‹ La rébellion de 1837 à Saint-eustacheChapitre 62 sur 102 · LETTRE DE M. TACHÉ · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. TACHÉ

A M. C. A. M. Globensky St-Eustache, Plateau des Chênes.

Ottawn, 26 décembre 1883.

Cher Monsieur,

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt et un sensible plaisir votre ouvrage sur " La Rébellion de 1837. " Vous avez en cela, non seulement fait un acte de piété filiale, en vengeant la mémoire de votre vénérable père contre les attaques de malheureux dévoyés, mais vous avez rendu un service signalé à la vérité et aux études historiques.

Je regrette que vous nayez pas puisé au mémoire, intéressant et si bien inspiré, que M. F. X. Prieur a publié, il y a quelques années, dans Les Soirées Canadiennes. Cet écrit est une corroboration des saines idées qui ont présidé à votre propre ouvrage.

Quant aux fables qui ont été publiées à titre de récit du vieux Payriard qui a été mon scieur de bois, il n'y a rien là-dedans qui ait la moindre valeur; c'est tout bonnement un tas d'insignes balivernes du genre odieux. Tout ce que je sais des récits du vieux Payriard, pour le tenir de hii-même, c'est qu'il peste contre les chefs qui l'ont si malheureusement conduit dans une échauffourée sanglante, où il a vu périr malheureusement plusieurs de ses amis et où lui-même a couru les plus grands dangers, au service d'une cause insensée.

Comme catholique, comme Canadien-français, je vous remercie pour la publication de votre livre. Sans doute qu'un bon nombre de la rébellion de I837 et 1838, et surtout des victimes, étaient mus par un sentiment de patriotisme \ mais ils manquaient de lumières et de sagesse et se sont montrés coupables de

désobéissance à Téglise, leur mère et leur directrice. Quant aux instigateurs du mouvement et de la prise d'armes, ils ne méritent que du blâme.

Avec beaucoup d'estime,

Mon cher Monsieur,

Votre obéissant serviteur

J. C. Taché .

M. J. C. Taché, après m'avoir donné la bienveillante permission de publier sa lettre du mois de décembre dernier, répond en outre à une autre lettre que je lui adressais tout dernièrement, par l'alinéa suivant, renfermé dans sa lettre du ler avril courant : '' Vous pourrez, si vous le désirez, publier l'extrait dont vous parlez d'une autre de mes lettres. "

Cet extrait, le voici, il est tiré d'une lettre que M. Taché m'écrivait le 4 mars dernier :

'' Vous n'aurez i)as grande peine à mettre à néant les elucubrations qu'on pourrait imaginer pour défendre des actes que tout homme sensé ne peut que déplorer et réprouver. On comprend qu'un patriotisme exalté et point réfléchi ait entraîné des têtes ardentes dans la révolution en 1837 et 1838 ; mais aujourd'hui que l'on peut juger avec calme le mouvement révolutionnaire de cette époque, il n'appartient qu'à un étourdi d'en faire l'éloge. "

Eh bien ! qui a eu raison ?

Et c'est parce que j'ai voulu dire la vérité sur cette révolte que M. David dénonce mon livre à l'index, et parce que j'ai défendu l'atiitude loyale prise par mon

père et sa compagnie durant cette insurrection que M. David déclare que j'ai fait l'apologie de la trahison. Si ce n'est là le renversement, pour employer son mot, du bon sens et du sens des mots, c'est à ni plus rien comprendre. Pour moi M. David est tout-à-fait renversant et je reste convaincu que je n'ai pas du tout réussi à annéantir ses " illusions." Aussi ce serait peine perdue que de continuer à discuter avec lui, et je lui fais mes adieux.

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