme celle-là.

" Il fallait en passer par l'opiniâtreté de Chénier s'insurgeant contre un vandale qui se fait une gloriole de se mesurer à la tête d'une armée de plus de 2,000 hommes avec un attirail formidable de guerre contre 200 quelques gredins ! Comme un lion affamé il dévore tout ce troupeau sans défense ; comme un chef sam^age il fait brûler amis, ennemis, pauvres, veufs, orphelins ! et livre ensuite le village au pillage de ses troupes et des habitants rapaces de Montréal, de la Côte des N...de St. L...et surtout de St. M... .et d'autres places qui enlevaient tout ce que les fiammes avaient épargnés. Combien ils seraient flétris si je voulais livrer leurs noms au public ; ils sont Bretons et le dirais-je Canadiensfrançais aussi ! Choses inconnues dans nos mœurs ! Je dirai plus, quelques-uns sont patriotes ! . . , . mais jetons un voile sur ces horreurs."

J'ai cru devoir ne pas signaler tout au long les endroits cités ou accusés par M. Paquin, dans ce dernier aliéna ; mais M. David les connaît, et il sait qu'il n'y est pas fait mention des volontaires. Voilà, M. David, ce qu'engendre la guerre civile !...

Bien entendu que je ne prends pas la responsabilité de ce récit fait par M. l'Abbé Paquin, et c'est M. David qui m'y a poussé bien maladroitement.

RETRACTATION DE L'ABBE CHARTlER.

(A M. l'Editeur de la Gazette de Québec]

Monsieur, — Vous m'obligerez beaucoup en publiant ma lettre suivante à Mgr l'évêque de Montréal : Je vous demandrai dans quelques jours la même faveur pour une autre adressée à mes anciens paroissiens de St Benoit.

Je suis, avec considération,

Votre, etc. ,

Etne. Chartier,

Prêtre.

Rétractation de M. l'abbé Chartier, ancien curé de St Benoit, dans le diocèse de Montréal, à Sa Grandeur Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal.

Monseigneur — Sans admettre la vérité de tous les bruits qui ont circulé sur mon compte lors des troubles politiques de 1837 (car je suis parfaitement étranger aux mouvements encore plus déplorables de 1838), je dois reconnaître que ma conduite, dans ces circonstances critiques, n'a pas été celle qu"il convenait à un prêtre, à un pasteur de tenir. C'est pour obéir à ma conscience que j'en fais l'aveu spontané, sincère et public. Je sens qu'il serait inconvenant que je reparusse à l'autel dans ce pays, si j'y apportais avec moi, aux yeux du public, le scandale du simple soupçon que j'approuve encore les faits de cette époque malheureuse et les principes anarchiques et anti-catholiques d'où ces faits ont dérivé.

Je reconnais aujourd'hui, avec regret, que je me suis laissé aveugler par les passions politiques du temps, que je me suis fait une fausse conscience par les distinctions abstraites d'une métaphysique captieuse, pour appuyer ma résistance coupable et scandaleuse aux décisions de mes supérieurs ecclésiastiques qui ne faisaient que promulguer l'enseignement formel de l'église uni, verselle et dans tous les temps. Par ce refus d'une juste défé'^

rence, j'ai fait tort, autant qu'il était en moi, à l'autorité épiscopale, en afiaiblissant le respect et l'influence qu'elle devait obtenir auprès du peuple ; et de plus, j'ai fait une injure très grave à la personne même de mon évêque d'alors, feu l'illustre Seigneur Lartigue, qui était trop instruit de la doctrine et de l'histoire de l'Eglise pour n'en pas comprendre parfaitement le véritable enseignement, et trop bon Canadien, trcp au-dessus de toutes les craintes humaines, trop vrai patriote, je puis dire, pour outrer les doctrines du christianisme, et refuser à'ses eoncitoyens (à qui il n'a jamais hésité de reconnaître des sujets de plaintes,'; tout le profit d'une résistance légitime que la morale aurait pu avouer ; mais qui était trop consciencieux pour faillir à son devoir en permettant le dévergondage du tem})s, aussi opposé à la morale chrétienne qu'à la saine politique : aussi lépoque reculée de son Mandement (qui précéda de quelques jours seulement les premiers troubles à Montréal,) fait-elle voir avec quel effort sa conscience l'a arraché à son patriotisme. Je dois cette juste réparation, et c'est avec un plaisir indicible que je la fais, à l'heui^euse mémoire de ce Grand Evéque, digne d'être la première souche de l'épisco- ]5at de Montréal, dont ses successeurs se feront toujours gloire de descendre ;à qui j'ai donné plus de sujets réels de se plaindre de moi que je n'en ai eus de me plaindre de lui, quoique mes clameurs aient été parfois si hautes contre lui.

Ma conduite encore en 1837 ne peut pas se justifier sous un autre point de vue. Lors même que j'eusse été de bonne foi dans mes théories, toutes métaphysiques, dans ma théologie toute ])olitiquc, dans cette théologie plus protestante que catholique, toujours c'était une témérité bien condamnable, et tout-à-fait inexcusable de ma part, que de m'établir en pratique le juge de mon évêque, de faire plier ses décisions et celles des autres évêques sous le poids si minime des opinions, seules, particulières, de mon mince individu. Et j'ai pu être coupable d'un tel acte d'insubordination, sans me le reprocher! J'ai pu tomber dans un tel égarement, sans que ma conscience en ait été effrayée ! J'ai pu voir toutes les illégalités du temps, qui me paraissent si condamnables aujourd'hui, et trouver pour tous ces excès une excuse à

mes yeux! Et pourtant j'avais une foi vive sur tout autre point, une conscience, je pourrais dire, délicate sous tout autre rapport ; je n'avais certainement pas alors perdu la crainte de Dieu : comment donc expliquer tout cela ? Que le monde prenne ici deux leçons de moi : c'est que les passions politiques, les passions que j'appellerai /luùliçues, aveuglent comme toute passion individuelle et pour des objets privés ; et je ne me suis jamais mis en garde contre les premières ; je ne faisais même pas attention qu'elles sont à éviter avec le même soin que les secondes, quoiqu'elles soient estimées quelque chose de moins honteux que ces dernières. Et puis, chez moi, l'étude du droit public a précédé celle de la théologie, et j'ai apporté à cette dernière un esprit préoccupé et déjà vicié par les notions trop relâchées des publicistes, qui trop généralement dans leurs spéculations, sont dupes d'eux-mêmes, à leur insu peut-être, en écoutant trop ce sentiment déréglé d'indédépendance, si naturel à l'orgueil humain toujours impatient du joug de l'autorité, et qui a donné naissance à la doctrine de la souverain^/ du peuple, trop révoltante, il est vrai, pour que j'en aie jamais été la dupe, et aussi à d'autres notions plus spécieuses sans être moins funestes dans la pratique ; mais notions que ne peut admettre le christianisme, religion de l'ordre par excellence, qui déclare une guerre impitoyable à tout sentiment ou passion quelconque qui n'a sa source que dans la dépravation originelle. Voilà qui explique pourquoi les hommes publics d'alors, plus imbus et plus instruits de la politique que du christianisme, ont trop écouté, comme moi, le sentiments des mécontentements politiques du temps, ont trouvé, et trouvent encore, pour la plupart, que la doctrine du clergé catholique est outrée, est trop sévère, restreint trop les droits naturels de l'homme ; oui, les droits qui ne sont eftectivement que trop naiure/s à l'homme déchu par le péché ; mais non les droits naturels de l'homme dans l'ordre de cette nature primitive d"où le péché originel l'a fait sortir, et où c'est la belle tâche, la divine mission du christianisme de le ramener ; en prêtant à l'individu la grâce qui vient de la rédemption, pour lui servir d'un contrepoids à ses passions déréglées, et rétablir dans son âme l'ordre nahcrel de son état

d'imlocence primitive; d'où il suit que dans urie société toute composée de vrais chrétiens, il ne pourrait pas y avoir occasion à la révolte, et en lui présentant les immortelles récompenses pour compensation des maux qu'il a à souffrir des passions des méchants : raison pourquoi le christianisme peut ne pas permettre, sans qu'on ait à s'en plaindre, le désordre de la révolte à un peuple, pour venger ou corriger les maux qu'il souffre des désordres de ses gouvernants, comme je crois fermement aujourd'hui .que les Saintes Ecritures nous garantissent qu'il ne le permet pas. Voilà la sublime notion que les passions politiques de 1837 m'ont fait oublier pour un temps : voilà qui explique comment j'ai pu continuer alors l'exercice de mes fonctions sacrées, sans m'apercevoir que j'en étais indigne ; car assurément je n'étais pas capable de les profaner sciemment. Ainsi donc les laïcs voudraient que le clergé canadien cessât d'être un clergé chrétien, s'ils exigent que le clergé plie sa théologie aux passions populaires, pom" le plaisir d'être inconséquent, et de faire. ... je ne le dis pas pour finir ma période, mais c'est un fait dont les preuves sont encore fumantes sur notre sol, et de faire le malheur du peuple.

J'ai donc eu grand tort, je suis donc infiniment blâmable de n'avoir pas suivi la marche qui me fut dictée par la conscience et la prudence de mes supérieurs, et qui fut suivie par le reste du clergé. J'en ai été puni ; je le méritais ; je ne m'en plains plus. Je reconnais que la singularité de ma conduite a été non seulement répréhensible, mais même insultante pour le clergé, et, je dois dire, ridicule ; et que je dois aussi une ample apologie à mes confrères pour l'impopularité dont ils furent alors l'objet, les déboires qu'ils eurent à essuyer de la part des patriotes généralement, en conséquence du contraste de ma conduite et de mes principes avec les leurs. Tandis que tout le clergé, en phalange serrée, uni comme un seul homme par l'obéissance au supérieur quel spectacle au milieu de la désorganisation générale ! s'opposait " comme un mur "' au torrent politique qui entraînait dans une ruine commune, moi ! — mon peuple et tout le pays ; quelle était ma position ? — Seul ! dans l'isolement ! avec mon faux patriotisme.

Quelitf situation pour un prêtre, quand j'y retiéchis aujour* d'hui de sang-froid !— Qu'y faisais-je ?— Je me taisais, — lorsque ma charge de pasteur aurait dû me faire élever la voix, de toute la force de mes entrailles, plus haut que les clameurs de mon peuple, pour les arrêter dans leur aveugle entraînement, lors même que j'eusse été sûr de n'en être pas écouté. Je me laissais ; et je m'applaudissais en moi-même de mon courage insensé, qui me portait à affronter les dangers dans lesquels je voyais mon peuple prêt à sembarquer ! Dans quel aveuglement donc un homme qui sort de l'obéissance, qui se prend lui seul pour guide, ne peut-il pas tomber ! — Pauvre raison humaine, qui ne craindra pas ton insuffisance à faire voguer l'homme au-dessus des flots des passions ! Hélas ! tant de débris épars de tout côté sur les traces de l'histoire même des contemporains auraient dû m'avertir assez I — Je dois donc reconnaître aujourd'hui franchement que le clergé s'est montré, en cette occasion, plus que moi, l'ami du peuple, en résistant au mouvement d'alors au péril même de sa popularité. Cependant je me dois à moi-même de dire, et on me le pardonnera, je l'espère, que ce n'est pas la crainte de l'impopularité qui m'a fait forfaire à mon devoir : j'aurais été capable pour la conscience, de la braver alors, comme je la brave aujourd'hui ; mais j'étais aveuglé. Je reconnais que le clergé a montré, au milieu de cette tourmente, le calnje de la religion, la résignation de la vertu, une constance vraiment pastorale, ciue je voudrais pour tout au monde aujourd'hui avoir imitée, et qui doit lui concilier l'estime de tous les citoyens prudents et modérés, à l'exception seulement des exaltés pour qui la conscience et l'expérience du passé sont nulles.

Pour conclusion, je désavoue pleinement et entièrement le passé; je retracte, sans restriction, tout ce ouej'ai pu dire ou faire à l'appui des mouvements de 1837 ; et mon désir le plus vif, mon souhait le plus ardent est que tous ceux qui ont pu être influencés par ma conduite d'alors, se réunissent de cœur et d'esprit à leur clergé, lui redoiment leur entière confiance, dont il continue de se montrer si digne, à l'exemple de votre Grandeur, Monseigneur, en qui l'amour de vos ouailles est littéralement toute l'âme et la vie ; et

qu'ils marclieiit d'un pas accéléré dans la voie de la réfoirnie morale et du renouvellement religieux qui sont si heureusement en progrès au Canada, et qui viennent soulnger Tânie de l'h<jrreur de ces jours malheureux.

J'espère, Monseigneur, que cettre lettre suffira pour prouver à Votive Grandeur les dispositions d'humble soumission et les sentiments de respectueux attachement de votre obéissant serviteur.

Et. Chartier, Ptre.

A Mgr. Ign. Bourget, Ev. de Montréal.

P. S. — ^Je désire donner le plus grande publicité possible à ma présente lettre, en priant les éiliteurs des papiers français de la province de linscrer ; et je prie Votre Grandeur de permettre à M. l'éditeur des Mela)igcs Religieux de la reproduire sur la feuille ecclésiastique de vctie diocèse, où je conçois quelle doit aussi naturellement trouver sa place.

Voilà une lettre i]ui devrait offrir un beau sujet de méditation à M. David ; mai.s la méditation n'est pas le fort de M. David.

Si j'avais le temps et l'espace nécessaires pour reproduire tout ce que les journaux de l'époque ont publié sur le comté des Deux- Montagnes et sur ses révolutionnaires, M. David ferait feu et flamme et il enragerait de dépit.

Par un sentiment de délicatesse et d'égards pour plusieurs, je n'ai pas voulu puiser dans ces journaux ; mais plus lard, et puisqu'on m y force, je ferai une compilation complète de tous les écrits qui ont été publiés sur les chefs, sur les révolutionnaires, sur leurs persécutions, sur leurs criminelles folies. Cette brochure. (]ui sera volumineuse, fera suite à mon ouvrage, et comprendra le récit succinl de toutes les censures dirigées contre la rébellion et

contre ceux qui la fomentèrent. On me dira alors, si le témoin oculaire z. été trop sévère et si, moi, je n'ai pas été réservé, retenu, généreux et même on ne peut plus discret.

Pour le moment, je ne parlerai point de tous les agissements du Dr Chénier, de toutes les assemblées révolutionnaires où il figurait toujours au premier rang, cette narration viendra plus tard ; mais je veux tirer quelques extraits des journaux de 1837, qui ouvriront les yeux aux incrédules et à ceux qui n'ont jamais appris ce qu'a été véritablement cette époque de bien triste mémoire.

Ext}-aits tires de journaux constitutionnels. — Un journal de 1837 jette le cri d'alarme et s'écrie :

" La révolution commence." Et savez-vous où elle commençait, lecteur ? Dans le comté des Deux-Montagnes, et savez-vous qui la fomentait ?

Le Dr Chénier. Ceux qui le suivaient, même plusieurs, à contre-cœur, n'étaient cjue de doux agneaux à côté du bouillant révolutionnaire.

" 6 Octobre. — Le lac des Deux-Montagnes qui paraissait être "rentré dans la quiétude, depuis la manifestation de vigueur " faite par l'exécutif, couvait seulement son feu agitatif et menace " de déployer ses torches incendiaires plus redoutables que ja- " mais, etc., etc., etc."

•' Pour en donner un avant-goût, on a nommé dans une as- " semblée des jauges de paix el amiables compositeurs. Une ré- " solution convient de former un corps de milice volontaire, sous " le commandement d'officiers élus par les miliciens, qui seront " exercés aux évolutions, et mouvements des troupes légères."

" Si ce n'est pas là de la révolte ouverte, il ne faut plus appeler les choses par leur nom. Nous ne savons pas si l'autorité laissera pousser jusqu'au dernier degré le mépris de sa force; mais il nous semble qu'elle serait condamnable de rester dans l'inertie, après une manifestation aussi ostensible du renversement des lois. ..."

tl Octobre. — " Lorsque nous avions conseillé l'envoi d'un détachement de soldats dans cette partie du pays (comté des Deux Montagnes) c'était pour que la bande des lieutenants de A... de B... etc., enfin que tou.s ces hommes ne continuassent l'œuvre de révolution ip'ils avaient si résolument commencée, etc., etc., etc."

I-e journal commente bien au long cette révolte, accompagnée des plus odieuses persécutions, du comté des Deux Montagnes. A plus tard le détail et le tout. En terminant son article, le journal ajoute :

" Ainsi, voici une partie du pays qui se détache moralement et effectivement du gouvernement. Un comité permanent prend l'administration de la justice et \ç.comviandemant militaire à.\x Lac des Deux Montagnes. Les citoyens sont obligés de se soumettre au joug qu'on leur impose, sous des peines qui tendent aies séquestrer de la société, à les priver de leur^ droits constitutionnels, à les traiter comme des ennemis, etc.. etc., etc.""

■' Le comité s'engage à fournir des armes, et jamais révolte ouverte n'a mieux été formulée que par un semblable acte. ...C'est un C.qui doit répondre à la justice légale du pays pour toutes ces monstrueuses conceptions. Si l'autorité ne se hâte point de sévir, le déslionneur s étendra sur le pays, etc., etc., etc.'

Quelques jours après, ce même journal ajoute: " Le comité permanent du Lac des Deux Montagnes a réalisé l'acte de rébellion et de trahison le plus palpable qu'il soit possible d'exécuter, etc., etc., etc. '

Le journal cite des noms de personnes que je ne puis désigner et qui sont les fauteurs du commencement de cette odieuse guerre civile, et je ne parlerai pas plus de .ses commentaires sévères et mordants qui sont trop longs et qu'on lira dans la brochure ]iromise.

J7 Novembre.— Plus tard il dit : •' Cette partie du pays (le Lac des Deux Montagnes) s'organi.se, méthodiquement^ silencieusement, et forme ses bataillons de miliciens, auxquels il ne manque que de l'aptitude et du travail pour écraser les troupes britanniques, selon la recommandation du belliqueux O...I1

doit y avoir une grande assemblée publique aujourd'hui, 17 Novembre 1837, à la Rivière du Chêne, dans laquelle les oracles du pays vont chauffer la popolation, si les événements récens ne sont point venus glacer leurs courageuses dispositions. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'une bande de huit agitateurs, probablement des membres du Comité Central peniianeiit <lu comté, oui fait une tournée chez tous les habitants, à la tin de la semaine passée, et au commencement de la semaine courante ; ils disaient à chacun : '■ qu' il fallait s,- irndre à l ass-'nihUe ou qu 011 s en si'ii- 7'idndrait ."

27 XovemlirL'.t! ...et P.. avocats de celle ville, sont partis depuis plusieurs jours, dit-on, pour agiter dans le Nord. Ils ont été vus à Saint Martin, où ils cherchent à faire des prosélytes. Le suisse X... a été vu, il y a quelques jours dan> les en^ irons de Saint Benoit.''

29 Novembre. — •' Lac des Deu.\ Montagnes: — Une lettie datée du 20 novembre, annonce que le règne a'c la teneur avait commencé ; que dimanche dernier une partie s'était jissemblée à la maison de X. X... et le dra]>euu tricolore avait été arboré. Des hommes furent envoyés dans les différents magasins tenus par les loyau.\, pour demander toute leur poudre, avec menace de détruire leurs maisons, .s'ils s'y refusaient, (t la poudie en consér[uence fut prise par force. Il ..s'était employé pendant t|uinze jours, à enrôler les noms des hommes et recueillir de l'argent, pour acheter des armes et des munitions, etc. etc. On menace les loyalistes i/(».r /A/.- r/"?/ ('A: /(V/rw^'w.f, s il ne prennent point part à la rébellion, Oue l'intention des révoltés, était de former un camp de fortification dans les environs du Grand Brûlé, et qu'où eu devait faire un autre non loin de Saint Eustacheetc, etc., etc.'

" Les grands mouvements se font au t^lrand Brûlé. C est là qu'ils L)...etb'.. .pourront commettre des excès sur les propriétés, si l'on ne donne des ordres pour aller les déloger, et leur retirer les chefs qui les poussent. Il est certain que les propriétés, des loyaux sujets courent des dangers réels, si l'on tarde à frapper un coup. Les infâmes meneurs n'ont plus d'autres res.sources que de se faire voleurs de grands chemins, et ils s'acquitteront de ce métier de manière à se faire une bourse jiour (luittcr le pays, lorsqu'on ira les traquer dans leurs montagnes. "

"JjC soi disant combattant J-'-^'est emparé réi'olntionnairemeiit d'une excellente jument et de deux chevaux qu il a confisqués au

profit de la république. K... et I sont ailés sur la propriété d'un

loyal, et en ont enlevé tous les animaux. Si le gouvernement

laisse exécuter de semblables exactions, le comté du Lac des Deux- Montagnes deviendra bientôt une nouvelle Calabre, où les brigands établiront leurs bureaux de douane pour détrousser les passants. "'

"1er Décen.bre. — " Les nouvelles cjue nous recevons à chaque instant de cette partie du pays (Lac des Deux Montagnes) confirment qu'il sera bientôt nécessaire de tourner les yeux de ce côté. Un grand nombre de familles ont déserté ce pays d'agitation, pour se mettre à couvert des déprédations qui s'y commettent. "

4 Décembre. — " Il y a près de trois semaines que,X....s'échappant aux poursuites faites contre lui pour haute trahison, alla rejoindre lesE...les Y...lesT.... et tous les autres misérables qui cherchent à attirer dans le nord une seconde scène de désolation du sud. Cet imprudent aventurier était un auxiliaire précieux pour les expéditions dans lesquelles il ne s'agissait que de faire régner la terreur et d'exercer des brigandages, etc., etc,etc. Ils ont ramené tous les mauvais sujets, qui sont dans ces environs en assez grand nombre, et parcourent les différentes paroisses, setnanl partbnt la terreur, etc., etc. "

En parlant d'un loyaliste persécuté, le journal ajoute : "Les déprédateurs ont dit au commis de M S., que s'il retournait dans sa maison, il stxaXi J'usine o\i pendu!'''

Après avoir narré toutes les atrocités des persécutions exercées contre les loyaux et qu'on lira plus tard, le journal ajoute en parlant de M. Paquin :

" Les menaces les plus infâmes ont été faites à ce respectable ecclésiastique. Plus de quarante familles effrayées ont été obligées, de quitter leurs domiciles et de se réfugier ici. Cet état de choses est vraiment désastrueux ; il serait à désirer qu'on combinât une expédition pour purger le pays de ces garnements de discordes, et avant tout pour se saisir des huit ou dix chefs qui font tous ces excès. "

" Le 2 de décemljre, un citoyen de SI. Eustache écrivant ce qui se passait d'odieux à St. Eustache, termine sa longue correspondance remplie de longs détails, par les suivants : M. Dumont s'était échappé avec sa Dame quelques jours auparavant, d'après les menaces qui avaient été faites contre sa vie; il n'avait emporté que ses hardes et une grande partie de ses papiers, en sorte.que son superbe mobilier, tous ses grains, chevaux, bestiaux, etc., sont demeurés le partage des brigands, qui en jouissaient et en

gaspillaient à leur aise. La maison de M. Duniont vîtait considérée, depuis longtenipu, comme pouvant former un château fort, dans une situation favorable pour les rebelles, s'ils s'en emparaient. ICIle est construite en pierre, et ])eut-étre considérée comme ayant trois étalées, par un rez-de-chaussée d'environ douze pieds de haut ; sa position domine sur le lac, ainsi que sur la traverse la plus fréquentée (jui se trouve au bas de la cour et du jardin. Il existe un grand nombre d'ouvertures qui donnent sur toutes les faces et dont beaucou]) commandent les rues qui communiquent au village ; enfin il y a un magnifique carré qui fait face à l'église, au prest)ytère, au couvent et au manoir.

" Depuis environ deu.\ ans, M. Dumont s'était occui)é à faire rebâtir et embellir cette projiriété qui était l'apanage de ses ancêtres et (|u'il se complaisait à regarder comme lui présentant les souvenirs les plus attachants ; il pensait que ce sol ne seraft jamais souillé par le sang de ses concitoyens, cpiMl ne serait jamais envahi par les Canadiens, (ju'il ne serait jamais rendu le théâtre d'une guerre civile par des catholiques, étant situé si près de l'église de cette commune. Mais hélas ! les choses sont bien changées : Ses concitoyens vont s'ex|)oser aux plus grands dangers pour la cause d'un Tâche imposteur : ces mêmes canadieirs fjui furent établis dans la paroisse par l'argent de M. Dumonl, au prix de ses travaux et de ses sueurs seront les premiers à contribuer à la ruine des petits-fils, de celui ([ue leurs ancêtres regardaient comme leur père ; ces mêmes catholif|ues vont bientôt souiller le sol de leur église, en le rendant un champ de carnage et de désolation.

" Il serait trop long de donner des détails sur la généralité des déprédations de tous genres, commises par ces bandes de misérables, qm volent et pillent tout à leur aise.

*'Les avocats r....etV....de .Montréal, sont parmi ces brigands, ils se sont laissé pousser la barbe, probablement pour ne pas laisser apercevoir la honte qu'ils doivent avoir de faire un semblable métier, ils sont arrivés en intrus dans les maisons, pour y aider au pillage comme les autres. LesI....lesJ...lesM ..lesX...IesR.. et une infinité d autres de cette espèce, commandent le ticsorJrc cl r infamie.

•• On oblige tous les habitants à se tenir prêts à combattre, en menaçant de les tuer oh de les bniler s'il ne marchent point ; on leur dit que c'est pour le roi qu'il faut prendre les arn.es et ces infortunés sans protection, béniront le gouvernement, s il envoie des forces pour les sauver des gritifes des bandits.

" On a enjoint aux différents meuniers de la famille Dumont, de ne délivrer des grains que sur l'ordre des chefs de la révolte.

Tous les jours, la frayeur et la consternation font des progrès de plus en plus rapides.

" Presquf^ toutes les familles loyales de Saint Eustache ont abandonné leur foyer pour échapper anx menaces ainsi qu'à la férocité de ces monstres, qui parcourent les côtes à cheval, armés de fusils, de pistolets, de sabres, enlevant tous les grains qu'ils trouvent et forcent les cultivateurs à battre pour leur compte. Il doit se tronver maintenant à Montréal, cinquante à soixante personnes de ce comté, qui sont à même de prêter et à livrer des affidavits pour mettre la justice à même d'exercer son cours."

Le journal aurait pu ajouter que ceux qui n'avaient pas les moyens de se réfugier dans la ville ou dans les paroisses voisines, allaient se cacher par nombreux groupes dans les bois oîi ils périssaient de faim et même de froid, puisqu'ils n'osaient y faire du feu de crainte d'attirer l'attention de leurs persécuteurs. Des déclarations insérées dans mon livre attestent tout cela.

Qu'on lise donc de plus les déclarations qui m'ont été données par les patriotes, par les rebelles, par ceux qui ont fait partie du camp des insurgés, qui ont même combattu à la bataille du 14 de décembre 183?, et 1 on se convaincra que tout ce que je viens de citer ou de reproduire n'est qu'une pâle description des excès et des dérèglements de la révolte.

M. David veut-il savoir maintenant ce que les étrangers, nos voisins, disaient des révoltés de 1837? Qu'il lise, c'est le Courrier des Etats- C/iis qui va parler, dnns un article daté du 29 juillet 1837 :

"CANADA '

"Le malheur a voidu que les gouverneurs que le Bas-Canada a eu depuis quelques années, njanquaient tous d'énergie, et que la métropole a hésité à sévir contre des malfaiteurs qui, encouragés par cette fatale indulgence, ont obtenu par la crainte inspirée par des actes de bandits, une influence désastreuse sur une partie de la population.

" Une fois les scènes scandaleuses, qui se sont passées récemment au Bas-Canada, connues en Angleterre, elle ne tardera pas à prendre des mesures pour punir les perturbateurs de l'ordre public. Il n'y a point au Bas-Canada de parti révolutionnaire, mais bien quelques hommes ambitieux qui, aux dépens du bien-

être général, cherchent leur agrandissement personnel. A eux se sont joints tout ce que le Bas-Canada a de mauvais sujets, et quelques personnes de bonnes intentions, mais de peu de cervelle. Ceux qui ne lisent que les journaux croiraient en voyant les rapports des grandes assemblées tenues par les perturbateurs, sous l'influence de M. Papineau, que réellement il y a au Bas- Canada un parti révolutionnatre ; c'est qu'ils ignorent les moyens infâmes que ces gens emploient. Ces hommes, sans foi ni loi, prêchent la liberté et emploient tout ce que la tyrannie a inventé de plus infâme pour avoir des auditeurs, et pour forcer les citoyens craintifs à paraître de leur parti. "

Le journal historique a-t-il été aussi sévère que le Courrier dea Etats-Unis, qui, quoiqu' étranger, condamne dans de tels termes les fauteurs de la rébellion ?

M. Paquin n'a-t-il pas été beaucoup plus sévère dans ses mémoires que dans le journal historique, lorsqu'il stigmatise la rébellion dans les termes les plus violents, lorsqu'il taxe le Dr. Chénier d'entêté, de fou, d^ imbécile, d homme sans éducation et sans influence '^

N'en voilà-t-il pas assez pour prouver que le Journal historique a été mille fois plus modéré que tous ceux qui ont commenté et censuré la révolte ? Et M David a osé insinuer le contraire !....

A plus tard, l'histoire complète de la révolution de 1837 à Saint-Eustache.

J'ai oublié, dans l'écrit que j'ai publié samedi dernier, le 12 du courant, dans La Minerve, de donner une explication que je dois à mes lecteurs, et la voici :

On me dira peut-être : Mais puisque vous aviez une lettre dii témoin oculaire, de celui qui a écrit le yournal historique, lettre que vous avez publiée dans un post-scriptum, pourquoi n'en

avez-vol. s donc pas fait mention au commencement de votre écrit, c'eût été un moyen plus facile et plus court de vider la question du Journal ?

Je n'ai pu faire cette mention, pour Tunique et excellente raison que je n"y ai découvert l'admission réelle de M. l'abbé Pâquin que lorsque tout mon'travail était imprimé, et il était trop tard pour en parler.

Expliquons les faits.

Un correspondant qui écrit sous le i^seudonyme <X Un Conslitntionnel du village de \Saint-Eustache, attaque le Jouiïtal historique, parce que l'auteur veut atténuer ou cacher la faute des rebelles avec lesquels il a toujours sympathisé.

C'est le l8 mai 1838 que' le journal Le Canadien termine la reproduction à\x jfourttal historique às-xis ses colonnes.

Le 23 du'même mois, ce Constitutionnel du village de Saint- Eustache, attaque le Journal historique, dans une longue lettre qu'il pullie dans le Canadien.

Et le 28, toujours dans ce même mois de mai 1838, le te'niuin oculaire, auteur du Journal historique, répond au Constitutionnel dans les termes que l'on sait, et on découvre au sixième alinéa de sa réponse, l'admission suivante :

" La conversation eut lieu avec le docteur Chénier, telle que " rapportée, témoins MM. le docteur Brien, J. B. Poirier, Desjar- " dins, Joseph Nadon et M. Desèves, interrogez-les.''

Qui parle dans cette lettre ? Le témoin oculaire, c'est-à-dire l'auteur du Journal historique, c'est évident et absolument incontestable.

Alors, comment s'expliquer que le témoin oculaire invoquerait le témoignage de M. Desèves, si M. Desèves eut été lui-même l'auteur ou le témoin oculaire ? C'eut été une absurdité.

Non, l'auteurMu Journal historique n'a jamais été M. Desèves. L'auteur véritable est M. Pâquin, el il le prouve éloquemment dans sa réponse au Constitutionnel, spécialement lorsqu'il invoque le témoignage de M, Desèves et autres, en disant ; interroget,les.

Comme le dit si bien le Révérend Messire Théberge, dans sa lettre : Je ne croirai jamais, à moins de preuves évidentes, que feu M. Desèves est l'auteur du Journal historique," — lors même que M. Pâquin l'aurait dit, en ce cas, je croirai que M. Desèves a servi de chaperon ou de paravent"

Oui, comme je le dis dans ma réplique : M. Pâquin, pour des motifs cachés et nobles, n'a pas voulu assumer la paternité ou le droit d'auteur de son Journal historique, quoiqu'il l'eût écrit luimême.

Bref, le doute n'existe donc plus, puisque M. Pâquin se dévoile, se découvre, et se «'«^^'•«i? parfaitement comme l'auteur du Journal historique, dans Cflle lettre du 20 de mai 1838 ?

Alors, n'en parlons donc plus.

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